‹ Les Récentes Échelles Mobiles de Salaires Systèmes d'ajustement automatique des salaires au coût de la vieChapitre 50 sur 76 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Toutes les critiques examinées jusqu'ici — à l'exception peutêtre de la répercussion de l’ajustement automatique sur les prix en période de hausse — n'avaient pas à être sérieusement avancées si l’on avait compris que ce système n'était qu'un expédient momentané. Il nous paraît intéressant de reproduire ici — en raison même du poste occupé par son auteur — l'opinion de M. Hilton, Directeur de la Statistique au Ministère du Travail du Royaume- Uni :

«On prétend que tôt ou tard la nation qui s'efforce de maintenir un plus haut standard de vie que celui justifié par la productivité de son peuple court le danger de se trouver accablée par des coûts de production élevés, la perte des marchés et le chômage. Mais il n’y a en fait, ni en théorie, quelque base solide à la supposition que l’introduction de clauses du coût de la vie dans les accords de salaires tend à la perpétuation d’un standard de vie fixe. Le jeu des forces économiques dans la détermination des niveaux de salaire actuels — sur une raisonnable période — n’est pas gêné par l’introduction d’échelles mobiles du coût de la vie dans les accords de salaires. Le système est simplement un moyen d'assurer que la valeur réelle de certains taux acceptés par employeurs et salariés comme convenant à des occupations particulières ne sera pas troublée durant le cours de la conven-

tion par des changements imprévisibles dans le pouvoir d’achat de la monnaie » (1). Ù

Le professeur Bowley a reconnu d'autre part que, malgré ses imperfections, le système avait contribué à maintenir la paix sociale en Angleterre.

L'ajustement automatique n’était pas à lui seul un système de détermination des salaires. Ceux-ci auraient toujours eu à être revisés selon la situation économique. Mais quand les prix varient

(1) Manchester Guardian, 14 février 1924.

rapidement dans un sens ou dans l’autre, il n’est ni faux, ni injuste que pendant la durée du contrat de travail les salariés cherchent à se prémunir contre la diminution du salaire réel et les patrons contre un arrêt de la production. Ne peut-on supposer d'autre part que dans un délai donné, à l’expiration duquel le salaire de base sera revisé, l’écart entre le mouvement des prix des marchandises produites par l’ouvrier et le mouvement des prix de celles qu’il consomme ne sera pas tel qu’il empêche le patron de supporter l’augmentation purement nominale du taux de salaire, ni qu'il porte un sérieux préjudice à l’ouvrier en lui interdisant de prendre sa part de la prospérité de l’industrie.

Pour les pays de l’Europe Centrale, il semble difficile d’accepter la suggestion que l’ajustement automatique ait une large part de responsabilité dans l'inflation catastrophique dont ils ont souffert : ce sont surtout les variations du change qui ont commandé aux mouvements des prix. Il ne faut pas perdre de vue qu’en Allemagne le système ne s’est introduit que fort tard et sous une forme atténuée, que d’autre part les statistiques qu’on possède pour ce pays et pour la Pologne témoignent du fait que, déjà antérieurement à l'introduction de l’ajustement automatique, l’importance des salaires comme élément du coût de production a considérablement fléchi, ce qui diminue la portée des objections tirées de la prétendue incompatibilité de l’échelle mobile avec la situation économique. é

Quant à l’imperfection du système en tant que moyen de protection du salaire réel, on ne conçoit pas que des négociations libres aient pu donner aux travailleurs des pays de l’Europe Centrale une meilleure garantie de leur rémunération. La hausse avait pris une allure tellement fantastique qu’une fixation automatique des salaires s'était imposée. Nous ne disons pas que l’échelle mobile était une institution parfaite; nous lui avons au contraire découvert de nombreux défauts, mais telle qu’elle était, elle paraît avoir été dans ces pays un mal nécessaire.

Là où la hausse se poursuivait d’une façon plus lente, là où l'étalon monétaire ne se dépréciait pas jusqu'à ne plus représenter

qu'une infime partie de sa valeur, le système était moins dangereux en même temps que moins indispensable à la classe ouvrière. Par contre tant que la hausse persistait, il constituait un facteur de paix sociale incontestable, et cet avantage à lui seul peut faire oüblier de nombreux inconvénients.

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