‹ Les Récentes Échelles Mobiles de Salaires Systèmes d'ajustement automatique des salaires au coût de la vieChapitre 46 sur 76 · LS OR · texte numérisé non relu

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salaires réels de 1914, dont la réduction était un fait accompli lors de la discussion de l’échelle mobile. En refusant l’application de ce système, les patrons demandaient en somme aux salariés de prendre à leur charge une part encore pie grande de la diminution du revenu national.

L’ajustement automatique, disait-on encore, ne tiendrait pas compte des nécessités de la situation économique de chaque indus- . trie prise individuellement. Une augmentation du prix de revient sans égard aux conditions du marché pouvait conduire à un arrêt de l’industrie, et particulièrement de l’industrie d'exportation. Nous avons déjà vu que les industriels allemands et polonais avaient avancé cet argument et que, le jour où ils ne purent se dérober à un système d'ajustement automatique, ils se résignèrent à proposer une adaptation au cours du dollar ou de l’or. Comme les salaires de base ne devaient en aucun cas être aussi élevés que ceux de 1914 et que la dépréciation du mark sur le marché extérieur devait par ce système rester supérieure à celle qu’il aurait subi sur le marché intérieur, les possibilités d'exportation n’en étaient pas supprimées. En Belgique et en France, le fonctionnement de l'échelle mobile ne soulevait aucune difficulté du côté patronal quand la situation des changes permettait le développement des exportations. Mais un mouvement de reprise de la devise nationale se dessinait-il, les industriels déclaraient qu'il leur était impossible d'exécuter leurs engagements, car la baisse de la livre et du dollar représentait une augmentation correspondante pour les acheteurs étrangers, tandis que les prix intérieurs, en retard sur le mouvement des changes, continuaient leur hausse, entraînant une augmentation automatique des salaires, au moment où ceux-ci auraient dû être diminués.

Quant aux industries qui se partagent le marché national, il y a lieu de faire une distinction crie les industries nationales protégées et celles qui sont soumises à la concurrence étrangère. Ces dernières sont exposées à des eu semblables à celles des industries d'exportation. Pour les industries protégées, il serait possible d’ajuster les salaires automatiquement au coût de la vie.

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On pourrait considérer que n’ayant pas à tenir compte de la concurrence mondiale, elles devraient avant {out payer un raisonnable salaire à leurs ouvriers et fixer leurs prix de vente en ajoutant au prix de la main-d'œuvre les autres éléments du coût de production. Comme elles ont une clientèle exclusivement nationale, elles ont intérêt à maintenir constant le pouvoir d'achat des travailleurs, puisque les salaires s’échangent contre leurs produits. Le jeu de l'échelle mobile ne pourrait donc les affecter. Toutefois, la hausse du prix de vente qu'elles rejetteraient sur le consommateur peut atteindre les industries non protégées. Supposons, en effet, que les travailleurs des industries de transport ou du bâtiment aient leurs salaires réglés par un système d’échelle mobile ; si les prix viennent à monter, une augmentation des salaires déterminera une élévation du coût des transports et de la construction, qui grèvera le prix de revient des industries exportatrices — lesquelles ne pourront évidemment récupérer cette augmentation sur leurs clients étrangers.

L’objection n’est pas spéciale à l’échelle mobile, car elle se pose pour toute élévation de salaires dans les industries protégées, du moment qu’elle n’est pas le résultat d’une réglementation d’ensemble. En procédant autrement, on arrivera toujours à des inégalités, si l’on admet qu'une relation doit exister entre les salaires des différents métiers exigeant un degré comparable d’habileté. Il est vrai qu’une telle relation est souhaitable, mais qu’elle est malaisée à définir et que même si l’on parvenait à surmonter cette difficulté, les principes établis ne pourraient être appliqués lorsque de deux industries exigeant de leurs ouvriers une habileté, une responsabilité, un apprentissage et des risques de degré égal, l’une serait prospère et l’autre stagnante. Dans ce cas, la justice voudraitelle que les salaires les plus bas fussent élevés au niveau des salaires de l’industrie prospère ou que les plus hauts fusent réduits au niveau de ceux de l’industrie stagnante. Si cette dernière ne pouvait prélever le coût de l'augmentation des salaires sur ses profits, ni la récupérer par une augmentation des prix de vente, elle serait obligée de restreindre l’activité de ses branches les

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moins rémunératrices et de mettre en chômage une partie de son personnel, ce qui serait un remède pire que le mal. C’est cependant la solution préférée et même imposée par les syndicats ouvriers d'Angleterre et des pays scandinaves.

A diverses reprises, on s’est élevé en Angleterre contre l’application de l'échelle mobile dans les chemins de fer. Poussées par les groupements industriels et commerciaux, les compagnies ellesmêmes se déclaraient convaincues de l’importance qu'il y avait pour l'intérêt national à mettre les salaires des cheminots en accord avec ceux de l’industrie. On prétendait d’une part que le maintien de salaires élevés dans les chemins de fer faisait obstacle à la réduction des salaires dans les industries non protégées et que, d'autre part, l’abaissement des salaires des cheminots aurait permis une réduction du coût du transport, qui se serait traduite par une diminution du prix de revient des industries d’exportation.

Il est certain que l’abaissement des salaires dans les industries protégées aurait un tel résultat, mais il n’est pas sûr qu’une amélioration du coût de production des grandes industries d’exportation anglaises, telles que la mécanique et les constructions navales, serait suffisante pour faire disparaître le chômage dont elles souffrent. Les difficultés dans lesquelles elles se débattent depuis 1920 sont dues à des causes profondes. Indépendamment des fluctuations monétaires qui ont exercé leur influence tant par la politique de déflation de l’Angleterre que par l'inflation étrangère, les industries non protégées ont reçu pendant la guerre un développement anormal ; elles sont actuellement encombrées et le remède à leur situation ne serait pas une réduction générale des taux de salaires, mais une meilleure distribution du travail. La main-d'œuvre est surabondante dans des professions dans lesquelles elle ne gagne qu'un faible salaire, l'emploi est restreint dans les occupations dans lesquelles elle obtiendrait une rémunération plus élevée. Le chômage est général en Angleterre, mais il est moins élevé là où les taux de salaires sont les plus hauts par rapport au standard de 1914, tandis qu’il est plus fort là où ils sont très réduits. Les mouvements de la main-d'œuvre d’une industrie à l’autre ne pouvant

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