LA C. G. T. U. ET L'ÉCHELLE MOBILE
Pendant les premières années de sa croissance, la C.G.T.U. est surtout préoccupée par des questions d'organisation syndicale et par le souci de réaliser l’unité de tendances dans son sein. Débarrassée de ce souci à partir du Congrès de Bourges à la fin de 1923, elle lance au début de l’année 1924 le mot d'ordre de l’augmentation de six francs par jour et de dix-huit cents francs pour les fonctionnaires. À la même époque, la Fédération des Syndicats de Fonctionnaires fait également campagne en faveur des dix-huit cents francs. C’est surtout la tactique des grèves qui occupe l’attention de la C.G.T.U. en 1924 : elle les veut «concertées, étudiées, préparées, méthodiques » : elle n’en veut plus de partielles. Mais le mouvement qu’elle déclanche — le plus important conflit est celui de Saint-Etienne en mars-avril — n'aboutit qu'à des échecs.
L'étude de la préparation des grèves se poursuit jusqu’en janvier 1925. À ce moment, la C.G.T.U. lance son nouveau mot d’ordre : « Plus de salaires au-dessous de 20 francs ». Tous les salaires sans exception doivent être augmentés, mais il faut particulièrement s'attacher à obtenir un minimum de 20 francs pour les moins élevés, car « les efforts des organisations syndicales ne doivent pas être consacrés à la défense des intérêts d’une élite. Cette conception aboutirait à la constitution d’une sorte d’aristocratie ouvrière dont quelques exemples connus, aux Etats-Unis notamment, nous prouvent qu’elle peut être nuisible au développement de la lutte prolétarienne contre le capital » (1). à
En février, la C.G.T.U. précise ses mots d'ordre : « Ni plus de
(1) Vie Ouvrière du 9.1.25.
8 heures, ni moins de 20 francs » et s'élève contre le plan Dawes, dont elle assure que le patronat prendra prétexte pour obtenir des ouvriers une production intense et à bon marché ; pour obtenir en d'autres termes, une diminution de salaires et une augmentation des heures de travail afin de lutter contre la concurrence allemande.
Jusqu'’alors, la C.G.T.U. est restée muette sur la question de l'échelle mobile. En 1923, la « Vie Ouvrière ».a ouvert ses colonnes à quelques articles du communiste allemand Fritz Heckert qui exposait son aversion contre les systèmes préconisés alors en Allemagne, le salaire à valeur constante et le salaire or (1). Depuis, on chercherait vainement dans ce journal une opinion sur l'échelle mobile. Tout au plus trouve-t-on quelques critiques des nombresindices officiels. Il est vrai qu’opposée à tout contrat collectif, la C.G.T.U. paraît par voie de conséquence adversaire d’un ajustement automatique.
Mais l’émisison de l’emprunt Caillaux en juin 1925 donne aux communistes l’occasion d’une nouvelle campagne. La C.G.T.U. lance un manifeste dont nous extrayons les passages suivanis :
«En même temps qu’il provoque l'inflation, c’est-à-dire la dévalorisation de la vieille monnaie, le gouvernement vient d'émettre un nouvel emprunt avec la garantie des changes, emprunt réservé aux porteurs de Bons de la Défense Nationale et destiné, en réalité, à éviter le remboursement des Bons de la Défense Nationale venant à échéance ».
«Il y aura deux sortes de monnaies en France : l’une stable, garantie par le gouvernement, à la parité du dollar, privilège des riches, l’autre dépréciée, lancée à l’abîme par le gouvernement, à l'usage des classes laborieuses... »
«Il faut arracher une augmentation générale et immédiate des salaires pour faire face à l'inflation ; il faut en même temps imposer l'établissement d’une échelle mobile des salaires pour établir un rapport constant entre ces derniers et le coût de la vie ».
«Il faut supprimer la formule odieuse d’une monnaie des pauvres et exiger le paiement des salaires des ouvriers au taux du dollar » (2).
Et elle conseille aux salariés de se rendre chaque semaine
(1) Vie Ouvrière du 26.10.23 et suivants.
(2) Vie Ouvrière du 3.7.25.
à la paye, avec le cours du change en mains (1). Mais quelques jours après, elle s'aperçoit que la fixation des salaires au cours
du dollar n’est pas une solution satisfaisante en elle-même, et elle ” réclame alors un système hybride.
Elle reconnaît que les salaires doivent avant tout être adaptés aux fluctuations du coût de.la vie, et c’est pourquoi elle réclame l'application de l'échelle mobile. Comme elle prétend que les indices officiels sont faux, elle réclame également l'institution de commissions « composées exclusivement d'ouvriers, de paysans et de ménagères pour fixer les indices réels du coût de la vie ». Toutefois, la C.G.T.U. considère que la valeur du salaire n’est pas déterminée uniquement par les prix des denrées nécessaires à l'existence, mais que la valeur de la monnaie avec laquelle il est payé entre également en ligne de compte. En conséquence, le Congrès tenu du 26 au 31 août déclare que les indices du coût de la vie ne doivent plus être calculés en francs-papier, dont il nie la valeur comme instrument de mesure, mais sur le franc-or en prenant comme base d'évaluation le dollar.
En même temps, le Congrès « affirme la nécessité d’un salaire minimum vital de base, en fixant comme chiffre la puissance d’achat représentée en francs-or, avec application de l’échelle mobile, de la pièce de 5 francs de 1914 et en tenant compte que, dans aucun cas, le salaire franc-papier ne pourra être inférieur au produit du salaire-or de base multiplié par l'indice du coût de la vie ».
On ne peut évidemmemnt s'exprimer moins clairement. À ce moment, la C.G.T.U. paraît avoir vu que le salaire-or en lui-même tel qu’il était réclamé par Georges Valois et le « Nouveau Siècle » depuis 1923 ne tenait pas compte de la dépréciation du pouvoir d'achat de l’or par raport à 1914. Mais on ne s’explique pas, dans ce cas, la coexistence des salaires-or et de l'échelle mobile autrement que par le désir de ne pas abandonner au bout de quinze jours une formule qui sonnait bien en face de l'emprunt à garantie de change.
(1) Td/;110:705)
Désignons, en effet, par C l'indice du coût de la vie et par D l'indice du cours du dollar. L’ajustement du salaire vital à l'indice du coût de la vie, calculé sur la base du dollar comme le demande
la C.G.T.U., donnera la formule S x et avec le paiement au D | C cours du dollar le travailleur recevra un salaire S x x D, D
soit S x C. Autrement dit, ce système compliqué ne donnerait pas d’autre résultat qu’un simple système d'échelle mobile, à moins que la C.G.T.U. ait sous-entendu que sa formule permettait un paiement selon le cours le plus récent du dollar, alors que l'indice du coût de la vie serait calculé en francs-or d’après le cours moyen du dollar dans la période d'évaluation de cet indice. La formule DosOA UE CE D serait alors D
Mais dès septembre, le salaire-or est abandonné et la C.G.T.U. s’en tient à l'échelle mobile. Pendant quelque temps, elle se préoccupe surtout de l’organisation d’une grève générale de 24 heures contre la guerre du Maroc. Bien que préparée durant trois mois, cette grève, d’un caractère exclusivement politique, fut un échec assez piteux, encore qu’au moment où elle fut déclenchée, le 12 octobre, elle ait été renforcée par une grève des Transports en Commun de la Région Parisienne.
C’est à partir de ce moment que l'échelle mobile devient le grand mot d'ordre de la C.G.T.U. et du parti communiste. Leur campagne est encouragée par la hausse des devises étrangères et les crises ministérielles qui vont se succéder jusqu’à la fin de juillet 1926.
L'avantage qu'ils reconnaissent au principe de l'échelle mobile est que, par ce système, les salaires conservent leur pouvoir d’achat, qu'ils acquièrent la même mobilité que les prix des denrées nécessaires à l’existence.
Il ne saurait être question pour la G.G.T.U., organe révolution- ‘naire par essence, d'accorder à l'échelle mobile aucun des avantages d'ordre social que nous avons envisagés plus haut.
Comme elle ne fait aucun cas des indices officiels, la question se pose immédiatement de construire un indice ouvrier. Aussi la « Vie Ouvrière » ouvre-t-elle en novembre une controverse à cette intention. 1] s’agit de rechercher une méthode d'établissement d’un index number suffisamment précise pour que les chiffres obtenus ne puisent être infirmés par les patrons et suffisamment simple pour qu'ils puissent être utilisés par tous les militants.
Les dirigeants de la C.G.T.U. ne cachent pas que la tâche est ardue et ils y appellent tous les syndicats, car il faut que les militants se pénètrent de l'idée que l'échelle mobile est une revendication d'ordre national, dont l'obtention sera facilitée par une propagande nationale, mais dont les modalités incombent, pour la détermination et l'exécution, à toutes les organisations syndicales, à tous les échelons (1).
Vassart ne croit pas que les Services Officiels diminuent systématiquement le pourcentage d'augmentation des denrées entrant dans le calcul des indices, mais il les accuse de choisir arbitrairement ces denrées et d'éviter soigneusement celles qui sont importées des pays à change élevé ou qui sont sujettes à « la spéculation effrénée de la période d’après-guerre » et sont exposées, par conséquent, aux plus fortes augmentations (2). Quant aux Commissions mixtes et paritaires, elles sont moins suspectes de partialité, car elles font porter leur enquête sur toutes les denrées indispensables à la consommation, mais elles accordent à chaque denrée une quantité inférieure à la consommation réelle et choisissent le prix des qualités inférieures. Aussi Vassart conclut-il à la nécessité de préciser d’une part toutes les denrées sur lesquelles l’enquête doit porter, d'autre part la quantité indispensable et la quantité moyen-
() Vie Ouvrière du 30.10.25 — Pour l'échelle mobile des Salaires, par Racamond. 2
(2) Vie Ouvrière du 20.11.25.
ne de chacune d'elles pour assurer la vie normale d'une famille ouvrière, « ceci pour obtenir le droit de vivre en travaillant et non celui de végéter misérablement, accordé dans certaines régions par les Commissions paritaires ». Il se prononce pour un salaire minimum national calculé d’après une consommation uniforme, mais variant selon les régions en fonction des prix. Il admet cependant qu'il faut tenir compte des conditions locales pour la boisson, le chauffage et l'éclairage. Enfin, il propose de répartir la dépense totale entre quatre groupes selon les proportions suivantes :
Ahimentation 15050 RAR ne nt O0 boisson 75. ae pes PT nt te ue SRI RER ee habillément :5%:%..1:..2 en US des dia de à 1070
logement, chauffage, éclairage, dépenses div. 20 %
FROTALENVEMERRS Las PeTtO NE
et donne une liste des articles à y inclure et des poids devant les affecter.
Pour Racamond, le travail doit être considéré comme une marchandise dont le prix doit avoir la même mobilité que celle des marchandises consommées par l’ouvrier. Celles--ci subissent des augmentations brusques et profondes, car elles sont détenues par des spéculateurs puissamment organisés. Peu importe que cette conception du travail-marchandise choque certains camarades, car « le travail ne pourra recouvrer sa valeur idéale que dans une société où il règnera un maître, débarrassé de tout asservissement. » (1)
Pour Raynaud, il est dangereux de fixer un salaire minimum d’après la consommation d’une famille de quatre personnes. Mieux vaudrait ne prendre en considération qu’une famille de trois personnes. Quant au salaire de base minimum auquel sera appliqué le nombre indice, il propose de prendre la moyenne entre le salaire de cinq francs, chiffre très populaire en 1914 et les salaires vitaux
(1) Vie Ouvrière du 18.12.25. PT dre NOM MONS et Ce
obtenus en divisant le montant de la consommation annuelle d’une famille de trois personnes et le montant de la consommation annuelle d’un célibataire par 300, étant donné qu’on compte ordinairement 300 jours ouvrables par an. (1)
Bien entendu, le salaire-or revendiqué trois mois auparavant est fortement critiqué. Il l’est d'autant plus que le « Nouveau Siècle » fait lui-même une campagne active en sa faveur et répand largement le tract qu'il a fait rééditer en septembre. (2) Au moment où la CG. G. T. U. a lancé le mot d'ordre du salaire-or, l’indice du cours du dollar était inférieur à celui des prix de détail et à la plupart de ceux des commissions régionales et locales. Le système de l'échelle mobile était donc plus avantageux pour les ouvriers et la GC. G. T. U. n’a pas eu de difficulté à justifier l’abandon du salaire-or. Mais en décembre, le cours des devises étrangères est très supérieur à ceux d’août et de septembre. La moyenne mensuelle du cours du dollar est passée de 21 fr. 32 en août à 22 fr. 54 en octobre et 25 fr. 32 en novembre. C’est pourquoi le « Nouveau Siècle » redouble d'activité et c’est également pour cette raison que la C.G.T.U. s'attache à la construction d’un nombre-indice qui révèlerait une hausse du coût de la vie supérieure à la fois à celle des indices officiels et à celle des inices-or. Elle répond d'autre part aux critiques faites par Georges Valois au système de l’échelle mobile. Selon lui, ce système donne des majorations de salaires trop tardives, car l’indice est connu avec un retard d’un mois ou deux. Mais, répondent les syndicalistes unitaires, la même critique est méritée par le système du franc-or trimestriel et il ne leur est pas difficile de montrer que, d’après le « Nouveau Siècle » lui-même, un salaire de 100 francs-or serait converti le 22 décembre en 518, 47 francs-papier au Cours du jour du dollar, alors qu'avec le système Valois, le salarié ne recevrait que 466, 91 francs-papier. De plus, si les devises étrangères viennent à baisser, le salaire baissera, tandis
(1) Vie Ouvrière du 18.12.25.
\2\ Tract n° 2,
que le coût de la vie restera stationnaire ou tout au plus diminuera dans une moindre mesure. (1)
Au début de janvier 1926, la CG. G. T. U. lance un manifeste par lequei elle annonce une hausse des prix résultant des mesures prises par le Cabinet Briand-Doumer (relèvement des tarifs de transport) et de celles qui sont en cours de discussion, dont la taxe sur les paiements. C’est pourquoi elle demande à chaque usine et groupe d'usines, à chaque atelier; magasin et bureau de tout mettre en œuvre pour constituer une échelle mobile de salaires. L'ensemble de ces revendications devra être mis en discussion devant le patronat pour le 15 février au plus tard. La C. G. T. U. recommande à ses adhérents d'établir une liaison avec les organisations confédérées pour obtenir le bénéfice de l’ajustement automatique.
« À partir du 15 février exigez tous l’augmentation générale des salaires et l’échelle mobile » devient le cri de guerre de la « Vie Ouvrière » et de l’ «Humanité ». Tout de suite apparaît le vrai caractère de cette revendication, jusque-là présentée sous des apparences professionnelles.
Les dirigeants communistes reconnaissent que le système de l’échelle mobile n’est pas parfait, qu’on peut lui reprocher d’avoir été préconisé à un moment donné par les patrons pour faire obstacle aux demandes d'augmentation de salaires présentées par les organisations syndicales ; qus son application exige le fonctionnement de commissions paritaires jusqu'alors combattues avec une ardeur extrême par la C.G.T.U. elle-même. Ces commissions consentaient presque toujours à des diminutions de salaires chaque fois que les indices officiels avaient baissé. Mais ces reproches n’embarrassent pas les collaborateurs de la « Vie Ouvrière ». Le secrétaire fédéral de la C.G.T.U., Monmousseau, veut bien admettre que la lutte des classes n'exige pas que les ouvriers se mettent en grève chaque fois qu'ils ont une revendication à formuler et qu'avant d’aboutir
à la grève, ils ont toujours intérêt à engager la lutte contre le patro-
(1) Racamond : Le salaire-or dans V. O. du 25.12.25. — La C.GT.U. reconnaît cependant qu’en cas d'inflation poussée à l'extrême il faudra revenir au salaire-or,
nat au cours de discussions sur les revendications déposées, mais il s'empresse d'ajouter que l'échelle mobile ne supprime aucune discussion. En effet, si les Commissions paritaires doivent être combattues quand elles sont animées de l’esprit de collaboration de classes qui caractérise la C.G.T., «elles sont, en certaines péricdes de la lutte et en certaines circonstances, pour tout militant révolutionnaire clairvoyant et résolu, un moyen pour pratiquer la lutte des classes. à condition toutefois qu’il ne perde jamais le contact avec son syndicat, qu'il s'appuie constamment sur la masse des ouvriers, la tenant en alerte pendant les discussions, toujours prêt à l’appeler à la lutte et décidé à rompre toute discussion &'r£ les patrons plutôt que d'accepter une compromission préjudiciable aux ouvriers et susceptible de discréditer à leurs yeux les organisations syndicales et leurs militants » (1).
| Il n’y a pas à redouter que le système entraîne la baisse des salaires si le coût de la vie décroît car, poursuit Monmousseau, « nous sommes pour l'augmentation générale des salaires et en même temps pour l'échelle mobile, parce que nous n’avons pas le droit de nous laisser plus longtemps distancer par la montée du coût de la vie ; mais nous sommes résolument pour le maintien, d’abord, et l’élargissement, ensuite, des positions acquises par la classe ouvrière ».
« Si demain l'échelle mobile est préjudiciable aux ouvriers, nous n’hésiterons pas à la dénoncer ».
C'est à ce moment que les organisations patronales multiplient leurs avertissements en présence de la crise financière, recommandant à leurs adhérents de calculer leurs prix de revient suivant le prix de remplacement des matières premières (2). Ces conseils n'échappent pas aux militants de la C.G.T.U. qui y voient une excellente justification de l'échelle mobile. Nous demandons moins
(1) Vie Ouvrière du 15.1.26.
(2) En particulier la Chambre Syndicale des Industries Métallurgiques et connexes de la région lyonnaise. Dans le même sens, M. Lucien Romier, dans le Figaro. /
que cela, disent-ils ; jusqu'ici nous nous contentons de l'indice écoulé pour rajuster nos salaires (1).
La campagne de la C.G.T.U. est complétée au Parlement par la présentation par le député communiste Piquemal de ia motion préjudicielle suivante : (2
«La Chambre décide de surseoir à l'examen du projet de loi tendant à assurer l'équilibre budgétaire et l'assainissement financier jusqu’à ce qu’une loi ait rendu obligatoire, par l'institution de l'échelle mobile, l’élévation de tous les traitements, salaires, pensions civiles et militaires, retraites ouvrières, rentes des mutilés du travail proportionnellement à la hausse des prix, pour tons les ouvriers, employés, foncttonnaires, orphelins, veuves et mutilés de la guerre et du travail, etc. vivant sur le territoire de la France, de ses colonies, des pays de protectorat et de mandat ».
Cette motion est repoussée par 445 voix contre 36, mais la C.G.T.U. poursuit activement sa propagande. Elle précise que l'échelle mobile resterait indispensable même si les projets financiers du Ministre des Finances du moment, M. Doumer, réussissaient à maintenir la stabilité des changes, car le coût de la vie ne pourrait que croître sous l’avalanche des impôts. Au Comité Confédéral National tenu du 29 janvier au 1% février, la discussion porte sur la difficulté principale : l'établissement d’un nombreindice ouvrier. Les dirigeants sont d’avis que le calcul doit en être fait selon une méthode unique, mais qu’un indice national n'est qu’une moyenne dangereuse pour les régions où les prix sont élevés et qu’un établissement des indices par régions d’après une consommation type est préférable. Quant au salaire de base, la plupart des orateurs sont d’avis qu'il y a lieu de restreindre l'écart qui existait en 1914 entre les salaires des manœuvres et des profes-
(1) Rabaté, V. O. du 15.1.26.
« Donc, si nous voulons suivre l'exemple que doivent nous donner nos patrons, alors nous devons revendiquer un salaire basé sur une échelle tenant compte non pas même du prix du bifteck (qu'on nous passe l'expression), dans la période écoulée, mais du prix que coûtera le bifteck au moment où nous l’achèterons avec l'argent touché ».
(2) Séance du 26 janvier 1926. A
sionnels (1), tenir compte des augmentations déjà obtenues par rapport à l'avant-guerre et examiner dans quelle mesure le salaire de 1914 était insuffisant. Quant à accepter la méthode de l'échelle mobile en cas de baisse des prix, Racamond confirme que ce serait oublier que le salaire n’est pas seulement fonction du coût de la vie, mais aussi de la puissance syndicale (2). Dans sa résolution, le Comité annonce qu'une méthode d'établissement de l'indice sera fixée sous peu de jours, il recommande aux syndicats de ne pas perdre de vue le relèvement des bas salaires et d'établir avec soin le Salaire de base sur lequel doit reposer le système d’échelle mobile.
Les directives concernant la fixation du nombre-indice répartissaient la dépense ouvrière en cinq grandes rubriques : alimentation, chauffage, habillement, loyer, dépenses diverses. La dépense se rapportait à la consommation annuelle d’une famille de 4 personnes, père, mère et deux enfants de 8 à 12 ans. La Commission chargée d'établir la méthode d'établissement de l'indice se contenta de dresser une liste des articles sur lesquels devaient porter les calculs, laissant aux commissions régionales le soin de déterminer les coefficients de pondération de chaque article.
En réalité les recommandations du Comité ne furent pas suivies : seuls les syndicats de la région parisienne, de l’Aube, de la Charente, de la Loire et de Tourcoing entreprirent de calculer un nombre-indice (3). Nous reproduisons en annexe le détail des arti-
(1) De même, le Congrès de l’Union des Syndicats ouvriers unitaires de la région parisienne tenu en janvier 1926 déclare que l’« application intégrale de l'échelle mobile aux corporations à hauts salaires aurait l’inconvénient d'approfondir l’écart entre les salaires maxima et, qu’en conséquence, il conviendra que ces corporations
envisagent la mise en application d’une échelle dégressive pour les salaires trop élevés ».
(2) «Le coût de la vie peut diminuer, ça ne nous regarde pas. Nous devons toujours passer à Iloffensive jusqu’à ce que le capitalisme aille dans le fossé... Et s’il arrive que le capitalisme, se stabilisant permette une baisse du coût de la vie, cramponnons-nous en haut
de l’échelle. Autrement c'est vouer la classe ouvrière à un automatisme dangereux ».
(3) Encore faut-il remarquer que seul l’indice de la région parisienne paraît avoir été calculé d’une façon suivie,
cles de l’indice de la région parisienne. Comme il fallait s’y attendre, celui-ci, dès le début des calculs (février 1926) était nettement supérieur aux chiffres officiels : 574 contre 451 pour l'indice du coût de la vie établi par la commission régionale siégeant à Paris. Il était également plus élevé que l’indice du dollar dont le cours moyen pour février était 27,23 (indice 525).
Le mouvement du 15 février, si l’on en croit la C.G.T.U., réussit pleinement. Le nombre de grèves portées à sa connaissance serait de 96 pour la première quinzaine de février seulement, sur lesquelles 55 se seraient terminées par une augmentation de salaires. Pour le mois tout entier, les statistiques du Ministère du Travail indiquent 193 grèves et 4 lock-outs, dont les résultats se répartissent en 93 transactions, 29 réussites, 58 échecs. Pour 17 conflits, le résultat n’est pas donné.
Il est certain qu’une grande partie de ces grèves aurait éclaté sans la campagne de la C.G.T.U., car la montée du coût de la vie aurait suffi à les provoquer. L'indice des prix de détail pour la France entière passe en effet de 451 et 471 points pour les deux derniers trimestres de 1925 à 503 pour le premier trimestre de 1926, tandis que dans le même temps le nombre-indice du coût de la vie à Paris s'élève de 401 et 421 à 451. Au surplus les cas d’obtention de l’échelle mobile ne sont pas communiqués par la «Vie Ouvrière » qui se contente d'indiquer que la revendication du système figurait dans toutes les demandes d'augmentation de salaires.
C’est à ce moment que la C.G.T. lance son manifeste en faveur de la stabilisation. Elle déchaîne bien entendu la colère des unitaires, qui l’accusent de n'avoir produit ce manifeste que pour faire échec au mot d'ordre de l'échelle mobile. « Que signifie, en effet, cet appel à la stabilisation à tout prix et sans délai au moment où la classe ouvrière, écrasée par les charges financières, se met en branle pour des augmentations de salaires, sinon une condamnation de l'agitation actuelle et des mouvements grévistes » (1).
Il est d’ailleurs facile à. la C.G.T.U. de condamner ce mani-
(1) Monmousseau. V. O. du 26.3.29.
feste, la C.G.T. ne cachant pas que la stabilisation du franc conduira à une crise de chômage sévère..« Il y a cependant une autre formule de stabilisation du franc, c’est celle que la CG.G.T. se garde d’effleurer, celle qui s’oppose à la formule de stabilisation à tout prix, c’est-à-dire sur le dos des masses travailleuses ».
« C’est la stabilisation sur le dos de la bourgeoisie par l'impôt sur le capital, la rentrée des impôts sur les bénéfices de guerre, le prélèvement sur les fortunes acquises, le contrôle des banques, l'élargissement des monopoles d'Etat, etc... » (1).
Mais les projets financiers de M. Péret laissent à l'échelle mobile toute son actualité ; le relèvement des droits de douane, la majoration de la taxe du chiffre d’affaires, l’augmentation de 10 % des frais de transport, celle des impôts de consommation devant se traduire par une hausse du coût de la vie, l’ajustement automatique est plus que jamais nécessaire, dit la C.G.T.U., qui invite la masse des travailleurs à manifester le 1* mai contre la nouvelle loi fiscale (2).
Le mois de mai voit la hausse du dollar et de la livre se précipiter. Aussi les unitaires maintiennent-ils énergiquement leurs mots d'ordre du 15 février, recommandant à leurs syndicats de lutter, préalablement à l’étalissement de l’échelle mobile, pour une augmentation générale des salaires correspondant au niveau du coût de la vie ; agir autrement serait une duperie digne des syndicats réformistes de la C.G.T. D'autre part ils mettent en garde leurs adhérents contre une circulaire de la Confédération Générale de la Production française adressée aux présidents des Chambres Syndicales Patronales et préconisant l’emploi des allocations familiales comme remède à la hausse des prix (3).
(4) Monmousseau. V. O. du 26.3.25.
(2) «Le 1% mai 1926 doit avoir la signification d’une grève générale contre les impôts nouveaux, impôts dont nous devons poursuivre sans relâche l’abrogation ».
(Manifeste de la C.G.T.U. à l’occasion du 1% mai).
(3) Voici les principaux passages de cette circulaire, tels qu’i's sont cités par la Vie Ouvrière du 28.5.26.
«Il convient de rappeler aux employeurs le rôle important que
La campagne en faveur de l’échelle mobile donne peu de résultats. La « Vie Ouvrière » mentionne quelques victoires dans l'Industrie Textile, à Lavelanet (Ariège) où 2.100 ouvriers obtiennent l'ajustement automatique au bout de 2 jours de grève, à Neuville-sur-Saône, à Privas, à Nîmes et dans la métallurgie à Faverges. C’est à Fécamp que l'agitation unitaire paraît avoir eu le plus de succès. Les syndicats unitaires obtinrent également l'échelle mobile pour les sardinières de Douarnenez, pour les colleurs de papier peint de Toulouse et les ébénistes de Bordeaux.
Le rapport des experts financiers réunis par le nouveau Ministre des Finances, M. Caiïllaux, fait une large part aux impôts de consommaiton et prévoit que la stabilisation projetée amènera une crise de chômage en même temps que l’augmenattion du coût de la vie. Il soulève évidemment la colère de la C.G.T.U. qui, stimulée par l’arrivée au pouvoir du cabinet Poincaré, lance un nouveau manifeste dans les derniers jours de juillet, Elle demande à ses
«peuvent jouer dans les circonstances actuelles les caisses de «compensation. En faisant bénéficier d’un supplément de ressour- «ces le salarié chargé de famille, les allocations réparties par les «caisses de compensation permettent aux intéressés de faire face «à leurs besoins, sans qu’il soit nécessaire de relever dans la mé- «me proportion la rémunération allouée à l’ensemble de la main- «d'œuvre. Autrement dit, une majoration des allocations familiales «donnerait satisfaction à ce qu’il peut y avoir de légitime dans «les revendications du personnel ; elle pourrait suffire en même «temps à faire écarter une augmentation générale des salaires qui «n’est pas justifiée pour les ouvriers célibataires ou mariés sans «enfant, lesquels, on n’ignore pas, sont la grande majorité.
«Il y à là, il le faut souligner, une considération réaliste main- «tes fois vérifiée, qu'une augmentation opportune des taux d’allo- «cations familiales a, dans de très nombreux cas, permis d'éviter «ou de modérer une hausse des salaires beaucoup plus lourde.
« Le développement des caisses d'allocations s'impose dès main- «tenant aux employeurs soucieux de pouvoir résister aux mouve- «ments de hausse générale de salaires qu’annonce une campagne « dont la tendance ne leur a certainement pas échappé. En adap- «tant les allocations familiales à la cherté de la vie, on démon- «trera aux bénéficiaires que les employeurs ont équitabiement tenu «compte par avance de ce qu’il peut y avoir de légitime dans leurs « revendications et l’on évitera que ces revendications puissent trou- «ver dans l'opinion publique, et surtout auprès des pouvoirs publics, «J’appui qui autrement leur serait assuré ».
adhérents d’intensifier sans tarder l'agitation autour des revendications immédiates, au nombre desquelles figure toujours l'échelle mobile (1).
Et la campagne en faveur de ce système est reprise avec énergie. La C.G.T. qui a, elle aussi, lancé son manifeste reconnaît que le salaire doit être périodiquement réajusté. Elle se trouve donc d'accord sur ce point avec:la C.G.T.U. qui, pense-t-on, va s’en réjouir. Bien au contraire, celle-ci cherche de multiples raisons pour démontrer que l'échelle mobile, telle qu’elle la comprend, a une tout autre signification que celle des syndicats réformistes. En réalité, elle a peur du front unique. Monmousseau l’avoue en ces termes : « Nous devons franchement constater que cette poussée des masses vers le front unique a tendance à neutraliser nos cadres de base et à leur faire perdre de vue nos objectifs révolutionnaires ».
« On a, au cours de ces dernières années, tellement lutté en faveur du front unique, on a dû briser tant de résistance, les masses confédérées et sans parti y sont venues si lentement qu’on craint que le front unique nous échappe, si on commet l’imprudence de conserver avec lui le langage de la lutte des classes ».
« En lançant nos mots d’ordre du front unique, de l’unité syndicale, de l’augmentation générale des salaires et de l’échelle mobile, nous avons occupé une position d'avant-garde, mais dès l’instant que l’un de nos mots d'ordre est devenu celui de la masse,
(1) «Il faut poser en permanence la revendication de l’augmentation «générale des salaires et traitements et exiger qu'ils conservent «leur capacité d'achat par l'application de l’échelle mobile dressée «sur la base des indices véritables établis par les syndicats ou- « vrIers ».
«Par rapport à 1914 les salaires ne peuvent être inférieurs au « coefficient 6 implicitement reconnu par le gouvernement dans la «fixation des nouvelles taxes et des impôts de complément.
«Il faut imposer le respect intégräl des 8 heures et réclamer «la semaine de 44 heures ». (V.O. du 6.8.26).
Même revendication dans le manifeste du parti communiste (Humanité du 26.8.26).
D'autre part les dispositions prises par le gouvernement pour restreindre la consommation soulèvent les protestations de la presse communiste qui y voit une attaque indirecte contre les salaires (Humanité des 21 et 24 août 1926).
nous ne pouvons rester un jour de plus à piétiner sur place sans perdre cette position, sans glisser vers le réformisme » (1).
Il faut donc faire un nouveau pas en avant et Monmousseau décide de ne pas changer les mots d'ordre de l’augmentation générale des salaires et de l’échelle mobile, mais de leur donner « une base concrète d'application » qui sera établie sur « l'interprétation révolutionnaire de l’échelle mobile et la recherche d’une plateforme pour une vaste mobilisation des masses et la concentration des mouvements grévistes » (2.
Il faudra donc faire une guerre acharnée à l'interprétation réformiste de l’échelle mobile qui consiste en l'acceptation des salaires de base actuels, inférieurs en valeur réelle à ceux de 1914, alors que l'interprétation unitaire exige que les taux de salaires soient portés au niveau de l'indice. Toutefois il ne faut point songer à s'engager dans une nouvelle agitation basée sur une formule d'augmentation générale des salaires et l’échelle mobile, car ce serait simplelment renouveler l’expérience du 15 février, expérience excellente, dit Monmousseau, mais qui, placée dans une situation différente, pourrait conduire à de nombreuses défaites. En février, le pays était en pleine politique d'inflation, sans programme financier ; actuellement au contraire il est au tournant de la politique de stabilisation. Des grèves partielles et locales se heurteraient « à une stratégie patronale menée sur un seul front» (3). « C’est donc au travers d’une ou plusieurs mobilisations générales des masses que nous pourrons développer notre stratégie des grèves et alors qu’une plus grande conscience collective aura groupé la grosse majorité des ouvriers sous notre influence » (4).
Enfin l'augmentation générale des salaires et l’échelle mobile ne doivent plus être considérées comme un simple règlement de compte entre patrons et ouvriers, dit encore Monmousseau. Puis-
(1) Monmousseau, dans V. O. du 20.8.26.
(2) Id.
(3) Monmousseau. V. O. du 20.8.26.
(4) Ibid.
que le gouvernement Poincaré applique au nom des intérêts de la grande bourgeoisie l'échelle mobile des impôts, des tarifs de transport, il convient de porter les discussions au delà des commissions paritaires et des pourparlers entre patrons et ouvriers, il faut les lier avec la lutte contre la vie chère et les poser « sur le terrain même où s’est placé le gouvernement bourgeois ».
La Commission Exécutive de la C.G.T.U. décide dans une séance du 25 août d'organiser une grande journée nationale dont le programme comporte l’augmentation générale des salaires et la reconnaissance de l'échelle mobile pour tous les salariés sans exception, l'application de la journée de huit heures, la lutte contre les impôts de consommation et la taxe civique. La date doit en être arrêtée par le Comité Confédéral national de septembre. Celuici la fixe au 7 novembre, jour anniversaire de la révolution des Soviets.
Dès lors la C.G.T.U. insiste sur le caractère politique de cette journée. Elle déclarera à diverses reprises par la voix de son secrétaire fédéral ou de ses militants que la lutte pour l'échelle mobile doit être dirigée à la fois contre le patronat et contre le gouvernement, qu'elle est une question de vie ou de mort pour la politique de stabilisation de la bourgeoisie, qu’elle peut être rapprochée de la grève des mineurs anglais en ce sens que l’une et l’autre mettent en question l'existence du régime capitaliste. La journée nationale doit donc avoir trois objectifs : un nouveau pas en avant dans la stratégie des grèves, un progrès vers le front unique, au profit des syndicats unitaires ; et enfin une grande opération contre le gouvernement d'Union Nationale et sa politique d'impôts indirects. « Nous ferons de la Journée Nationale le début d’une vaste offensive de la classe ouvrière, qui marquera un triomphe pour le prolétariat et la C.G.T.U. » (1).
Le mois d'octobre est consacré à la préparation de cette jour-
(1) Discours de Monmousseau au Comité Confédéral National 16-17 septembre 1926. ional des
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née et de celle du 24 octobre organisée par la Fédération unitaire des Cheminots. Celle-ci n’a pas d'autre but que celle du 7 novembre.
La journée nationale tant annoncée se passe sans incidents notables. Des meetings sont tenus dans toute la France. La « Vie Ouvrière » assure qu’ils remportent un magnifique succès et que le front unique se réalise entre confédérés et unitaires en maints endroits.
Mais quinze jours à peine se sont écoulés que le chômage consécutif à la reprise du franc commence à se développer et devient la grande préoccupation du monde syndical. Immédiatement la C.G.T.U. lance de nouveaux mots d'ordre : organisation des chômeurs par les Unions locales en accord avec les syndicats intéressés. Droit au travail pour tous, contrôle ouvrier de la production pour combattre le débauchage provoqué par la seule volonté patronale en vue du réembauchage à des conditions inférieures — application de la journée de 8 heures sans dérogation, de la semaine de 48 heures ou à une durée moindre, sans diminution des salaires — respect du repos hebdomadäire — interdiction de fermer les entreprises et ouverture de chantiers de travaux publics — arrêt de l’immigration collective organisée par le patronat et les pouvoirs publics comme moyen de concurrence sur le marché du travail — paiement aux chômeurs de secours sur la base du salaire vital permettant d'assurer leur subsistance et celle de leur famille — exonération de tous impôts directs et du paiement des loyers au profit des sans-travail.
I1 ne fait aucun doute que la C.G.T.U. a été surprise par la rapidité de la crise (1). Elle l’a elle-même avoué dans les années suivantes. Elle espérait avoir un peu de temps devant elle pour faire de l’agitation contre le plan des experts et la politique financière du Cabinet Poincaré.
(1) Notons cependant que le parti communiste prolongea sa campagne spécialement pour les fonctionnaires et les retraités jusqu’à la fin de décembre 1926.
En somme on peut distinguer dans la campagne menée par la C.G.T.U. en faveur de l'échelle mobile trois périodes. Dans la première, qui s'étend de juin 1925 à janvier 1926, elle hésite entre le salaire-or et l'échelle mobile et finit par se décider pour cette dernière. Elle place cette revendication sur le terrain corporatif. A partir de janvier, le mot d'ordre de l'échelle mobile prend une signification politique. La C.G.T.U. espère en faire un facteur de désordre. Enfin à partir de juillet et jusqu’en novembre, l'échelle mobile prend un caractère révolutionnaire. C’est du moins la C.G T.U. qui l’affirme en déclarant que ce mot d’ordre doit faire obstacle à la politique de redressement financier du cabinet Poincaré et conduire à la ruine du régime capitaliste. Dès que les ouvriers et syndicats adhérents à la C.G.T. étaient disposés à réclamer le bénéfice du système, la C.G.T.U., loin de profiter de cette occasion de front unique qu’elle recherche constamment — si on doit l'en croire — a toujours agi de facon telle que son mot d’ordre fût inacceptable pour les patrons déjà hostiles à un ajustement automatique placé dans le cadre professionnel. En somme la C.G. T.U. qui reproche tant à ses ennemis de la C.G.T. de faire de la démogogie — un mot cher au monde syndical — avait découvert en l'échelle mobile un mot d'ordre contenant en lui-même une revendication justifiée par les circonstances, et par là susceptible d'attirer les masses (1), mais elle a tenu à le présenter de telle sorte que sa campagne ne pouvait avoir aucun résultat pratique.
Depuis la fin de l’année 1926 la revendication de l’échelle mobile a totalement disparu du programme de la C.G.T.U. Celle-ci, durant toute l’année 1927, s’est placée sur le terrain défensif en
(1) Cf. la déclaration du secrétaire de la Fédération unitaire des Cheminots, Midol, au sujet de la journée du 24 octobre (V. O. du 15. 10.26) : «Les mots d'ordre d’agitation choisis et qui sont d’ordre corporatif, ont été choisis pour attirer le plus de monde possible à la manifestation mais aussi parce qu’ils permettent de se servir des revendications immédiates qu’ils représentent pour passer rapidement à la lutte de caractère social qui va être la caractéristique du mouvement syndical dans les mois qui vont suivre. Elles vont permettre de préparer la résistance à l'offensive bourgeoise ».
bataillant contre les diminutions de salaires. Elle a repris sa tactique offensive à la fin de 1927 en réclamant « un salaire vital» et durant l’année 1928 elle a, à diverses reprises, attiré l'attention des ouvriers sur l'insuffisance des rajustements de salaires reposant sur la méthode de l'indice. De tels rajustements ne correspondent plus à la situation actuelle, dit-elle en substance, même si les salaires sont entièrement adaptés au coût de la vie, car la rationalisation industrielle a modifié considérablement l’aspect du problème : c’est en effet contre la surproduction imposée par le patronat aux ouvriers qu'il faut maintenant lutter. Le rapport entre le salaire et le nombre-indice ne doit plus être, du côté ouvrier, qu’un simple argument dans les discussions de salaires.