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l'extraction de l’or, y joue peut-être un rôle de « déclanchement », mais il ne peut, en aucune manière, permettre d’en expliquer le développement d'une manière précise.
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Pour résumer la position de M. Aftalion à l'égard de la théorie quantitative, nous ne pouvons mieux faire que rappeler la forme systématique qu'il lui donne dans son enseignement.
La théorie quantitative, dit-il, est toujours laffirmation d’un rapport nécessaire de proportionnalité entre la quantité de monnaie et les prix (relativement à une même quantité de marchandises), accompagnée de cette autre affirmation que la quantité de monnaie est foujours le facteur causal qui détermine les prix. Si l’on admet que parfois les prix déterminent la quantité de monnaie, on n'est plus quantitativiste, selon M. Aftalion. A partir de cette idée générale, la théorie quantitative prend trois formes suivant la manière dont on définit le terme « quantité de monnaie ». Pour les uns, c’est l'or, soit existant dans un pays (théorie nationale), soit produit dans le monde (théorie internationale, qui se relie à la première par la thèse de l'équilibre dans la distribution de l'or). Pour d’autres, c'est {tout ce qui a cours libératoire, numéraire et billets. D’autres, enfin, tiennent compte de la monnaie de banque et de la vitesse de circulation de la monnaie, comme facteurs déterminant des prix.
Contre la plupart de ces thèses, M. Aftalion avance de nombreux faits. Ainsi, contre la théorie nationale basée sur J'or, il fait remarquer qu’en France, depuis le milieu du xrx* siècle, on constate des périodes d'augmentation du stock d’or correspondant à une baisse des prix et inversement. Si l'on
veut alors faire intervenir la quantité totale des moyens monétaires, M. Aftalion objectera les discordances entre la cireulation et les prix pour la période 1920-24 en France. Enfin si l’on veut expliquer les discordances aperçues par des modifications de la vitesse de circulation, M. Aftalion prouvera que le mouvement des prix s'est constaté d’abord dans les marchandises ‘importées, que sa cause est donc d'ordre extérieur et que la vitesse de circulation, facteur national, n’est qu'une conséquence du mouvement des prix. Le nœud de toute cette eritique, nous le savons, c’est l'idée que les prix n’ont pas seulement un rôle passif, qu’ils varient d’une manière autonome sous l'influence des prix étrangers et de phénomènes de prévision. Cette conception introduit la théorie psychologique de la monnaie.
M. Aftalion serait moins sévère à l'égard de la théorie quantitative internationale basée sur l'or. Pourtant son interprétation de l'influence de la production de l’or nous a paru très différente, dans son esprit, de l’idée quantitative. De toutes façons, la place faite à celle-ci ne serait pas grande puisqu'elle n’interviendrait que dans le cadre de l’économie internationale, pour les mouvements séculaires des prix, et à côté d'autres facteurs dont on ne pourrait espérer l'isoler complètement. Cette part minime faite à l’idée quantitative ne doit pas nous étonner puisque nous savons que la théorie monétaire de M. Aftalion dérive des théories de l'utilité marginale. Le problème du mouvement des prix est extrêmement voisin de celui de la formation des prix ou de la valeur. Et, comme le fondement de la valeur est trouvé dans le désir des consommateurs, la cause du mnouvement des prix est ‘attachée essentiellement à la spontanéité psychologique des vendeurs et des acheteurs, basée non seulement sur eds con-
sidérations d'utilisation immédiate de la monnaie mais sur des prévisions concernant la possibilité de son utilisation future : certes des facteurs matériels viennent bien influencer laa psychologie des échangistes, et parmi ceux-ci des facteurs monétaires. Mais, outre que ces facteurs peuvent êlre aussi bien l'effet que la cause des mouvements des prix, jamais ils n’agissent de telle sorte que leur influence puisse être mesurée comme l’action d’une force matérielle sur un objet matériel. Cette influence ne s'exerce jamais que par l'intermédiaire de la psychologie humaine qui fait de la vie éconmique une réalité originale, irréductible à une juxtaposition de rapports mécaniques (52).
Quoique M. Aftalion n'ait pas consacré de nombreuses pages à définir sa méthode, il est facile de retrouver chez
(52) Ainsi que nous l'avons déjà remarqué, M. Aftalion a poussé pius loin que Wieser l'application à la monnaie de la théorie de l'utilité marginale. L'économiste autrichien pourtant a consacré un de ses derniers travaux à la monnaie. Il y apparaît, par certains aspects, très nettement opposé à la théorie quantitative selon lui les variations de la quantité de monnaie sont souvent effets plutôt que causes des variations des prix. Même l’augmentation de la production des métaux précieux au milieu du XIX° siècle, il l’attribue à l'intensité plus grande du processus économique, à l'éclosion d'énergies nouvelles. Et cependant Wieser ne parvient pas jusqu'à la théorie psychologique de la monnaie. Il n'admet l’action du change sur les prix que par l'intermédiaire de l'augmentation de la quantité de monnaie, tandis que, dans la théorie de M. Aftalion, le change est un des facteurs psychologiques directs du mouvement des prix. (Handwôrterbuch fut Staatuissenschaften, 4 édition, 1927. Article Geld. Analyse dans Bongras Les théories allemandes contempordines. Thèse, Paris, 1930).
Remarquons encore que les théories que nous venons de résumer ue sont pas seulement l'application logique d'une théorie de la valeur : elles sont sorties d’un examen approfondi des faits. « Ce sont les faits, dit M. Aftalion, qui ont obligé, malgré le besoin d'unité de l'esprit à exposer des conceptions plus complexes, plus souples, plus nuancées, mais cadrant mieux avec la réalité multiple et mouvante. »
lui le même souci de réalisme que chez M. Nogaro. M. Aflalion veut se placer entre le point de vue des théoriciens étroits et des praticiens: « Il faut, dit-il, faire comme les praliciens, aboutir à une théorie suffisamment compréhensive pour qu'elle cadre avec toute la réalité complexe et mouvante. Mais il faut en même temps dégager le lien commun qui unit toutes leurs explications fragmentaires de manière à les fondre en une synthèse cohérente » (53). C'est pourquoi, à ses veux, la statistique, malgré l'intérêt essentiel qu'elle présente, ne constitue pas toute la science économique. Il faut, dit-il encore, « se garder d’absorber la science économique dans la statistique, ne pas ometlre de demander à l’économique d'éclairer les données de la statistique, persévérer dans l’étude dés explications théoriques, remonter pour beaucoup de problèmes en dernière analyse aux mobiles humains, aux facteurs psychologiques, moteurs suprêmes de toute activité » (54). Aïnsi, tout autant que les classiques ou les mathématiciens, M. Aftalion a le souci d'aboutir à des théories, c’est-à-dire à des explications générales. Mais leur généralité n'est plus tirée du caractère rigide, quantitatif, des rapports ou des « lois » dégagées, elle tient seulement à la généralité, relative d’ailleurs, des mobiles humains.
(53) Monnaie et industrie, p. 7.
(54) 1dem, p. 157.
$ IV. — Points de vue divers sur le mouvement
des prix et la théorie quantitative
Nous voudrions, dans ce chapitre, étudier dans l’œuvre de plusieurs économistes français dont, sans doute, la principale préoccupation n’a point été d’édifier une nouvelle théorie de la monnaie, les vues remarquables qui s’y trouvent cependant sur le problème qui nous occupe. Nous rencontrerons, d’abord, un adversaire résolu de l'explication monétaire des mouvements des prix, puis un nouveau défenseur de cette explication, enfin des auteurs que nous pourrions nommer éclectiques.