DEUXIÈME PARTIE
Les organisations syndicales ouvrières et l'échelle mobile
en France
INTRODUCTION
Dans le tableau que nous publions en annexe, sont rassemblés les nombres-indices des prix de gros, ceux des prix de détail calculés d’une part pour l’ensemble des villes de plus de 10.000 habitants et pour Paris d'autre part, et les nombres-indices du coût de la vie se rapportant à la dépense d’une famille ouvrière de quatre personnes à Paris. On verra que la hausse s’est poursuivie du lendemain de la guerre à la fin de 1920 ; à partir de ce moment les prix de détail baissent régulièrement jusqu’à la fin de 1922. Le coût de la vie diminue également, bien qu'il accuse quelques alternatives de hausse et de baisse. Des derniers mois de 1922 à la fin de 1926, l'indice des prix de détail pour la France entière passe de 315 à 647 et celui du coût de la vie à Paris s'élève de 300 à 545. A partir de 1927, les prix de détail baissent jusqu'aux premiers mois de 1928, le coût de la vie à Paris diminue moins régulièrement et moins sensiblement à la fois. Depuis lors, les prix de détail et le coût de la vie ont continué leur mouvement ascendant.
En dehors des années 1920 et 1926, la dépréciation de la monnaie sur le marché de détail est restée d’allure modérée mais elle a été suffisante pour que le problème de l'échelle mobile se soit posé en France.
Nous n'avons pas jugé utile de nous arrêter longuement à la position prise par le patronat français en face de l’ajustement automatique. Le patronat en France a fait peu de cas de l'échelle mobile, ayant porté toute son attention sur les allocations familiales. Nous avons eu toutefois l’occasion de citer précédemment l’un de ses plus importants organes, le Bulletin Quotidien de la Société d'Etudes et d’Informations Economiques. Nous avons surtout retenu d’une visite aux bureaux de cette Société que le plus grand grief encouru par l'échelle mobile n’était pas tant l'influence du système sur les prix que son automatisme, son manque de souplesse en face d’un autre élément de la fixation des salaires, la situation économique (1).
Par organisations syndicales ouvrières, nous entendons les groupements de tous salariés, quelle que soit leur profession. Nous avons donc étudié l’action de la Confédération Générale du Travail et de la Confédération Générale du Travail Unitaire en même temps que celle de la Fédération Nationale des Syndicats de Fonctionnaires, qui, toutes trois, depuis la scission de l’unité ouvrière en France, constituent de beaucoup les plus importants tronçons du monde syndical.
(1) Cf le Rapport du Conseil d'Administration du groupe des industries métallurgiques mécaniques et connexes de la Région parisienne présenté à l’assemblée générale du 29 mars 1922, cité par Etienne
Villey «L'Organisation professionnelle des employeurs dans l’industrie française », p. 258.
«Mais, quelque importance que nous attachions à notre souci «d'adapter, dans la plus large mesure, la situation des salaires à «la situation du coût de la vie, nous n’avons cependant pas voulu «et nous ne pouvions pas lier systématiquement et exactement les « fluctuations des taux des salaires aux fluctuations du coût de «l’existence. Sans même souligner ce que cette façon de faire au- «rait de dangereux au point de vue de la politique syndicale — «de nombreux exemples ne l’ont prouvé que trop clairement — «force nous est de reconnaître que, dans son principe même, elle «n’est pas susceptible d’être érigée en règle absolue. Dans le « déséquilibre économique présent, nous ne pouvons prévoir jusqu’où «nous conduiront les nécessités du maintien de notre production
Nous n’avons toutefois pas étudié en détail la position à l'égard de l’échelle mobile de la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens, qui occupe la quatrième place parmi les Centrales syndicales françaises. Mentionnons qu'elle s’est déclarée à diverses reprises partisan du système, en particulier au cours de l’année 1926 et que ses adhérents ont essayé d’en obtenir le bénéfice, en particulier dans l’industrie textile.
Bien que la C.G.T.U. ne se soit que tardivement montrée favorable à l’échelle mobile, c’est par son action que nous aborderons cette partie de notre étude, car c’est elle qui a mené le plus énergiquement campagne et avec un esprit qui n’a pas manqué de réagir défavorablement sur la C.G.T. et la F.S.F.
«nationale. L'exemple récent de décisions étrangères prouve que «nous pouvons être amenés à envisager des réductions de salaires «considérables, dépassant momentanément l'importance de la ré- « duction du prix de la vie. Et il faut avoir le courage de dire que «de telles mesures concorderaient, en définitive, avec l'intérêt bien «compris des ouvriers eux-mêmes, si elles s’imposaient comme «constituant le seul moyen de salut de nos Industries ; au prix « d’un sacrifice passager, les ouvriers pourraient ainsi sauvegarder «pour l'avenir leurs moyens de travail ».