‹ Les Récentes Échelles Mobiles de Salaires Systèmes d'ajustement automatique des salaires au coût de la vieChapitre 44 sur 76 · LES OBJECTIONS D'ORDRE ÉCONOMIQUE · texte numérisé non relu

LES OBJECTIONS D'ORDRE ÉCONOMIQUE

Les plus sérieuses objections faites au système de l’ajustement automatique provenaient du fait qu’il ne tenait compte que d’un seul facteur, le coût de la vie, alors que la détermination du salaire dépend d’autres considérations et que, d'autre part, ce système consolide et aggrave la hausse des prix.

Tout d’abord, le taux du salaire doit tenir compte du rendement. Lorsque les prix haussent, on soutient que le remède n’est pas dans une augmentation proportionnelle des salaires, mais dans un effort plus intense de la classe ouvrière permettant de faire face à la cherté. Or, les patrons affirment que les ouvriers n’en feront rien s’ils sont protégés contre la hausse par un système d’ajustement automatique. Tel était l’avis du Docteur Eugen Margaretha, secrétaire de la Fédération des Industries Viennoises : XME

«La conséquence naturelle d’une élévation des prix devrait être de restreindre la consommation ou d'augmenter la production. Maïs grâce à l'indemnité mobile de cherté de vie, les salariés ne sont nullement forcés de limiter leur consommation, car les salaires sont augmentés automatiquement dans la même proportion que le prix des denrées. En outre, le salarié n’a aucun intérêt à produire davantage, que ce soit en donnant un effort plus intense pendant la durée du travail, que ce soit en faisant des heures supplémentaires, que ce soit en s’occupant en dehors de l'atelier, afin d'augmenter son revenu et de pouvoir se procurer ainsi les denrées qui sont en voie de renchérissement et qui,

en fin de compte, dans un régime normal, doivent être payées avec du travail » (1).

A notre avis, il était inutile de songer à une augmentation du

(1) Article de la Neue Freie Presse, du 27.5.22, cité par Bulletin Quotidien du 8.6.22.

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rendement dans des pays comme l'Autriche ou l'Allemagne où les conditions d’alimentation étaient déplorables. Le mémoire du Ministre des Finances du Reich qui, en Allemagne, termina la discussion de l’année 1922 sur l'échelle mobile, était obligé de le reconnaître (1). Et lorsque la population souffre d’une sous-consommation, il est difficile de qualifier assez sévèrement ceux qui sont d'avis que la faim est un moyen de persuasion.

En se plaçant également du point de vue du rendement subjectif, c’est-à-dire du rendement envisagé en tant qu'il relève du travailleur lui-même, le président d’une Cour d’'Enquête tenue en 1920 en Angleterre, Lord Shaw, estimait qu'il serait malaisé de convaincre les dockers de la nécessité d'augmenter la production, si tout l’avantage des bas prix devait résulter en une réduction immédiate et proportionnelle de leurs salaires. « En fixant les salaires, disait-il, nous devrions donner au travailleur un motif d’accroître sa prouction et augmenter le pouvoir d'achat de sa rémunération. »

Théoriquement, cette idée est juste ; pratiquement, il pouvait être convenu — ce qui, nous l’avons vu dans un chapitre précédent, a été souvent réalisé — que les diminutions de salaires seraient inférieures en pourcentage aux diminutions de l'indice.

Au surplus, la baisse des prix, quand elle est accompagnée d’une prospérité générale, est beaucoup plus le résultat d’une amélioration technique de la production, d’un accroissement du rendement objectif, par opposition au rendement subjectif.

Quand la baisse est accompagnée d’une période de dépression, pourrait-on prétendre que l'adaptation automatique ferait obstacle à un accroissement du rendement du travail ? Selon M. Simiand (2), la tendance à la conservation du gain journalier est plus forte que la tendance à ne pas augmenter l'effort. Si dans une période de dépression le taux de salaire est diminué, le travail augmente en intensité et en durée pour maintenir à son niveau le salaire jour-

(1) Mémorandum adressé au Reichstag le 30.9.22. (2) Le salaire des ouvriers des mines de charbon en France, Paris, 1907,

nalier précédemment atteint. A supposer que le jeu de l'échelle mobile contrarie ces tendances, autrement dit, que la conservation d’un taux de salaire réel satisfasse les travailleurs et qu'’ainsi la diminution du taux nominal les laisse indifférents, il n'est pas certain que le rendement en serait diminué, car l’intensification de l'effort ouvrier n’est pas uniquement due à la tendance à la conservation du gain journalier, elle est aussi la conséquence des changements du marché de la main d'œuvre : l’ouvrier qui travaille mal sait à ce moment que s’il perd son emploi, il sera immédiatement remplacé par un chômeur et se trouvera sans travail. Il n’y a aucune raison de penser que l’ouvrier bénéficiaire de l'échelle mobile se sentirait moins menacé qu’un autre.

Un reproche beaucoup plus grave a été fait à l’échelle mobile. En ne fixant les salaires que d’après un seul facteur, on méconnait, dit-on, l'importance de la situation économique, d’une part de la situation d'ensemble et, d’autre part, de la situation particulière à chaque industrie.

En ce qui concerne la situation économique générale, patrons et dirigeants gouvernementaux ont fait valoir que la production nationale avait baissé et qu’en conséquence la part de chacun devait diminuer. Maintenir les salaires à leur valeur réelle d’avantguerre consistait à modifier la répartition au profit de la classe ouvrière et au détriment des possesseurs de revenus fixes. L’épargne étant réduite, le développement de l’industrie serait ralenti.

Il y a lieu, croyons-nous, de distinguer deux cas :

La production nationale avait diminué, et l’on était dans une période de dépression. C’est ainsi que de sévères critiques ont été élevées contre l’échelle mobile par Sir Josiah Stamp, qui affirmait. au début de l’année 1923 que la production de l'Angleterre avait baissé de 20 à 25 % et qu’en cherchant à perpétuer un mode artificiel de rémunération, quel qu’il fût, sans égard aux recettes eftectives, on induisait les travailleurs à s’imaginer que le rendement ne leur importait pas, et que l'intérêt national ne les affectait pas. Le corollaire naturel était un divorce complet entre le travail et le capital, à un moment où l'intérêt vital de l'Etat était de faire

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