‹ Les Récentes Théories Monétaires en France: Idée Quantitative et Conflit des MéthodesChapitre 3 sur 59 · FAR ER · texte numérisé non relu

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Un premier trait permet donc de constituer les phénomènes économiques en objet de science : ils sont mesurables. En outre, pensent nos auteurs, il est possible de considérer la vie économique comme gouvernée par des lois aussi précises que les lois du monde physique, et cela sans préjuger de la question philosophique du déterminisme.

Pour M. Divisia cette existence des lois économiques résulte de la simple observation de certaines permanences dans le monde moral tout comme dans le monde physique (8).

M. Rueff analyse plus profondément la raison de ces permanences, de ces lois. Elles tiennent, dit-il, à ce que les phénomènes atteints sont des phénomènes « statistiques » c'’est-àdire « qui résultent du jeu simultané d’un très grand nombre d'activités individuelles dont les caractéristiques sont réparties au hasard. » (9). De même que la physique des gaz (point de comparaison privilégié de notre auteur) ne s’occupe pas du jeu particulier de chaque molécule, de même la science économique ne s'inquiète pas de l'analyse psychologique des actions de chaque individu, mais des régularités qui résultent dans la vie économique de la municipalité de ces actions. Elle est une « science statistique ».

La science économique, sa méthode.

L'objet de la science économique étant assimilé par ses deux caractéristiques fondamentales, à celui des sciences physiques, nous ne devons pas nous étonner de constater que les traits de la méthodologie de nos auteurs sont emprun-

(8) Economique rationnelle, p. 3 à 6.

(9) Théorie des phénomènes monétaires (Payot, 1927). Introduetion : « La science économique, science statistique », p. 14.

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és à la même source. Ils adoptent la division employée en mécanique: étude statique et étude dynamique. La statique, dit M. Rueff, est « l'étude de l'équilibre des forces et la dynamique « la science des mouvements » (10). M. Divisia, du reste, accorde qu'il y a un certain degré d'artifice dans cette division. « En économique, dit-il, les éléments en repos n'existent pas; les phénomènes étudiés sont constamment emportés dans une évolution qu’il ne dépend pas du savant d'arrêter. lout ce que ce dernier peut faire c’est étudier rationnellement telle position d'équilibre qui se réaliscrail si certains éléments demeuraient constants » (11).

Quelle que soit la portée précise de la division en statique et dynamique, elle nous fait entrer dans le cadre des théories de l'équilibre économique. M. Divisia déclare que son étude de l’économie monétaire a comblé « une lacune importante de la théorie, aujourd'hui classique, de l'équilibre général économique, telle qu’elle a été élaborée par Stanley Jevons, Walras, Edgeworth, Irving Fisher, Pareto » (12).

L'un et l’autre de nos auteurs, cependant, ont eu un maître plus direct en C. Colson, à qui chacun a demandé la préface de son ouvrage principal. Cette filiation sans doute, en même temps que la formation scientifique de MM. Rueff et Divisia, explique le caractère de leur méthode. Elle n’est pas, en effet, purement déductive comme celle de Walras pour lequel l’économie fait partie de ces sciences qui « rentrent dans l’expé-

{40) T'héorie des phénomènes monétaires, p. 29.

(11) Economique rationnelle, p. 50.

(12) Economique rationnelle. Introduction p. XXXI.

Sur l'équilibre économique voir les derniers chapitres de la T'héorie des phénomènes monétaires, de M. Rueff, p. 317-333.

Voir aussi les idées de M. Divisia sur « la forme actuelle et l'orientation possible de l'économie mathématique ». Revue d'Economie politique 1926, pp. 76-82.

re,

rience, non pour confirmer, mais appliquer leurs conclusions » (13).

M. Divisia pense que l’économie pure ne peut se passer « de l'observation constante des phénomènes » (14). Dans toute science, pense-l-il, il n’y a rien de sûr tant qu'il n'y a pas contrôle expérimental. Et il nous explique comment la mécanique rationnelle, par exemple, qui paraît une construction purement déductive, est en réalité fondée sur toute une série de vérifications, que l’on s’abstient de reproduire tant elles sont sûres et anciennes. De même pour M. Rueff, il s’agit, à partir d’une observation méthodique et raisonnée, de découvrir les relations entre plusieurs séries de faits, puis recherchant « le mécanisme interne qui rend inévitables ces relations », de faire « la théorie du phénomène » (15). Pour que cette théorie soit « vraie », il faut que « ses conséquences soient confirmées par toutes les propriétés du réel » (16).

Cependant l'observation, dans la science économique, diffère profondément de ca que, dans les sciences de la nature, on pratique sous le nom « d’expérimentation ». L’expérimentation, qui consiste à faire apparaître un phénomène dans un milieu soigneusement préparé afin que tous les éléments autres que ceux dont on veut vérifier l’action demeurent rigoureusement stables, n'est pas possible lorsqu'il s’agit de la vie économique. On ne peut iei qu’observer le déroulement des faits; pour en tirer quelque conclusion scientifique, le raisonnement devra intervenir sans cesse pour démêler l’enchevêtrement des causes et des effets. Cette

13) Éléments d'économie pure, p. 29.

14) Economique rationnelle, p. 9.

15) Théorie des phénomènes monétaires, p. 24. 16) Théorie des phénomènes monétaires, p. 25.

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impossibilité d’expérimenter au sens précis des sciences de la nature paraît assez fondamentale à M. Divisia pour qu’il en tire la désignation même de sa méthode. La science économique est pour lui une science « d’observation pure » (17), terme ambigu si l’on ne voit pas qu'il est opposé à celui de «science d’expérimentation ». Mais cette opposition n'empêche pas que la méthode de « l’économique rationnelle » combine très intimement observation et déduction, auxquelles il faudrait même ajouter, selon M. Divisia, « une certaine part d'imagination » (18).

Nos auteurs enfin, comme tous les théoriciens de l’équilibre économique, utilisent le langage mathématique, mais ils n’y voient qu'un simple auxiliaire du raisonnement qui donne au jeu dialectique de la pensée une aisance et une rapidité inappréciables, sans la modifier cependant dans son fondement : les enchaînements mathématiques pourraient, au moins théoriquement, être reproduits en langage ordinaire (19). Si l'emploi des mathématiques est en quelque sorte le symbole du rapprochement que veulent opérer ces esprits, entre l’économie politique et les sciences exactes, il n’en reste pas moins que nous trouvons dans les notions d’équilibre. de statique et de dynamique, des caractéristiques beaucoup plus fondamentales de leur méthodologie.

(147) Economique rationnelle, p. 5.

(148) Economique rationnelle, p. 5.

(19) Et d’ailleurs ces développements sont fréquemment mis par nos auteurs en note ou en appendice.

$ 1. — La théorie rnonétaire chez J. RUEFF

De son grand ouvrage « Théorie des phénomènes monélaires » M. Rueff n’a fait paraître jusqu'ici que la première partie, la statique, dont nous allons résumer brièvement les développements.

La construction de l’équation des échanges.

Notre auteur part de cette « vérité évidente » que « le nombre de francs qui changent de mains, en un mois, par exemple, est nécessairement et rigoureusement égal au total des paiements effectués pendant la même période ou, ce qui revient au même, à la somme en valeur des achats de toute nature réglés en cette période » (1). Pour rendre cette idée utilisable il faui la préciser. Et c’est à quoi est consacré un premier chapitre inspiré, nous dit-on, de l’œuvre d'Irving Fisher.

« On appelle prix de la marchandise A, écrit M. Rueff, le nombre d’unités monétaires dont il faut céder la propriété pour acquérir, par voie d'échange, l’unité de quantité de A » (2). On voit immédiatement, poursuit-il, que dans un échange quelconque « le nombre des unités monétaires qui s’y trouvent transférées est nécessairement égal à la valeur des biens échangés » (3) (qu’il représente par p q, p étant le prix unitaire de la marchandise et q son poids). De même « la somme des valeurs de tous les biens échangés pendant

(1) Théorie des phénomènes monétaires, p. 33. (2) (3) Idem, p. 34.

une certaine période », exprimée par > pq, est égale au « nombre total des unités monétaires ayant donné lieu à

transfert pendant la période éludiée » (4) exprimée par > d.

telte équation > pq = > d doit maintenant être transformée « afin d'y faire apparaître les grandeurs caractéris-

tiques de la circulation monétaire » (5).

Les paiements se font par monnaie proprement dite ou par chèques et ordres de virement. Le second mode, dit M. Rueff, ne diffère pas essentiellement du premier : il se réduit toujours « au transfert d’un droit de propriété sur un nombre déterminé d'unités monétaires » (6). Quant aux effels de commerce, sauf quelques cas négligeables, ils sont des instruments de crédit et non de paiement. On peut encore négliger, dans une théorie générale, nous dit-on, les

paiements différés et les règlements internationaux.

Un autre élément caractéristique de la circulation monétaire est la vitesse de circulation du stock monétaire en une certaine période, que M. Rueff définit : « le quotient du total des paiements effectués par son intermédiaire pendant l'unité de temps de cette période, par son montant moyen pendant la dite période ». Enfin si l’on remarque (7) que la somme des valeurs échangées dépend du niveau des prix et de l’activité des échanges, on arrive par quelques déductions simples à la formule classique

MVSEUMNVME=TKPO

) Idem, p. 36.

(5) Idem, p. 36.

) Idem, p. 36.

7) Idem, p. 41.

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M représentant la masse de monnaie existant effectivement (à l'exclusion de celle utilisée comme encaisse permanente ou thésaurisée).

V sa vitesse de circulation.

M’ « le total des unités monétaires existant sous forme d’actif de comptes en banque ».

V’ leur vitesse de circulation.

K un facteur constant.

P l'indice du niveau général des prix.

Q le « coefficient d'activité des échanges ».

L’équation des échanges pour M. Rueff est « une nécessité rationnelle, en dehors de laquelle nous ne pouvons penser » (8). Mais sa portée est très limitée : « elle ne comporte, nous dit-il, aucune interprétation causale » (9) et elle ne peut nous renseigner, en particulier, sur les causes du mouvement des prix.

M. Rueff est ici en plein accord avec Fisher. Aussi sommesnous surpris de le voir déclarer aussitôt que l'équation des échanges « tranche définitivement, semble-t-il, la question si controversée de la théorie quantitative » (10). L’équation, en effet, ferait apparaître que la quantité de monnaie n’est pas le seul facteur à agir sur les prix, et que par conséquent la théorie quantitative n’est pas exacte.

M. Rueff nous semble ici préjuger quelque peu des résultats de son étude. Certes il apparaît peu vraisemblable qu'étant donnée la complexité des facteurs de l'équation des échanges, seule la quantité de monnaie joue un rôle actif dans la détermination des prix; mais cette invraisemblance

(8) Idem, p. 48.

(9) Idem, p. 91.

(10) Idem, p. 49.

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n’est pas une preuve et nous savons que Fisher justement a prétendu la démentir. Dès lors, et quoique M. Rueff ait intitulé son chapitre I : « Le pseudo-problème de la théorie quantitative » il nous semble qu’il n’a pu se placer réellement en dehors du cadre de discussion de cette théorie. Nous allons voir d’ailleurs que les développements contenus dans son ouvrage, sur le plan statique, lui assignent déjà une place dans ce cadre traditionnel.

La mesure des facteurs

de l’équation des échanges.

La statique, c'est d'abord le domaine de la définition ou de la description. M. Rueff la compare à ce travail qui consiste, avant d'étudier la marche d’une machine, à acquérir du préalable « une connaissance approfondie des liaisons qui unissent ses différents organes » (11). Il s'agit de passer, de la définition des « notions intuitives » contenues dans l’équation des échanges aux moyens propres à les atteindre réellement, à les mesurer.

La détermination théorique de chacun des facteurs, où, si l’on veut, la définition de sa mesure idéale, est donnée par l'équation des échanges elle-même. C’est ainsi que l'indice théorique du niveau général des prix se définit très facilement par voie déductive : « moyenne arithmétique pondérée des prix de tous les articles ayant donné lieu à transactions pendant la période étudiée, chacun de ces prix étant affecté d'un coefficient proportionnel aux quantités échangées pendant lunité de temps rapportées elles-mêmes à celles qui avaient pour prix l’unité pendant la période de base » (12).

(11) Idem, p. 96.

(42) Idem, p. 67.

modo

Par la même voie déductive, l'indice de l'activité des échanges est défini : « Ge rapport. du total des quantités échangées pendant l’unité de temps de la période considérée au total des quantités échangées pendant le même intervalle de temps de la période de base, ces quantités étant les unes et les autres rapportées à celles qui avaient pour prix lunité pendant la dite période de base » (13).

Mais de ces définitions il s’agit de passer au calcul pratique des indices. Comment d’abord, pourra-t-on calculer un indice des prix ? Il est évidemment impossible d'enregistrer tous les prix payés ainsi que toutes les quantités échangées. Mais ainsi que l'ont montré Fisher ou M. Dugé de Bernonville (14), différents indices des prix construits à l’aide d’un nombre de marchandises diffèrent, de méthodes diverses de pondération et de calcul de la moyenne, se rapprochent extrêmement les uns des autres.

De ces similitudes, de cette quasi indifférence des méthodes de calcul, M. Rueff nous donne une explication théorique (45) qui lui permet de conclure que les similitudes seraient parfaites « si tous les prix variaient dans les mêmes proportions » c’est-à-dire encore « si les mouvements des prix présentaient toujours le caractère de mouvements d’ensemble » et si « l'offre ne variant pas, chaque individu maintenait permanente la répartition de ses ressources entre les différents articles du marché » (16).

« Dans la pratique, poursuit M. Rueff, de toute évidence -cette condition n’est pas rigoureusement satisfaite; mais elle

(13) Idem, p. 74.

(14) Journal de la Société de Statistique de Paris, mai-juinjuillet 1924 : Les indices du mouvement général des prix en France.

(45) Idem, p. 80-83.

(16) Idem, p. 835.

n’en traduit pas moins avec une certaine approximation la constance des habitudes et des besoins individuels, ce qui explique que restent toujours limités et, dans la grande majorité des cas, assez faibles les écarts qui séparent les rapports mesurant entre deux instants quelconques les variations de prix de tous les articles du.marché. » Et c’est pourquoi notre auteur croit pouvoir prendre comme indice du niveau général des prix « l’un quelconque des indices des prix de gros » (17) publiés dans les divers pays, au moins comme première approximation (18).

Ces considérations sur l'indice des prix sont d’un intérêt capital, car la solution du problème des causes du mouvement des prix dépend de la nature même de ce mouvement. Est-ce un mouvement d'ensemble affectant les prix des différentes marchandises d'une manière à peu près proportionnelle — ou bien n'est-ce que le résultat de mouvements particuliers incohérents ? En d’autres termes l'indice des prix exprime-t-il seulement une moyenne de variations indépendantes, ou bien au contraire un phénomène réel : le mouvement général des prix ? Suivant la réponse que l’on donne à cette interrogation, on s'oriente très différemment dans la recherche des solutions au problème des causes du mouvement des prix. M. Rueff nous l’avons vu, croit établir déductivement et expérimentalement la réalité du mouvement général des prix. Il est ici dans la voie qui conduit à la théorie quantitative.

Les indices de l’activité des échanges souffrent des mêmes infériorités que l'indice des prix : ils ne comprennent qu’un

(17) Idem, p. 84.

(18) Idem, p. 85.

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petit nombre d’articles et leur mode de pondération est peu précis. Mais ils seront valables, néanmoins, si l’on peut montrer que les quantités échangées varient par mouvements d'ensemble. M. Rueff le tente en comparant un indice de l'activité des échanges, qu'il a construit sur la base du nombre moyen des wagons quotidiennement chargés sur les réseaux français, avec l'indice de la production industrielle de M. Dessirier. Ces deux indices présentent, dit-il, « une étroite ressemblance et notamment une concordance rigoureuse dans le sens des variations » (19). Or M. Dessirier a calculé aussi (20) divers autres indices de la production suivant des procédés différents. Leurs variations se montrant très semblables, on peut dire que la production industrielle présente bien des mouvements « d'ensemble ». Par conséquent, conclut M. Rueff, l’activité des échanges qui se montre étroitement liée à la production, varie aussi par mouvements d'ensemble et les indices qui peuvent être pratiquement calculés ont pleine valeur par rapport à la théorie monétaire (21).

Poursuivant son étude des moyens propres à mesurer les divers facteurs de l'équation de l'échange, M. Rueff en arrive à la quantité de monnaie. Ce facteur dans la complexité actuelle des systèmes monétaires n'est pas facile à atteindre. Pourtant notre auteur indique quelques idées directrices d'une telle recherche : tout d’abord en développant ses vues sur « La genèse des unités monétaires » (22).

Supposant dans un pays l'existence du cours forcé et d’une banque unique, il établit que les unités monétaires sont créées

(19) Idem, p. 92.

{20) Bulletin de la Statistique générale de la France, oct. 1924 et avril 1926.

(21) Outre l'indice base sur les wagons chargés, M. Rueff suggère le calcul d’un indice d’après les renseignements fiscaux.

(22) Théorie des phénomènes monétaires, chap. IH p 967et.s.

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par le même mécanisme soit sous forme de papier monnaie, soit sous forme de crédits inscrits en comptes courants. Remarquant d'autre part qu'il existe une intercommunication constante entre ces deux stocks d'unités monétaires, il en vient à penser que « si les habitudes individuelles ne sont pas sujettes dans le pays considéré à des modifications rapides on doit pouvoir observer entre le montant de la circulation de monnaie proprement dite, d'une part, le total des soldes créditeurs de tous les comptes courants et de dépôt, d'autre part, une certaine proportionnalité » (23). Pour vérifier cette opinion il calcule un indice de la circulation monétaire proprement dite, d’après le stock des billets de banque émis par la banque de France (24). D'autre part, il prend comme indice de la circulation crédit, la somme des postes « comptes courants créditeurs et dépôts à vue » des quatre grands établissements de crédit (leur clientèle étant supposée dans une proportion constante avec celle des autres banques). Calculant alors le rapport de ces deux indices pour les années 1916-17-18, il constate qu’il ne varie pas au delà de 20 % de sa valeur moyenne (23). Pour les années 1926 à 1925 la circulation crédit varie d’une manière très semblable à la circulation billets, avec cependant une augmentation supplémentaire régulière et continue de 2,5 % chaque année (26). Cette augmentation traduit une généralisation constante de l'usage du chèque en France.

(23) Op. cit., p. 108.

(24) Il est supposé que les billets de banque thésaurisés sont en faible proportion de même que les jetons des Chambres de Commerce qui, en 1927, complétaient la circulation.

(25) Oy. cit. p. 107.

(26) Idem, p. 113.

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On peut donc conclure que « tant que ne surviendra pas une modification profonde des dispositions individuelles ou des conditions économiques, le rapport de la circulation crédit à la circulation billet, ne variera que fort lentement et d’une manière continue » (27).

M. Rueff a ainsi dégagé une première idée susceptible, selon lui, de nous guider dans l’évaluation de la quantité de monnaie. Il en trouve une autre en décrivant le cadre légal dans lequel se placent les phénomènes monétaires, les « dispositions juridiques qui limitent directement ou non la création des unités monétaires » (28). Après avoir analysé la notion de monnaie légale, il en arrive à présenter les banques de dépôt comme des organismes créateurs de monnaie. On peut affirmer, en effet, qu’une banque n'aura jamais à rembourser en numéraires .ou à virer dans des banques voisines l’intégralité de ses dépôts. Ce principe joue, dit M. Rueff, le rôle d’un principe de Carnot. Il est une improbabilité mais non une impossibilité absolue. On peut du reste statistiquement le préciser : le montant de l’ « encaisse nécessaire » des banques de dépôt apparaît presque constamment à peu près le 1/10 des dépôts.

Cependant le pouvoir créateur des banques de dépôt n'existe que grâce à l'institut d'émission dont dépend la possibilité de majorer l’encaisse nécessaire. En définitive conclut M. Rueff « l'édifice monétaire repose tout entier sur le stock de monnaie légale en circulation et ralentir ou limiter la création de la monnaie légale en circulation c'est

(27) Un exemple de ces modifications profondes est le passage de l’année 1918 à l’année 1920, de l'état de guerre à l'état de paix, M’ ou le rapport PR varie de 50 %.

(28) Idem, p. 16 et suiv.

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