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C. Caractères du mouvement

général des prix.

Ayant ainsi reconnu ses moyens d'étude, Simiand passe à la troisième tâche qu'il s'est assignée : la mise en œuvre des données sur l’objet d'études. S'il fallait l’exécuter directement, à partir des documents bruls, elle serait un travail gigantesque. Heureusement, de nombreux chercheurs se sont déjà occupés du mouvement des prix, el non seulement pour le xIx* siècle, mais encore pour les périodes antérieures. Certes, ils ne l'ont guère fait suivant une méthode rigoureuse. Pourtant leurs travaux seront utilisables, à condition de les soumettre à une sévère critique. Ainsi, dans les Recherches sur le mouvement général des prix, notre auteur ne s’est pas livré à des dépouillements d'archives, mais il à utilisé les données publiées déjà « sous une forme de demiélaboration ou tout au moins de premier dépouillement ». Dès J'abord, il nous indique les sources qu'il a reconnues utilisables. Pour la France ce sont les lravaux de Mantellier, Hanauer, d’Avenel, Levasseur. D’autres sources importantes sont trouvées en Angleterre, en [lalie, en Allemagne, en Belgique et en Hollande (30).

De ces diverses sources, Simiand lire de nombreux indices de prix qu'il groupe en un même graphique. Il s’en dégage à première vue un cerlain mouvement des prix qui « saute aux yeux » el qui va permellre de préciser le sens et la portée

{30) Idem, p. 70-79.

de l'étude. Le plan de travail et le cadre ont été lracés en s'appuyant en partie sur les données de bon sens ou traditionnelles. Le premier aperçu qui peut être pris dès maintenant des données scientifiques confirme bien qu’il y a dans ce cadre un mouvement général des prix, et d’un caractère tel qu'il pose un problème déterminé.

En effet, du xvis au xix° siècle, les prix présentent, pour les différentes marchandises et les divers pays atteints, un mouvement de hausse d’abord du début du xvr au milieu du XVII, puis un palier ou une baisse jusqu’au dernier quart du xvire siècle, enfin de nouveau, une forte hausse. Les caractères différentiels ne sont encore que « présumés ». Mais la présomption est assez forte pour justifier la division du travail approfondi entre trois phases À - B et C. Sur chacune d'elles, Simiand reprendra les sources les meilleures el les soumetlra à une minutieuse critique.

Cette critique sera d'abord statistique : elle consistera à élaborer successivement plusieurs indices suivant diverses moyennes arithmétiques, suivant la médiane et les quartiles, el à observer si les caractères de la variation aperçue restent bien les mêmes à travers ces différentes expressions. Puis la critique spécifique, en décomposant le mouvement par groupes de marchandises, montrera qu'il est plus ou moins fort suivant les groupes. Pourtant, la différenciation se retrouvera la même quelles que soient les sources et quelle que soit la période envisagée. On verra loujours des céréales el des produits agricoles subir la plus forte hausse, les prix des malériaux de construction, des mélaux, la moindre. Ainsi quoique la masse des prix ne constitue pas une « homogénéité au sens simple du mot », elle est cependant un « ensemble

2 000 es

ayant une certaine réalité » parce qu'elle se présente avec une « hétérogénéité relativement constante » (31).

On s’assurera encore que le mouvement des prix existe bien sur l’ensemble des territoires considérés, malgré les diversités locales (32) (critique d’'homogénéité territoriale), et que les indices, bien que construits sur des donneés espacées de dix ans, ou même de vingt cinq ans, correspondent bien à une variation continue d'année en année (33). Enfin on se demandera si le nombre et la qualité des prix atteints suffit à donner une expression du mouvement général des prix. Certes l’adjonction de tel autre groupe de prix pourrait modifier l'expression du mouvement d'ensemble. Mais ii le modifierait d’une manière sensiblement identique dans tout le cours de la variation. Le résultat atteint, quoiqu’incomplet, et donc inexact, est d’une inexactitude semblable dans tout le cours de l'expérience et cela suffit. « Notre expression d'ensemble, dit Simiand, n’est pas forcément celle qui résulterait d’une connaissance intégrale. Mais tout ce que nous pouvons lui demander, et qui nous suffit pour une étude se plaçant dans la relativité, c'est que cette expression de ce que nous atteignons soit dans un rapport sensiblement constant à cette intégralité que nous n'’atteignons pas » (34).

Si le caractère aperçu du mouvement des prix résiste à toute cette critique, il sera bien à retenir comme fondamental, il sera Ja base assurée du problème à résoudre.

I] nous est impossible de résumer le travail de mise en œuvre lui-même, tel que Simiand l’a exposé. Il ne se présente

(31) Idem, p. 102.

(32) Idem, p. 142-147.

(33) Idem, p. 147-155.

(34) Idem, p. 161. C’est une application du précepte de l'erreur équivalente.

aucunement comme une démonstration logique, conceptuelle, mais comme une série d’atteintes de la réalité, d'expériences toutes imparfaites, dont on s’efforce de dégager une probabilité. C’est là ce qui lui donne un caractère unique dans notre littérature économique, qui répond à l'originalité profonde de la méthode employée.

Il s'en dégage d'abord une impression d'extrême rigueur : Simiand par exemple reprend à son compte la critique faite par M. Seignobos à l'ouvrage du Vicomte d’Avenel « Histoire économique de la propriété, des salaires, des denrées et de tous les prix en général ». Il déclare qu'il n’utilisera aucunement le texte proprement dit de cet ouvrage. Il regardera

seulement les tableaux de prix.

Mais le souci de rigueur, cependant, n'arrête pas la recherche : on ne prétend pas, en effet, arriver du premier coup à des résultats complets et certains, mais en diversifiant les procédés de recherche, on élimine peu à peu les aspects secondaires de la réalité. Par exemple, reprenant l'ouvrage de Thorold Rogers « A history of agriculture and prices in England... », Simiand constate que les prix convertis en poids de métal précieux marquent, dans la décade 1541-1550, un abaissement surprenant. Il établit alors un indice des prix en monnaie de fait (sans conversion). Cette baisse n’y apparaissant pas, il conclut que celle du premier indice exprimait simplement la série de très fortes mutations monétaires qui eurent lieu en cette période.

Ceci n’est qu’un exemple des très nombreuses opérations d'analyse, effectuées par Simiand, qui s'efforce de suppléer ainsi aux techniques matérielles de l’expérimentation employées dans les sciences de la nature.

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