‹ Les Récentes Théories Monétaires en France: Idée Quantitative et Conflit des MéthodesChapitre 23 sur 59 · EST ÈS · texte numérisé non relu

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la quantité de monnaie. Il importerait d'examiner séparément le rôle de chaque catégorie d'instruments monétaires. On s’apercevrait alors, en particulier, que la monnaie scripturale est une monnaie « passive » qui accompagne le rythme des affaires; elle n'apparaît plus guère que comme un intermédiaire et non comme « le véritable facteur du mouvement des prix » (25).

Cetie critique ne signifie pas que, sur le plan théorique M. Nogaro rejette toute idée d'influence de la quantité de monnaie sur les prix. Il est certain, dit-il, qu'une telle influence peut exister lorsque, les revenus étant gonflés, la demande des marchandises augmente, à condition que dans le même temps l'offre des marchandises n'ait pas cru dans les mêmes proportions. Ceci peut se produire parce que l'augmentation de la quantité de monnaie est presque illimitée, tandis que l'accroissement de la production est limité. Mais pour que le facteur monétaire domine ainsi {ous les autres, il faudra une émission de monnaie exceptionnellement forte.

Sous celte réserve, nous pouvons bien dire que dans la pensée de M. Nogaro, la théorie quantitative ne peut pas fournir l’exacte explication de l'ensemble des phénomènes monétaires parce qu'elle ne correspond pas à la représentation concrète que nous devons nous faire de la formation habituelle des prix.

Pourtant c’est avant tout l’observation des faits qui doit permettre de se prononcer pour ou contre la théorie quanbitative. M. Nogaro en est convaincu plus que personne et dans son livre La monnaie et les phénomènes monétaires contem-

(25) Idem, p. 230-233. e

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porains, il a soin de faire précéder toute considération théorique de l’observation concrète des faits.

Cet ouvrage visant essentiellement à expliquer le fonctionnement des « systèmes monétaires », on y trouve principalement l'interprétation des phénomènes de change .

Le change.

Pendant les trois premiers quarts du xix° siècle, sous le régime bi-métallisme, les phénomènes de change se traduisent par une prime de l’un des deux métaux monétaires, tantôt l'or, tantôt l'argent, suivant les fluctuations du rapport de leur valeur au-dessus et au-dessous du rapport légal. Ces fluctuations, quoique très faibles, demandent à être expliquées.

On a tenté de le faire en les attribuant à la situation relalive de la production des deux métaux, leur valeur respective devant varier en raison inverse des quantités produites. Or, M. Nogaro constate que dans une longue période, qui va de 1820 à 1859, il y a, en même temps qu'une prime de l'or, une diminution très considérable de la part de l’argent dans la production totale des deux métaux. Il faut donc chercher une autre explication. M. Nogaro la trouve dans l’analvse des conditions concrètes des échanges internationaux.

Les pays d’Extrême-Orient, mono-métallistes argent étaient en relation avec des pays mono-métallistes or, l'Angleterre principalement. Suivant l’état de sa balance des comptes avec l’'Extrême-Orient, l'Angleterre s’adressait aux pays bimétallistes, tantôt pour se procurer l’argent nécessaire à ses règlements, tantôt pour convertir en or l'argent reçu. De là naissait dans les pays bimétallistes tantôt une prime de l'argent et tantôt une prime de l'or.

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« Cette interprétation, conclut M. Nogaro, laisse d’ailleurs une part à la production des deux métaux dans la détermination de leurs cours respectifs... Le cours de l'argent dépend du rapport entre la somme disponible de chacun des deux métaux pour les règlements où il était exigé et le montant de ces règlements » (26). Mais l'explication proposée n’en est pas moins essentiellement distincte de l'explication quantitative.

Avec la disparition du bimétallisme, il ne pouvait manquer de se produire une crise des changes entre les pays à monnaie d'argent et les pays à monnaie d’or. D’autre part, dans certains pays de l'Amérique du Sud s'était instauré le régime du papier monnaie, générateur de l'instabilité des changes. Les problèmes ainsi posés ont été généralement résolus, dans celte période d’avant-guerre, par un même procédé, inauguré dans l’Inde.

En 1893 le gouvernement de l'Inde suspend la frappe libre des roupies. On pourra s’en procurer désormais contre de l'or, à un taux fixe. Dans les années suivantes, la balance des comptes de l’Inde ayant été créditrice, il se constitue pour le compte de l’Inde une importante réserve d'or. En 1900, on décide que cet or pourra être obtenu contre des roupies au taux légal.

Par là, on pensait agir sur le stock monétaire et procurer la stabilité du change au moyen d’un mécanisme quantitatif. Mais M. Nogaro montre que le résultat s’est trouvé obtenu par un moyen tout différent. Le cours de la roupie a été dissocié de celui du métal-argent. Elle est devenue une monnaie partiellement fiduciaire et la stabilité du change a été obtenue, sans relations directes avec les variations du stock monétaire, par l'existence de réserves

(26) Idem, p. 46.

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