‹ Les Récentes Théories Monétaires en France: Idée Quantitative et Conflit des MéthodesChapitre 36 sur 59 · SONO DAC DR SEUS · texte numérisé non relu

SONO DAC DR SEUS

(40) 1dem., p. 31.

(41} Idem, p. 34. La classification des faits économiques sera celle élaborée dans l'année sociologique.

(42) Idem, p. 38-242.

tatation de la réalité, à la condition, toutefois, qu'elles portent sur des « ensembles » (43), c'est-à-dire des « pluralités de cas formant un groupe relatif auquel s’appliquerait une constatation, et notamment une constatation conjointe » (44).

Simiand se place donc à l’opposé de la méthode de Le Play. Une monographie, si poussée soit-elle, ne peut à ses yeux apporter la connaissance de la réalité sociale qui est essentiellement une réalité collective, se dégageant du groupement des cas individuels. La constitution « d’ensembles », au contraire, est le moyen qui permet, par une opération de caractère intellectuel, de « retrouver à quelque degré l'avantage qu’atteint, dans le laboratoire, l’opéralion matérielle du savant sur les choses » (45). Elle permet, en effet, d'éliminer les cas particuliers ou exceptionnels, de contrôler le rapport du document à la réalité, par des recoupements, des comparaisons, enfin d'isoler et de dégager l'importance respective des « circonstances » étudiées conjointement.

Ces ensembles, on les délimitera en ayant le souci qu'ils aient « une réalité objective », qu'ils soient « aussi homogènes que possible, par rapport à l’ordre de faits considérés (ou tout au moins d’une hétérogénéité définie et connue) » qu'ils soient enfin « aussi isolés et indépendants que possible » (46). Comme on ne pourra les atteindre intégralement, il faudra choisir pour chaque cas de les atteindre « plutôt en profondeur » ou « plutôt en extension ». Enfin pour les efprimer, ou emploiera les diverses moyennes el indices utilisés par la slatistique. Mais tandis que les statisticiens donnent souvent l'impression de partir de cas indi-

(43) Idem, 'p. 43-51.

(44) Idem, p. 46.

(45) Idem, p. 47.

(46) Idem, p. 486.

viduels concrets pour aboutir à un moyen terme irréel, lorsque Simiand emploiera une moyenne il croira au contraire exprimer directement une « réalité collective » (47).

A ces faits ainsi atteints en forme « d’ensembles » il s’agit d'appliquer le traitement expérimental. Ce traitement sera sans doute différent de celui appliqué aux faits physiques. En particulier au lieu de faire des expériences, On aura à « chercher des expériences toutes faites » (48). Pourtant Simiand s'applique à montrer que de tous les points de vues, la différence n’est pas de nature, mais seulement de degré (49). Ce qu'il faut donc poursuivre, c’est seulement « une adaptation des moyens de recherche el de preuve » (50).

Cette adaptation se fera sur la base de la « méthodologie traditionnelle », qui nous offre les méthodes de présence, d'absence, de variations concomitantes et leurs compléments: souci de la netteté, de la précision, de la pureté des relations dégagées, recherche de relation de forme quantitative, importance attachée aux très fortes variations, enfin principe de la pluralité des expériences (51). Dans les sciences, dit Simiand, où l’expérimentation agit matériellement sur les faits, ces conditions sont remplies en quelque sorte implicitement par la nature des choses. Au contraire pour l'étude des faits sociaux, il importe de les dégager très nettement et de les formuler en une série de préceptes qui seront le guide indispensable du chercheur.

Pour énoncer ces préceptes et en définir la portée, Simiand suit largement le conseil de Durkheim de « constituer de

) Idem, p. 49.

) Idem, p. 55.

9) Idem, p. 54-62.

) Idem, p. 63.

) Idem, p. 64-68.

toutes pièces des concepts nouveaux appropriés aux besoins de la science et exprimés à l'aide d’une terminologie spéciale » (52). Mais sous un appareil un peu rebutant, on trouve surtout des conseils de prudence inspirés par le bon sens.

Si l’on veut expliquer un fait social, dit Simiand, il faut le choisir indépendant (53) et homogène (54). Il faut encore l’étudier dans sa vie même et d'une manière continue (55).

Comme une seule expérience ne prouve rien, il est nécessaire de la répéter et de se livrer à des contre-expériences. Dans notre domaine cela revient à constater si un phénomène aperçu se renouvelle dans le même groupe social (56).

Si la répétition de l’expérience aboutit à la confirmer, on pourra alors chercher une explication. Mais il faudra d’abord passer en revue tous les faits qui pourraient être en relations

(52) Les règles de la méthode sociologique, éd. Alcan, 1927, p. 46.

(583) « Précepte de l'intégralité indépendante » (Le salaire, l’évolution sociale et la monnaïe, p. 79-88). Il précise, nous semble-t-il, et limite la notion d'ensemble définie plus haut. Si l'étude monographique est stérile, celle qui prétendrait, dit Simiand, « s'attaquer d'emblée à la totalité des faits existants et ayant existé, ne lé serait pas moins ». Il y aurait donc un cadre privilégié dans lequel le fait social prend sa pleine signification.

(54) Précepte de la « Ségrégation homogène » (0%. cit., p. 88-96). Entre les faits groupés dans un « ensemble », il y aura toujours des différences secondaires. Mais il ne faut pas qu'elles soient trop importantes. En définitive il y a là une question d'opportunité.

(55) « Précepte de phénomène se produisant » (0p. cit., p. 69-79). Ce préceple conduit, en vue de réaliser une « phénoménoscopie effective », à préférer les « constatations conjointes en succession » (variation du fait dans un même cadre à des dates différentes) aux « variations conjointes en cœxistence » (différences à la même date en des cadres divers). En outre la phénoménosconie doit être « suivie », c’est-à-dire que les observations doivent être aussi rapprochées que possible, et « complète » la fin et le début du phénomène devant être déterminés par « des éléments objectifs. indépendants de toute interprétation préconçue ».

(56) « Précepte de l'identité de base » (Op. cit., p. 96-100).

avec le fait étudié et ne pas se contenter du facteur qui paraît l'accompagner, même s’il était possible d'établir avec celuici un coefficient de corrélation élevé (57).

On aboutira ainsi à retenir un certain nombre de faits qui montrent une relation avec celui dont on recherche l'explication. Il faudra les classer, .en déterminant d’abord de quel sens est la dépendance de l’un à l’autre. Ge qui nous convaincra le mieux, c’est la découverte d’une antériorité de l’un sur l’autre (58).

Enfin, il faudra essayer de déterminer « si entre tel antécédent À, par exemple, el le fait à expliquer M, la liaison reconnue apparaît plus ou moins directe, plus ou moins immédiale, ou encore plus où moins automalique; et cela peut se marquer ou déceler soit par les antériorités, par les coïncidences ou par les intervalles, soit par tels ou tels traits des mouvements de A et de M et de leur correspondance » (59).

est seulement à la suile de ce travail qu'on pourra arriver à caractériser el situer les diverses conditions d’un phénomène, ou à formuler une combinaison des dépendances, qui mette en évidence l’antécédent « relié à notre objet par la relation la plus générale, et le moins substituable, ou le plus proche » (60), c’est-à-dire la cause du phénomène étudié.

Simiand à tenu à exposer avec de grands développements

(57) « Précepte de la revue sélective » (Op. cit, p. 100-105). Ce précepte, dit Simiand, aura encore l'avantage de déterminer la « portée » de l'expérience, de faire connaître si elle ne s'applique pas seulement à un cas exceptionnel, mais au cas le plus fréquent, au cas « normal », Ce mot étant pris dans un sens « tout positif et nen finaliste ».

(58) « Précepte de la supériorité des dépendances ou successicn pour la détermination des dépendances » (O5. cit., p. 106-110".

(29, « Précepte de la liaison la plus étroite et de la sériation des äépendances » (0p. cit. p. 110-114).

(COOP CL DAT

les principes de sa méthode. Certes, beaucoup d’entre eux ont été appliqué instinctivement par tous ceux qui ont cherché à dégager par voie inductive certains liens entre les phénomènes économiques. Mais l'originalité de notre auteur consiste en ce qu'il s’est efforcé de coordonner ces règles de recherches en s'inspirant des méthodes employées dans les sciences de la nature. Il ne faudrait pas s'imaginer, du reste; que la méthodologie que nous avons exposée a été construite d'un seul coup et avant tout essai d'application. Simiand insisie lui-même sur la part d’empirisme qu’elle comporte: « Je veux indiquer, écrit-il que ces directives méthodiques ont été progressivement dégagées de l'expérience même et non point établies par système conceptuel et sur idées préconçues. J'ai essayé d’abord, en fait, ce qui paraissait « réussir » c’est-à-dire mener à des résultats; et ensuite j'ai cherché à raisonner celle pratique » (64).

61) Idem: p. 6

$ 11. — La recherche de la cause

du mouvement général des prix

Nous sommes donc en présence d’une tentative d'appliquer ‘la pure méthode expérimentale (1) à l'étude des faits économiques. Les recherches de Simiand ont porté d’abord sur le salaire des ouvriers des mines de charbon en France (2), puis sur le prix du charbon en France au xix*° siècle (3); enfin de nouveau sur les salaires mais avec une ampleur beaucoup plus grande. Le grand ouvrage sur Le salaire, l'évolution sociale et la monnaîie nous apporte, en même temps que l’exposé définitif de la méthode de Simiand, une extension et un approfondissement de ses recherches antérieures qui s’achèvent en une sorte de vision globale de la vie économique (4). |

(1) Simiand évite même d'utiliser aucune hypothèse au départ de ses travaux : non pas une raison de principe mais par une raison de prudence. Il faut se garder, en effet d'attribuer aux « préconceptions » une valeur autre que celle d'une hypothèse au sens proprement scientifique. « Cette condition, dit-il, ayant été. très peu observée dans les travaux économiques, il a paru préférable et plus assuré, dans Ia présente tentative, de nous garder de toute idée préalable et de nous orienter dans l'étude seulement par eds raisons tirées soit des faits d'eux-mêmes, soit des possibilités de les atteindres » (0. cit. avant-propos, p. XIV).

(2) Société nouvelle de librairie et d'édition, 1907.

(3) Essai sur le prix du charbon en France et au XIX° s. Anné» sociologique, t. V, 1902. La formation et les fluctuations du prix du charbon en France (1887-1912). Rivière, 1925.

(4) En même temps qu'il élaborait cette œuvre, Simiand donnait un enseignement au Conservatoire national des Arts et Métiers qui, loin d'être purement descriptif, comporte des esquisses d'explication de la plupart des faits économiques suivant la méthode pesitive. (Cours d'économie politique. Reproduction autographiée, Domat-Monchrestien, 1929, 1930, 1931).

La théorie monétaire n’a été abordée directement par notre auteur que dans ses conférences à l'Ecole des Hautes Etudes publiées sous le litre Recherches anciennes et nouvelles sur le mouvement général des prix du Xvr au x1xe siècle (5). Mais dans ses travaux sur les salaires, l'étude du rapport entre la monnaie et les prix tient une place si grande, que l’objet principal passe au second plan dans les conclusions. Ce qui sera retenu avant tout, peut-être, dans Le salaire, l’évolution sociale et la monnaie, c'est l'explication du mouvement de longue durée des prix au xix° siècle. |

Le point de départ des travaux de Simiand, nous le savons, est purement objectif. Notre auteur se donne un certain nombre de tâches à exécuter, d’où doit résulter l’explication des faits, s’il en est une, ce dont on n’est aucunement sûr à priori.

Ces tâches successives sont les suivantes : (6)

1°) Détermination du cadre de l'étude;

2°) Reconnaissance des moyens d'étude;

3°) Mise en œuvre des données sur l’objet d'étude;

4°) Recherche des concomitances:

5°) Interprétation des résultats.

C'est en suivant nous-mêmes ce plan que nous montrerons comment Simiand est parvenu par la méthode expérimentale à dégager le lien qui unit la monnaie et les prix. En ce qui concerne les trois premières tâches, nous nous référerons uniquement aux Recherches sur le mouvement Général des prix, puisque dans Le Salaire, l'évolution sociale et la monnaie, elles sont exécutées par rapport au fait du salaire. Lors-

(5) Domat-Monchrestien, 1931. Dans le cours de notre expos nous désignerons cet ouvrage par la dénomination de « Recherches sur le mouvement général des prix ».

(6) Le salaire, l’évolution sociale el la monnaie, p. 114-138.

que nous arriverons à la recherche des concomitances et à l'interprétation des résultats, nous analyserons conjointement les deux ouvrages.

A, — Cadre de l'étude du

mouvement général des prix.

Simiand se propose d'étudier le mouvement général des prix. Ici le précepte du « phénomène se produisant » est confirmé par la pratique même des économistes. L'étude dela varialion des prix est classique. Mais jamais encore on n'avait posé d’une manière parfaitement explicite le problème de la détermination du cadre le plus favorable à l'étude de cette variation. Simiand pose en principe qu'il faut s’attacher d’abord « au cas net, au fait bien constitué, bien formé » (7). Le fait du prix est bien constitué surtout dans une économie où l'échange est très développé. En conséquence, notre cadre reçoit déjà deux limites: limite de « l’âge moderne », limite du « cadre européen occidental ». Une seconde indication est tirée de la préoccupation de constituer des «ensembles », des « intégralités indépendantes » : il faul s'attacher d'emblée à une étude très générale. C’est un point sur lequel Simiand reviendra maintes fois qu’il faut expliquer le général avant le particulier (8).

(7) Recherches sur le mouvement général des prix, p. 6.

(8) C’est ce trait qui distingue l'étude entreprise, qui est une œuvre de « science économique positive » des travaux des historiens. Ceux-ci ont tendance à étudier les faits dans un cadre trop limité afin de les atteindre d'une manière plus sûre et plus com piète. Mais dans notre cas, dit Simiand « il est facile d'apercevoir par une analyse même sommaire, qu'un prix considéré isolément est susceptible de comporter {ant de liaisons avec un nombre illimité de facteurs que notre description ne pourrait pas même

Pourtant le souci du « général » ne doit pas conduire à grouper des faits manifestement hétérogènes (comme seraient, dit Simiand les tailles des différents animaux d’une ménagerie). Le principe de la « ségrégation homogène » impose de choisir entre la multitude des prix un ensemble qui conslitue une « réalité ». Et d’abord, les prix devront être considérés dans le cadre ou les facteurs qui les déterminent peuvent être entièrement reconnus, c’est-à-dire dans le cadre de leur marché le plus large. Pour beaucoup de produits, ce devrait être le marché mondial. Néanmoins, Simiand estime « suffisamment prudent » de viser à atteindre le cadre « d'économie européenne occidentale » qu’il nous a déjà proposé précédemment.

C’est encore la condition d’homogénéité qui doit déterminer les catégories de prix que l’on retiendra. Simiand écartera les prix des services parce qu'ils constituent « chacun un ordre de fails qui a ses caractères » (9), parce que

leurs mouvements paraissent « assez distincts à beaucoup

être sûre d’épuiser cette liste et d'arriver à la constatation de tous ces facteurs. En tous cas, même si nous arrivions à une description intégrale de ce cas isolé, individuel, au sens propre du mot, nous ne pourrions rien en tirer, aucune relation qui puisse avoir valeur de proposition de science proprement dite » (Op. cit. p. 7.). Simiand compare encore le travail dans le cadre individuel à celui d'un observateur, qui ne connaissant aucune des bases élémentaires de la météorologie, chercherait à expliquer les phénomènes constatés à l’intérieur des murs d'un petit jardin. [ y aurait évidemment dans cette « météorologie de jardinet », un vice de méthode. II faut commencer par se rendre compte, par exempie, des variations générales de la température sur de grands espaces, entre le jour et la nuit, l'été et l'hiver, etc (p. 272 et 273). Ainsi dans notre domaine il faut « commencer par des cadres qui permettent une certaine simplification, une certaine élimination (sous entendu : des circonstances particulières à chaque prix ou groupe de prix).

(OU) AD) RODECI LADA

d'égards de ceux des prix des marchandises » (10). Les biens immatériels seront également laissés de côté parce qu'ils ont « ce caractère d'être une réalité économique d'importance relativement récente et dont, en tous cas, la proportion de présence et d'action, dans l’ensemble de la vie économique, a fortement varié » (14)..Il en sera de même des immeubles en raison du fait que souvent ils ne sont pas « matière courante d'échanges » (12). Finalement nous ne retiendrons donc que « les biens matériels mobiliers et dans ceux-ci principalement tout ce que l’on groupe sous le nom de marchandises » (13).

Pour celles-ci mêmes, dit Simiand, « ce seraient les prix de gros qui nous intéresseraient d’abord » (14). Il donne de cette détermination deux raisons : d’abord la condition générale d’'homogénéilé qiu préside à la détermination de cadre, puis le fait que si, parmi les groupes de prix, certains ont un rôle de « commandement ou tout au moins de commenucement » dans le mouvement d'ensemble, c’est au prix de gros, sans doute, qu'il faudrait l’attribuer.

Enfin, un autre principe de méthode est de s'attacher aux variations complètes, fortes et répétées de l’objet afin de réaliser de véritables expériences (15). Notre auteur n’est pas sans connaître les catégories de phénomènes distinguées habituellement dans le mouvement des prix : variations courtes, cycliques, séculaires. Il nous avertit qu'il s'attachera aux dernières, qu’il appelle variations interdécennales par opposition

(42) Idém, p. 11.

(13) Idem, p.11.

UA)SIdeNADALS.

(15) Idem, p. 28.

(16) Idem, p. 12-14.

aux secondes, dites « intradécennales ». On peut présumer, en effet, dit-il, qu’elles sont plus indépendantes que les autres et qu’elles peuvent même les commander ou les conditionner (17).

C’est donc, pour une part au moins, en raison d’exigences scientifiques que Simiand se détermine à étudier les variations interdécennales des prix de gros des marchandises dans les pays de l'Europe occidentale du xvr au xix® siècle (18). En déterminant ainsi le cadre de son étude, Simiand effectue, en somme, le même travail que les économistes lorsqu'ils « posent le problème » du mouvement général des prix. Et il se trouve que les deux opérations ont abouti exactement au même résultat, c’est-à-dire, à restreindre la recherche aux prix de gros des marchandises. Pourtant, il y a des différences essentielles entre « la détermination du cadre » et la « position du problème ». Simiand indique, lui-même, que dans le choix des catégories de prix à faire entrer dans les indices généraux des prix, beaucoup ont été guidés par la préoccupation d'utiliser ces indices à la solution de tel ou tel problème (19), tandis qu'il se préoccupe seulement de constituer un ensemble homogène sans préjuger des résultats de la recherche (20).

(17) Idem, p. 14-15.

(18) Le point de départ du XVI: siècle lui est donné en partie par le souci de respecter « le point de départ traditionnellement accepté » (p. 15).

(19) Idem, p. 27.

(20) Le cadre choisi n’est qu'un cadre empirique qui pourra être modifié chaque fois que la recherche en indiquera la nécessité. Celle-ci en effet procède essentiellement par tentatives et essais successifs. Les grandes découvertes sont souvent sorties à l'improviste d'observations effectuées d'une manière tout à fait occasionnelle sur la réalité. Simiand, semble-t-il, s'efforce de retrouver quelque chose de cette liberté d'esprit du savant. Son point de

B. — Les moyens d'étude.

Poursuivons donc l’entreprise, avec Simiand, dans le cadre ainsi tracé. La tâche qui s'impose maintenant c’est la reconnaissance des moyens d'études. Iei prend toute son importance un point capital de la méthodologie de notre auteur. Il conseille de toujours distinguer explicitement entre le « désirable » et « l’accessible ». Les conditions de l’expérimentation dans le domaine des faits sociaux étant manifestement inférieures, il importe d’avoir toujours à l'esprit cette infériorité afin de la corriger dans la mesure du possible par un travail plus approfondi.

Les caractéristiques des prix que nous désirons attendre ont été en partie déterminées lors de la constitution du cadre d'étude. Pourtant un certain nombre sont encore désirables : prix réellement payés, prix de choses bien déterminées quant à l’espace, quant à l’unité de mesure, prix exprimés dans une unité monétaire précise, elc… (24). Il faudrait encore atteindre les prix d’une manière aussi continue que possible, sur des marchés bien définis (22).

Il est évident que nous ne réaliserons point ces conditions sans difficulté, puisque nous ne pouvons procéder par observation directe, mais seulement utiliser des documents. Pourtant, la possibilité de fait de la recherche apparaît suffisante

départ n'est pas : « Il faut résoudre le problème du mouvement général des prix », mais : « constituons des ensembles des prix, assez cohérents et voyons si dans les variations de ces ensembles se présentent des phénomènes qui demandent à être expliqués ». « À tout prendre, écrit-il, il n'y a que des risques favorables à essayer de réaliser cette étude et il n'y a pas d’objection ni d'infériorité constitutive et originaire à nous placer dans ce cadre d’abord ».

(21) dem; p.231e

(22) Idem, p. 28-31.

si l’on met en évidence deux principes : 1° Il faut demander aux documents « ce qu'ils peuvent fournir, pas plus sans doute, mais pas moins » (23). 2° Lorsque deux constatations sont entachées de la même erreur relative, le rapport que l’on peut en tirer est cependant exact. Fréquemment, il sera possible de se placer sous la « présomption de l’imperfection équivalente » (24).

Quels sont donc les documents qui peuvent nous fournir des données utilisables ? Simiand en distingue plusieurs catégories el s'efforce de leur attribuer respectivement une valeur en leur appliquant les procédés de critique externe et interne. Sa conclusion est que, pour les prix de gros, les meilleurs documents seront les cours de marchés, les taxes ou tarifs, à condition qu'ils soient appliqués, les comptabilités de commerçants (25).

Mais il ne suffit pas d’alteindre des prix, il faut encore pouvoir les comparer. lei se pose l'important problème de la conversion des prix en une même unité de mesure. Le procédé le plus couramment employé consiste à convertir les monnaies de chaque époque en leur poids de métal fin. Bien que des objections très sérieuses aient été faites contre cette pratique (26), Simiand ne la rejettera pas. Il s’efforcera seu-

(23) Idem, p. 18.

(24) Idem, p. 20.

(25) Idem, p. 31-39.

(26) Elle ne tient pas compte, objeete un historien, M. Van HourTre, d'abord des frais de fabrication, des droits de seigneurage qui ajoutent à la valeur intrinsèque du métal et varient beaucoup suivant les moments. Surtout, elle pose implicitement en principe que la valeur effective d’une monnaie varie en raisor inverse de la quantité de métal qu'elle contient. Mais il n'est pas du tout certain que cela soit vrai surtout dans une circulation complexe et avec de fréquentes mutations monétaires. La valeur de la monnaie peut être déterminée davantage par la croyance du publie qui s’en sert.

lement de considérer en même temps l'expression monétaire brute des prix, telle que la donne les documents, afin de pouvoir contrôler les erreurs qui pourraient résulter de la conversion (27). Par contre notre auteur rejette formellement un autre procédé employé parfois : la conversion de la monnaie en son pouvoir d'achat. Elle revient à employer comme étalon de valeur la manière dont nous employons aujourd’hui la monnaie dans les usages les plus courants, les « usages ménagers ». Mais cela ne peut aboutir, dit Simiand, qu'à confondre deux ordres de relations, l'expression monétaire et la possibilité d'emploi de la monnaie, et à nous priver ainsi de toute notion elaire (28).

(27) Op. cit., p. 41-44. :

(28) Simiand présente encore une longue eritique de la notion du pouvoir d'achat à propos de deux historiens qui l'ont employée : M. Raveau et Mlle PézarDp (07. cit. p. 370-383). Ses critiques peuvent se résumer en deux points. Tout d'abord, la méthode est arbitraire : quant aux groupes de bien retenus comme constituant l'usage type de la monnaie, quant à l'importance attribuée à ces groupes (question de la pondération), quant au choix de la période de base (prix des marchandises en 1914). Mile BézarD justifie sa méthode par la nécessité de parler à l'imagination. Mais ce n’est pas là un souci scientifique et il ne compense pas la complication et l'arbitraire introduits par la conversion en pouvoir d'achat. Celle-ci doit être critiquée encore bien plus fortement si l'on considère qu'elle déforme la réalité. Ce que « l'opinion sociale a constaté, c'est la hausse des prix ». La réalité dont nous devons rious préoccuper, c'est « la représentation sociale d’un certain mouvement (de prix) dans un certain sens » (0p. cit., p. 375). Or l'unité de pouvoir d'achat est constituée en groupant des biens de nature très différentes (services, biens mobiliers, immobiliers) dont les mouvements de valeurs sont distincts, dont l'importance relative varie suivant les époques. À travers la conversion en cette unité nous ne pouvons plus retrouver le véritable mouvement de tel groupe de prix tel qu'il est entré comme cause ou effet dans la psychologie collective de chaque temps. Simiand indique qu’en poussant le procédé à la limite, on arrive à la notion de pouvoir d'achat d'IRVING FiSHER, qui inclut toutes les sortes de marchan-

Du problème de la conversion, passons à celui de la confection des expressions synthétiques des prix, des indices. Simiand examine tous les problèmes classiques de la stalistique en ce domaine. Et il est frappant de constater qu'il ne leur donne aucune solution nouvelle. Son attitude à leur égard est pourtant assez originale. Soit sur la question de la liste des marchandises à inclure, soit sur les questions de la pondération, de la nature et du nombre des notations, de la base, de la formule de calcul, il considère qu'aucun procédé n'est parfait. Ceci l'amène à conclure qu'il ne faudra jamais être dupe d’une technique statistique, mais qu’on aura le plus de chances de reconnaître la réalité en employant des procédés variés. Pratiquement, il utilisera comme base unique la période 1450-1500 et calculera des moyennes arithmétiques mais appliquées parfois successivement à plusieurs groupes de marchandises, afin de bénéficier, dans un certain sens, des avantages de la pondération. Il fera aussi un grand usage (et cela est assez nouveau) de la médiane et des quartiles (29).

Notre auteur échappe donc ainsi à la grave question que nous avons exprimée dans ces termes: est-ce que le choix des procédés statistiques n’inclut pas la solution du problème posé ? Là se trouve sans doute la racine de bien des controverses, car, chez la plupart des auteurs, ce choix introduit plus ou moins explicitement une déformation de l'objet d'étude qui oriente déjà vers une certaine solu-

dises. Notre auteur fait les plus expresses réserves sur ce point encore. Il souligne qu'on aboutit aussi à une thèse « purement conceptuelle » (p. 375). À vouloir ainsi « exprimer les prix simpiement en une fonction de tous les autres prix en dehors de toute monnaie », on s’écarte délibérément de la réalité qui est l’existence de certaines expressions monétaires particulières de la valeur des choses.

(29) Og cit. p. 46 à 70.

tion. Chez Simiand, au contraire, l’objet est défini très explicitement lors de la « détermination du cadre », et la variété des procédés statistiques qui lui sont appliqués empêche que s'introduise aucune réponse à priori.

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