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L'ÉCONOMIE POLITIQUE RATIONNELLE

J. RUEFF & F. DivisiA

Les deux auteurs dont nous exposerons, dans ce chapitre, les vues de théorie monétaire, ont été l’un et l’autre formés à l’école des sciences exactes. Et lorsqu'ils se sont consacrés à l'étude des phénomènes économiques, ils ont entendu ne rénier en rien les principes de ces sciences. Ils se sont contentés de les étendre à un nouvel objet pour constituer ce qu'ils appellent « l’économie politique rationnelle » ou « l’'Economique rationnelle ».

La science économique,

sa nature.

Walras affirmait déjà que l’économie politique pure « esl une science tout à fait semblable aux sciences physicomathématiques » (1). Nos auteurs ont eu à cœur de reprendre et de développer cette affirmation, qui est la justification de leurs travaux.

M. Rueff, dans son premier ouvrage « Des sciences physiques aux sciences morales » (2) nous explique l’analogie profonde qui existe à ses yeux entre les sciences de la

(4) Eléments d'économie gure, p. 29.

(2) Alcan, 1922:

MMS

nature et les sciences de l’homme, qui comprennent la morale et la religion, mais surtout l’économie politique.

Toute science, dit-il, est le produit du même « moi » rationnel constitué par les principes d'identité et de causalité, et de la même machine à raisonner qui opère suivant la syntaxe, la logique formelle et l'analyse mathématique. Le domaine de la science est donc celui du relatif, de l’incertitude, puisque les « causes » dégagées par les sciences physiques ne sont que des créations de l’esprit scientifique (3). Ces idées, inspirées de celles de Henri Poincaré, limitent la portée des sciences et les rapprochent déjà des sciences morales (4).

Il faut cependant montrer encore que le phénomène économique peut bien être traité comme un objet de science. Nos auteurs admettent que le phénomène économique est, dans son fonds, de nature psychologique. Mais il est objet de science dans ses manifestations quantitatives qui sont les prix. « Le propre de toute science, écrit M. Divisia, est de ne pouvoir définir — mais tout au plus désigner — l'objet de son étude » (5). « La valeur se manifeste concrètement par les prix comme la chaleur par la dilatation » (6). En s’attachant ainsi à l'aspect quantitatif des phénomènes économiques, on crée, dit M. Rueff, une mesure du besoin qui est un « symbole entièrement arbitraire » (7) mais pas davantage que les mesures des phénomènes physiques.

(3) Des sciences physiques aux sciences morales, p. 32. . (4) Revue d'Economie golitique, 1926, p. 75 et 80.

De la même manière, M. Divisia s'’appuiera sur « La science et l'hypothèse » pour justifier sa tentative d'explication des phénoènes monétaires.

(5) Economique rationnelle, Doin, 1928, p. 2.

(6) Economique rationnelle, p. 3.

(7) Des sciences physiques aux sciences morales, p. 147.

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