CONCLUSION
Si l'échelle mobiie n’a été revendiquée par la C.G.T.U. que fort tard et si elle n’a jamais été réclamée par la G.G.T., la raison n’en serait-elle pas, à côté de l’hostilité de la C.G.T.U. pour tout contrat collectif ou pour les commissions paritaires et de l’aversion de la C.G.T. pour un système de fixation du standard de vie, le simple fait que les salaires ont pu suivre d'assez près la hausse des prix.
On ne possède pas en France de statistique exprimant la moyenne des salaires réels d’une profession déterminée pour l’ensemble du pays. Etablir des nombres-indices des salaires réels d’après les variations des prix de détail telles qu’elles sont données par la Statistique Générale de la France serait en donner une image inexacte, car les mouvements des prix de détail ne donnent qu’une mesure incomplète des changements dans le coût de la vie.
Nous nous contenterons donc de reproduire ci-dessous les chiffres publiés par la Statistique Générale pour l’ensemble du pays, les moyennes des taux de salaires quotidiens correspondant à 38 professions masculines et 7 professions féminines, en regard desquelles sont donnés les nombres-indices , des prix de détail qui supposent un genre de vie invariable et ceux des prix de pension d’un ouvrier célibataire vivant à l'hotel, qui tiennent compte à l'inverse, des modifications du genre de vie. Si l’on se rappelle que dans l’ensemble les prix de détail s'élèvent plus vite que le coût de la vie, du moins pour les salariés bénéficiant des dispositions législatives de restriction à la hausse des loyers, on constate que sauf dans l’année 1926, les salaires ont dans l’ensemble suivi la hausse du coût de la vie.
Pour Paris, nous avons calculé les nombres-indices des salaires réels au moyen du nombre indice de la Commission Officielle du
Tableau I
Taux des salaires moyens quotidiens des travailleurs et des travailleuses dans les villes autres que Paris et nombres-indices de ces taux de salaires, du coût de la vie et des prix de détail en France, en 1911, en 1921 et de 1924 à 19928.
Nombres-indices (1911 — 100)
Prix mensuel Taux Taux de pension de salaires de salaires SLR) quotidiens quotidiens d’un travail = = leur céliba- Prix de Dates Hommes Femmes Hommes Femmes HU AURRE détail S francs fans A KT so " 1911 4,61 2,29 100 100 100 100 Février 1921 18,92 9,44 410 412 407 424 Octobre 1924 22,00 11,36 477 496 483 422 — 1925 243 205) 12225 504 535 514 465 — 1926 26,93 15,29 584 663 600 638 — 1927 27,34 14,84 593 648 628 519 — 1928 28,57 16,06 619 701 650 554 Tableau II
Taux des salaires quotidiens moyens des travailleurs et nombres-indices de ces taux et du coût de la vie à Paris, de 1925 à 1927 (1).
Nombres-indices
Taux Taux de Coût Taux de salaires salaires de de quotidiens quotidiens la vie salaires
Dates (hommes) (1911—100) (1914— 100) réel Wu francs Avant-guerre 8,12 100 100 100 1925 33,35 411 421 97,6 1926 41,45 510 545 93,5 1927 41,70 513 498 103
(1) Bulletin de la Statistique générale de la France, 1926-1928. Les taux quotidiens indiqués dans ce tableau sont des moyennes établies sur les données relatives à 21 professions importantes (19 seulement en 1911) ; ils se rapportent au mois d'octobre de chaque année,
coût de la vie. Nous spécifions toutefois que la base de comparaison des taux de salaires nominaux est l’année 1911, alors que le coût de la vie a été ramené à la base 100 en 1914.
Si l’on réserve les travailleurs intellectuels et les fonctionnaires, on voit que fort heureusement l’échelle mobile n’a pas été en France d’une profonde nécessité. Toutefois la dépréciation de la monnaie et des salaires s’est poursuivie en Belgique à la même allure qu’en France et cependant l’échelle mobile s’y est répandue. 4
Notre dernière explication ne suffit donc pas à démontrer la longue indifférence témoignée dans notre pays par la classe ouvrière à l'égard de l’échelle mobile, jusqu’au milieu de l’année 1925.