‹ Les Récentes Théories Monétaires en France: Idée Quantitative et Conflit des MéthodesChapitre 21 sur 59 · SERRES CREER · texte numérisé non relu

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mouvements d’or ont été le résultat des convulsions monétaires dans tous les pays, à cette époque :

De 1920 à 1925, tous les hôtels des monnaies, sauf celui des Etats-Unis, étaient fermés et le dollar étant la seule monnaie stable, tout l’or disponible du monde s’est vendu aux Etats-Unis (26).

Après 1925 deux mouvements d’or importants se produisent : l’afflux d’or en France depuis la fin de 1926 qui est dû à la spéculation à la hausse du franc; le nouvel afflux d'or aux Etats-Unis à partir de 1928 qu'il faut attribuer à une « folle spécluation déclenchée en grande partie par l’abaissement du taux de l’escompte en 1927, abaissement dont l’objet était essentiellement de faciliter la situation monétaire de la Grande-Bretagne » (27).

« Enfin, à partir de l’année 1930, les mouvements d’or ont été déclenchés presque exclusivement par des courants de méfiance ou de défiance vis-à-vis des monnaies » (28).

Par conséquent, les phénomènes pathologiques qui ont affecté les monnaies nationales, se sont accompagnés de mouvements de métaux précieux entre les nations, également pathologiques. La répartition de l’or à l’époque où se situe la controverse, entre 1930 et 1982, est donc tout à fait fortuite; elle est sans rapport avec les facilités monétaires et de crédit à l’intérieur des différents pays (29). Elle ne saurait donc expliquer ce phénomène si général et si impérieux de la baisse des prix dans le monde.

(26) Idem, p. 166.

(27) Idem, p. 169.

(28) Idem, p. 170.

(29) Par exemple en Angleterre. {dem, p. 142.

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Mais, selon M. Rist, il faut encore aller plus loin el renversant la relation souvent admise, affirmer que l’inégale répartition de l'or est due à la baisse des prix elle-même. « Lorsqu'on met en regard, dit-il, d’une part la quantité eroissante d’or qui afflue vers la France, les Etats-Unis ou la République Argentine, et d'autre part la chute mondiale des prix, j'admets qu'il y a une corrélation entre les deux mouvements. Seulement, au lieu de considérer l’afflux d’or dans ces pays comme la cause de la chute des prix, je vois au contraire dans cette chute la cause de la mauvaise répartition de l’or dont on se plaint » (30). Celte idée, plus théorique que la première, est pleinement exprimée dans l’article sur « la question de l'or » (31) : « Si les prix baissent brusquement, y écrit M. Rist, une liquidation internationale des dettes s'effectue et les crédits ne sont renouvelés qu’en partie. De là pour les pays fortement créanciers, un afflux d’or plus ou moins important » (32). En d’autres termes, les conditions de la guerre, les mouvements spéculatifs sur les monnaies, en même temps qu'ils provoquaient une inégale répartition de l'or, ont créé des déséquilibres dans la situation créditrice ou débitrice de certains pays par rapport aux autres. La baisse des prix dénoue ces situations, engendrant des mouvements d'or qui s’y trouvaient en puissance, el accroissant l’inégale répartition de l'or.

« La répartition du métal précieux, conclut M. Rist, est done essentiellement changeante. Loin de déterminer le niveau des prix, elle s'adapte à ses mouvements » (33). Mais quel est alors le facteur qui détermine les mouvements géné-

(30) Idem, p. 147.

SA) Pldem D Are (32) Idem, p. 117.

{33) Idem, p. 118.

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raux des prix, M. Rist s’en explique aussitôt. C’est la quantité d’or existant dans le monde ou plutôt « la lenteur ou la rapidité avec laquelle le stock des mélaux précieux s'accroît dans le monde » (34).

A vrai dire, dans la pensée de M. Ris, la cause proprement dite de la hausse des prix, c’est l'accroissement de la consommation qui accompagne les périodes d’essor revenant suivant le rythme cyclique bien connu. Mais la durée et l’intensité de cette hausse dépend de la production de l'or qui permet ou non de satisfaire les demandes de numéraire « La production des mines est-elle active ?.. Alors la hausse des prix se poursuivra pendant longtemps sans autre interruption que de brèves crises tenant au rythme inégal avec lequel progressent la production des biens el les revenus nominaux des consommateurs. La production de l'or est-elle au contraire ralentie ? Alors les besoins de numéraire du public se heurteront vite à la limite d’élasticité de crédit des banques. Celles-ci s'adresseront-elles à l'étranger pour élargir leur marge ? Les banques étrangères n'étant pas non plus alimentées par de Por neuf seront obligées à leur tour de se restreindre. Ainsi la hausse des prix rencontre sa limite à peu près en même temps sur tous les marchés » (35).

« Ainsi s'explique pour M. Rist « l'identité presque parfaite des courbes des mouvements généraux des prix de gros dans les différents pays à étalon or depuis le commencement du xix° siècle. A lravers les fluctuations relativement brèves qualifiées de « crises », le niveau général s'élève ou s'abaisse en longues ondulations suivant que la pression permanente qu’exerce sur les prix la production croissante

(34) Idem, p. 118.

(35) Idem, p. 118, 119.

des marchandises dans le monde est ou non victorieusement combatiue par l’action inverse exercée par les productions parallèles de l’or » (36).

A la lumière de cette théorie, M. Rist a pu donner une explication des mouvements généraux des prix depuis la guerre. Ce fut l’objet d’une note rédigée en 1932 : « Retrouvera-t-on le niveau des prix de 1928 » (37) et d’une étude comprise dans les Mélanges Mahaim « Jnterprétation de la chute des prix depuis 1925 » (38).

M. Rist divise l’hisloire des prix depuis la guerre en trois périodes.

Dans la première période qui va de 1914 à 1925, les prix or sont les prix des Etats-Unis, puisque les autres grandes nations belligérantes, ont abandonné l’étalon-or. Dans celte période, les prix se fixent aux Etats-Unis d’une manière tout à fait indépendante de la quantité d’or qui se trouve dans ce pays. L'index des prix atteint un maximum en 1920, puis il retombe brutalement jusqu’en 1922, pour se relever ensuite très légèrement. Au contraire, la courbe de l’or existant dans le pays, après avoir indiqué un accroissement considérable pendant la guerre, diminue de 1918 à 1920 — et à partir de ce moment augmente de nouveau à une très grande allure. Les prix américains sont déterminés non par

(36) Idem, p. 119. Ces « ondulations » sont bien connues : elles comportent une baisse jusqu’en 1850 puis une hausse jusqu’en 1875; de nouveau une baïsse jusqu'en 1896, suivie d'une nouvelle hausse.

(37) Reproduite en Essais sur quelques problèmes économiques et monétaires, p. 153 et suivantes.

(38) Publié à part, Sirey, 1936. Le problème est encore repris par M. Rist à l’occasion d'articles publiés dans la Revue d’économie politique (1935 et 1936) concernant l’histoire des doctrines monétaires.

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l'or, mais par l'inflation de papier aux Etats-Unis, puis par la crise de 1920-22.

Or ce sont ces prix qui commandent le marché mondial. M. Rist en conclut que les prix mondiaux jusqu'en 1925 sont parfaitement « artificiels ». « Le niveau des prix-or, dit-il, auquel allaient se rattacher dorénavant les niveaux des pays à papier monnaie, était lui-même accidentellement surélevé et résultait des circonstances fortuites et momentanées auxquelles depuis 19 ans était soumise l’économie des Etats- Unis » (39).

Nous penserions interpréter exactement la pensée de M. Rist en disant que les circonstances de guerre ont soumis l’économie mondiale tout entière à un régime de prix papier, la proportion de monnaie fiduciaire normalement compatible dans le monde avec les quantités d’or monétaire ayant été largement dépassée. Mais par une circonstance fortuite, un pays, les Etats-Unis, a pu maintenir la convertibilité et a créé ainsi l'illusion qu’on se irouvait encore en régime de prix-or (40).

(39) Op. cit., p. 156.

f40) « Mais cette convertibilité du dollar, par quoi a-t-elle été renaue possible ? Par deux faits

1° Les Etats-Unis eux-mêmes ont procéde une formidable création de monnaie de banque. Cette politique aurait dû amener la proclamation du cours forcé, si le transfert aux Efats-Unis pendant la guerre des réserves d'or des pays belligérants. lesquels ont payé avec les réserves une partie de leurs achats aux Etats-Unis, n'avait permis de maintenir la convertibililé du dollar presque sans interruption ».

2° Après la guerre, l'envoi exclusivement aux Etats-Unis de l'or nouvellement extrait des mines a permis de renforcer cette convertibilité. Cet envoi n’a pu s'effectuer que grâce au refus des grandes banques européennes de changer leur prix d'achat d'avantguerre et d'acquérir l'or au nouveau prix qui s'était établi sur le inarché par suite de la dépréciation des monnaies de papier (Rev d'Economie politique, p. 1513).

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Cependant à partir de 1925 un grand nombre de pays reviennent à l’étalon-or. Le mouvement des prix mondiaux doit donc refléter de nouveau la situation relative de la production de l'or et de la production des marchandises. Et, en effet, dans cette seconde période, qui comprend les années 1925-1926, nous constatons une baisse des prix, due à ce que la production des marchandises” manifeste depuis 1925 une activité exceptionnelle tandis que « la produetion annuelle de l'or dans le monde s’est peu accrue » (1). La baisse des prix s'explique parfaitement ainsi. « Il y à même lieu de s'étonner, dit M. Rist, qu'elle n'ait pas été plus forte » (42).

La troisième période dans l’histoire des prix, qui va de 1927 à 1932, est marquée par deux mouvements en sens inverse : une hausse légère en 1927-28, principalement aux Etats- Unis, une baisse catastrophique après 1929, qui part elle aussi des Etats-Unis. Pour M. Rist ces deux mouvements ne sont que des décalages occasionnels au grand mouvement de baisse des prix qui tendait à se poursuivre pendant toute: la période sous l'influence de la diminution dans la production de l’or. La hausse de 1927-28 est due au grand mouvement de baisse des prix qui tendait à se poursuivre pendant toute la période sous l'influence de la diminution dans la production de l’or. La hausse de 1927-28 est due au grand mouvement de spéculation qui s’est déchaîné aux Etats-Unis

(41) M. Rist entend par là que « par rapport au stock existant, la production de l’or nouveau, tout en restant chaque année sensiblement la même en chiffres absolus, représente une proportion décroissante ». Op. cit. p. 157 note (T). Depuis 1919, en effet, le pourcentage d’accroissement annuel de l'or est tombé au-dessous. de 2,3 % (Interprétation de la chute des prix depuis 1925, p. 10).

(42) Essais sur quelques problèmes économiques et monétaires, p. 139.

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à celle époque : « La baisse des prix, dit M. Rist, aurait normalement continué en 1927, s’il n'était pas survenu une circonstance me paraît être l'extrême abondance des crédits aux Elats-Unis, jointe à la hausse des crédits aux Etats-Unis, jointe à la hausse des valeurs en bourse » (43). Et, par suite la baisse à partir de la fin de 1929 n'est que l’exagération du mouvement de baisse normal, exagération due à la réaction contre les niveaux artificiels des prix antérieurs, et aux causes générales qui font des dépressions cyclisques (44).

Cette interprétation est donc bien une application de théorie de notre auteur sur la relation entre l'or et les prix. Elle lui a même donné l'occasion d'apporter à cette théorie des précisions intéressantes que nous résumerons brièvement (45)

1) M. Rist s'appuie sur les travaux de Snyder montrant que le rythme d'accroissement de la production des marchandises dans le monde est très régulier. On devrait donc assister à une diminution régulière du niveau des prix, si la pression des marchandises n'était « combattue par une production croissante d’or ou par une extension des méthodes permettant d'économiser l’or comme instrument de paiement » (46). Mais cette force antagoniste n’agit pas régulièrement et c’est ce qui provoque les mouvements généraux des prix.

8) S'inspirant de la méthode de Cassel, M. Rist a calculé les pourcentages annuels d’accroissement de la production d'or dans le monde depuis 1850. Il constate que, dans une première période qui va de 1850 à 1872 ou 75, tant que les accroissements de production se maintiennent au-dessus de

(43) 1dem, p. 160.

(44) Idem, p. 325 et s. « Caractère et origine de la crise de 19829 ». (45) D'après l « Interprétation de la chute des prix depuis 1925 ». (46) Idem, p. 8.

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2.8 %, les prix continuent à hausser ou restent stationnaires, dans la deuxième période (1872 ou 75 à 1895) la baisse se poursuit tant que les accroissements restent au-dessous de cette cote. La troisième période qui va jusqu’à la guerre est signalée par des accroissements constamment supérieurs à 2,3 et la hausse des prix est ininterrompue » (47).

3) M. Rist ne dissimule pas qu'il faudrait également faire état de l'extension, à chaque instant, des systèmes monétaires basés sur l'or et considérer l'augmentation de l'or monétaire au lieu de la production totale de l’or. Il reconnaît enfin que la proportion d’accroissement de 2,3 % u’a qu'une portée « empirique ». « L’empirisme cependant, dit-il, nous prête un secours que nous ne pouvons refuser, lorsque la théorie complète d’un phénomène nous échappe » (48).

Ces précisions nous confirment dans l'opinion que nous sommes bien en face d’une interprétation des mouvements généraux des prix dans le cours du xix° siècle et après la guerre, selon la théorie quantitative. Aïnsi les faits d'après guerre ont bouleversé bien des opinions, mais non celles de M. Rist qui comportaient à côté des principes nettement établis, une place assez large pour les exceptions : M. Rist a ignoré, moins que quiconque, les faits qui semblent contredire la théorie quantitative. Mais en les décrivant et les expliquant il ne manquait pas d'affirmer qu'ils ne doivent pas faire abandonner cette théorie. « Trop d'expériences, écrit-il, ont vérifié l'exactitude essentielle de la théorie quantitative pour qu'on puisse la jeter par dessus bord, on créerait plus d’obscurité qu'on ne ferait de lumière » (49).

) Idem, p. 10.

(48) Idem, p. 13.

(49) La déflation en pratique, p. 94.

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Et, en effet, quelques années après, il trouvait un cadre nouveau, où développer avec éclat la vieille théorie classique : celui du mouvement des prix mondiaux.

Les applications et les limites

de la théorie quantitative.

Nous avons vu pourtant que lorsque M. Rist défend la « thérie quantitative », il n’entend pas prendre à son compte toutes les applications qui en ont été faites. Sa théorie monélaire est originale. Nous voudrions montrer d’une manière plus précise comment la théorie quantitative, au sens strict, s’y insère, quelles limites elle y trouve.

Il faut d’abord bien remarquer que lorsque M. Rist parle de quantité de monnaie, il entend, pour la circulation d'un pays, le numéraire et les billets, et sur le plan international, l’or. Il ne fait pas entrer dans cette notion de quantité de monnaie les crédits de banque. Cette exclusion se rattache à la conception de la formation de la monnaie que nous lui avons entendu exprimer dans son enseignement : les banques, dit-il, ne créent pas de la monnaie: elles font circuler l’encaisse. C’est pourquoi de même qu’il ne tente pas de justifier la théorie quantitative en faisant appel à la vitesse de circulation, il ne fait pas davantage appel au crédit. Lorsque les variations de la quantité de monnaie proprement dite ne permettent pas de comprendre le mouvement des prix il abandonne résolument l'explication quantitative. C'est de ce point de vue, semble-t-il, qu'il faut partir pour préciser sa position.

Un premier problème est celui du rapport entre la quantité d'instruments monétaires et les prix à l’intérieur d'un

pays.

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S'agit-il d’un pays soumis au régime du papier monnaie, la convertibilité des billets en espèces ayant été suspendue ? Il semble alors que M. Rist n'attende aucun secours de la théorie quantitative pour expliquer les mouvements des prix. Ceux-ci, bien qu'à l’origine la hausse ail été provoquée par une augmentation des instruments monétaires, deviennent rapidement pathologiques : ils sont commandés par des réactions psychologiques sur le marché intérieur el surtout sur le marché des changes. Cela a été le cas de la plupart des pays dans l'immédiat après-guerre.

S'agit-il au contraire d’un pays qui demeure fidèle à l’étalon or ? La (héorie quantitative doit alors s'appliquer, puisque les phénomènes pathologiques sont éliminés, sur le marché intérieur par la convertibilité maintenue du billet de banque, sur le marché des changes par le mécanisme classique des mouvements de marchandises et de métaux précieux qui tendent à équilibrer Îles prix entre les pays el par conséquent rendent impossible tout décalage important dans les valeurs relatives des différentes monnaies.

Même dans ce cas, pourtant, M. Rist limite la portée de la théorie quantitative. Il y a, en effet, lout un ensemble de variations occasionnelles des prix, en particulier sous l'influence des causes cycliques qui ne sont pas explicables par les variations de la quantité de monnaie Mais le rapport entre la quantité des instruments monétaires et la courbe des prix dans son ensemble se trouve vérifié de nouveau si l’on prend un cadre de temps assez long pour que les variations accidentelles s’annulent (54).

(51) Il ne s’agit aucunement, bien entendu, de comparer l'importance des réserves d'or des différents pays avec les prix à l’intérieur de ces pays. Dans son étude sur les prix en France avant

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L'application faite par M. Rist de la théorie quantitative dans le cadre national est donc très prudente. Elle vise à expliquer seulement les variations d’ « ensemble » des prix dans des circonstances « normales ». Ces circonstances normales se résument dans le jeu du mécanisme de l’étalon-or : ce sont alors essentiellement les entrées ou sorties d’or dans le pays qui, modifiant la circulation, agissent sur les prix.

Les conditions actuelles nous éloignent singulièrement de cet élat « normal », et l'étude des phénomènes monétaires nationaux, M. Rist serait le premier à le reconnaître, semble relever de plus en plus de la pathologie. Mais il est un autre problème que la théorie quantitative peut aider à résoudre, problème que les classiques n'avaient pas distingué très nettement. Ceux-ci, en effet, considéraient que, le mécanisme de l'étalon-or égalisant parfaitement les niveaux des prix entre les pays, ceux-ci devaient varier presque simultanément sous l'influence de la plus ou moins grande abondance d’or dans ie monde. Il n’y avait nul besoin de vérification à cela, puisque la proportion d’or détenue par chaque pays devait être strictement proportionnelle à l’importance relative de sa production. L'or étant toujours réparti d'une manière parfaite et les niveaux de prix toujours égalisés entre les pays, la correspondance du mouve-

ment des prix mondiaux avec la production de l'or dans le

la guerre, M. Rist éliminait soigneusement la réserve de la banque dans son Calcul de la quantité de monnaie. Ses travaux récents démontrent encore plus clairement que les transformations des réserves d’or n’ont souvent rien à voir avec les prix intérieurs. Ceci est élément d'éclaireissement très important apporté à la théorie quantitative. Une des sources de la déviation de cette théorie chez Ricardo, c'est certainement cette confusion constante entre le stock de métal précieux el la monnaie en circulation,

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monde n'était que l'aspect cumulatif de la concordance entre la quantité d'or el les prix dans chaque pays.

Le problème était ainsi posé d’une manière simpliste. En réalité, « l'égalité parfaite des niveaux de prix des différents pays, dit M. Rist, ne s'est jamais rencontrée dans le passé. Elle ne se rencontrera pas dans l'avenir » (52). D'autre part, nous savons que les mouvements d’or entre les pays obéissent à d’autres fins que l’égalisation des niveaux de prix. Le niveau de prix à l’intérieur de chaque pays n’est pas toujours lié à la quantité d’or qu'il détient. C’est pourquoi le problème de la relation entre la production de l'or dans le monde et les prix mondiaux doit être posé comme un problème distinct.

A ce problème nous savons que M. Rist donne une solulion conforme à la théorie quantitative : l’accroissement du stock d'or, plus ou moins rapide que l'accroissement du volume des marchandises, détermine les grandes phases de hausse et de baisse des prix mondiaux. Mais dans ce cadre encore la théorie quantitative n'explique pas tout. Bien des détails du mouvement des prix lui échappent : mouvements cycliques et, après la guerre, mouvement exceptionnel jusqu'en 1925. Comme dans le cadre national, M. Rist admet ici de très larges exceptions à la théorie quantitative.

L’apglication de la théorie monétaire.

Ces exceptions à la théorie quantitative prennent une si grande place dans la pensée de M. Rist qu'elles le conduisent, sur le plan de l'application, à une position singulièrement différente de la plupart des quantitativistes. Il est, en effet, adversaire résolu de la monnaie dirigée aussi bien dans le cadre national que sur le plan international. L'ouvrage sur

La déflation en pratique tendait à démontrer l'impossibilité, en ériode de cours forcé, de commander les prix par la seule action de la quantité de monnaie (en raison des exclusions « pathologiques » à la théorie quantitative). De même M. Rist a pris une position nettement anti-dirigiste devant le problème du remède à la baisse des prix qui sévissait dans le monde depuis 1925.

Toute une tradition, dans l'histoire des théories monélaires, représentée par Marshall, Wicksell, Cassel, attribue au crédit, au taux de l’escompte l'influence principale sur le niveau des prix. Dans l’après-guerre, Keynes, Hawtrey l'ont adoptée et de là est née cette idée que l’on pourrait soutenir le prix au moyen du crédit. Mais nous savons déjà que l’aspect de la théorie quantitative dont M. Rist se fait le défenseur n'inclut pas l’action du crédit (53). Notre auteur continue la tradition de Cantüillon, Newmarch qui met l’accent avant tout sur la production de l'or (54). Il n'a jamais cru que l’on puisse arrêter la baisse mondiale des prix en agissant sur le crédit et en a donné une raison théorique en montrant que les facilités de crédit ne peuvent augmenter « les revenus permanents des consommateurs » (55). Les événements l’ont pleinement justifié, puisque la

(53) « Toute l'expérience des cent dernières années, écrit-il, démontre que da quantité de crédit tend à s'adapter au niveau des prix, tel qu'il résulte des relations entre la production de l'or et celle des marchandises, et ne la commande pas ». (/Interprétation de la chute des prix depuis 1925, p. 11).

(54) Voir les deux articles de M. Rist : « Théories relatives à ’action de l'or et du taux de l’escompte sur le niveau général des prix ». Revue d'Economie Politique 1935, p. 1495. Doctrines relatives à l’action de l'or sur les prix (Revue d'Economie, sept.-oct. 1936). Voir aussi ie récent ouvrage de M. Rist : Histoire des docfrines relatives à la monnaie et au crédit (Sirey, 1938).

(55) Essais sur quelques problèmes économiques et monétairec, p.161:

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crise de 1929 à démontré combien il était vain et dangereux de se confier à l’élasticité indéfinie du crédit pour soutenir les prix.

Du reste M. Rist ne croit pas que la baisse de prix soil un mal (56), il l'estime en tous cas beaucoup moins dangereuse que l'insécurité monélaire (57) et souhaite que le monde accepte avec le retour à l’élalon-or les mouvements de prix déterminés par les fluctuations de la production du métal monétaire (58).

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Monsieur le Professeur Rist a pu dire que les progrès de la théorie monélaire, depuis la fin du xvrr siècle, ont été très modestes. Nous croyons voir cependant dans la manière dont il utilise l’idée quantitative un réel progrès sur les classiques. Ceux-ci partaient d’une vue de l'équilibre économique qui incluait la correspondance exacte entre les prix et la quantité de monnaie. Leur conviction profonde que cet équilibre était réalisé à tout instant par des mécanismes naturels les obligeait à tout expliquer en fonction des correspondances inhérentes à l'état d'équilibre; tout mouvement des prix devait trouver son exacte contrepartie dans la quantité de monnaie, dans les mouvements de l’or entre les nations, dans les cours du change. C’est en s’épuisant à la poursuite de telles explications que Ricardo a déformé sa pensée et fait dévier la théorie quantitative.

M. Rist au contraire ne dissimule pas que dans bien des cas les mécanismes qui devraient assurer les équilibres éco-

(56) Idem, p. 1382.

(57) Idem, p. 131:

(58) Voir l'article de M. Rist : « Monnaie et commerce », revue économique internationale, février 1936.

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nomiques ne jouent pas. Et c’est pourquoi il y a, dans les périodes récentes, quantité de mouvement de prix dans tel et tel pays qui ne relèvent pas de l'explication par lidée quantitative mais de causes particulières, souvent pathologiques. Pourtant, les causes pathologiques ne durent qu’un temps, les mouvements cycliques des prix s’'annulent dans leurs phases inverses et, à condition d'élargir suffisamment le cadre de lemps el d'espace, on retrouve l’action décrile par la théorie quantitalive. Même aujourd'hui, avec les mouvements artificiels de capitaux el de marchandises à travers le monde, la produetion de l'or commande les prix; son influence ne peut être longlemps mise en échec. L’intuition des classiques se trouve confirmée.

$ 11. — La théorie monétaire chez B. NOGARO

Monsieur le Professeur Nogaro a créé dans la théorie monétaire française un courant très important et très nouveau, représenté en premier lieu par les deux éditions de son ouvrage La Monnaie et les phénomènes monétaires contemporains (1).

La méthode.

Les vues qui sont développées dans cet ouvrage ont été élaborées suivant une méthode qui, à bien des égards, renouvelle la conception de la science économique. M. Nogaro en indiquait déjà le principe essentiel dans sa thèse de doctorat sur Le rôle de la monnaie dans le commerce international (2), qui comportait une vigoureuse critique des principes de la méthode déductive classique.

M. Nogaro demande que l’on fasse à l'observation une part beaucoup plus large, mais non pas exclusive. Il est partisan d’une solution de synthèse, d’une combinaison de la méthode d'observation et de la méthode déductive. C’est ce qu'il exprime particulièrement dans un article, dont le titre seul est significatif : « Contribution à une théorie réaliste de la

(1) 1° Ed. Giard, 1924. 2° Ed. Lib. Gle du Dr., 1935. Cette œuvre capitale avait été préparée par de nombreux articles publiés dès avant la guerre. Citons dès maintenant les principaux : Contributons à une théorie réaliste de la monnaïe (Revue d'Economie Politique, 1906); l’Expérience bimétalliste du XIX° siècle et la théorie générale de la monnaie (Revue d'Economie Politique, 1908); Les dernières expériences monétaires et la théorie de la dépréciation (Revue Economique Internationale, sept. 1908).

(2) Paris, 1904.

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