‹ Les Récentes Théories Monétaires en France: Idée Quantitative et Conflit des MéthodesChapitre 38 sur 59 · RO · texte numérisé non relu

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Le mouvement général des prie du XVI° au XIX° siècle.

Venons-en, sans plus tarder, aux résultats de cette mise en œuvre. Pour la première grande phase dans le mouvement des prix, qui comprend le xvr° siècle et la première moitié du xvre, la critique a porté sur les données de Rogers pour l'Angleterre, d'Hanauer pour l'Alsace, d’Avenel pour fa France. La conclusion est modeste : Simiand déclare qu'il y a une plus grande probabilité pour que le caractère de hausse générale des prix dans la période soil fondé que pour qu’il ne le soit pas (35). |

Il va même jusqu'à distinguer des degrés dans cette probabilité, Est « extrémement probable, dit-il, la constatation d'un mouvement global des prix des marchandises, en hausse très forte, couvrant en gros le xvi° siècle et la première moitié du xvue siècle, commun aux groupes de pays énoncés... général, c’est-à-dire s'étendant à l’ensemble des marchandises » (36). Il est en second lieu «très probable » que ce mouvement ne soit pas uniforme ni continu, qu'il soit de l’ordre du triplement au quadruplement.. Enfin, il est « simplement probable » que lon puisse distinguer dans ee mouvement trois phases de hausse plus forte (37).

Si nous passons à la deuxième phase, du milieu du xvrr siècle au lroisième quart du xvuir: siècle, les principales sources sont toujours Rogers, Hanauer, d’Avenel. Au total, pourtant, nous sommes ici moins bien pourvus que dans la pré-

cédente phase. Les résultats seront done énoncés avee une

(35) Idem, p. 166.

(56) dem, p. 167.

) Idem, p. 167. On voit comment de toute manière s'exprime le serupule du savant, même à propos d'un phénomène aussi généralement admis que cette hausse des prix du XVI° siècle.

prudence au moins égale. Ge qui est « extrêmement probable », c’est, qu’à partir du milieu du xvrre siècle, il y ait un changement de caractère dans le mouvement des prix. Désormais un caractère majeur devient « palier » ou « baisse ». Il est très probable que nous soyons bien là en présence d'un mouvement général des prix, qui s'étend à toutes les marchandises et à: tous les pays économiquement avancés de l'Europe occidentale et que ce mouvement nous mène jusqu'au troisième quart du xvrr siècle (38).

A ce moment nous entrons dans la troisième phase. Simiand divise cette fois son analyse par nations. Ce cadre lui est indiqué par les sources qui sont ici très différentes: pour la Grande Bretagne l'indice de Stanley Jevons, pour la France Hanauer, enfin pour les Etats-Unis, cadre nouveau, les indices récents de Juergens, Hansen, Roelse.

L'indice de Jevons indique manifestement un mouvement de longue durée des prix, une hausse continue, à travers les variations courtes, depuis 1786-89 jusque vers les années 1808-10 ou 1816-18 39).

(39) Pour donner une idée de la critique approfondie à laquelle Simiand soumel une source même aussi généralement utilisée que l'indice de JEvons, indiquons qu'à côté des prix en or, Simiand tient campte des prix en monnaie de fail pendant la période d’inconvertibilité. Cela lui permet de conclure que la hausse est indépendante des phénomènes d'inconvertibilité (p. 241-212). Il critique encore longuement la valeur de l'indice de JEvoxs comme représentation d'un mouvement général des prix au sens défini plus haul. Sa conclusion est que les résultats obtenus sont « d'une assurance bien supérieure à celle que nous avons antérieurement » (p. 218). Il est d'autant plus intéressant, ajoute-t-il, de noter des traits concordant avec les « expériences » précédentes : antériorité notamment des prix des produits agricoles sur les produits industriels, mouvement différent des données extérieures à l'économie européenne qui implique que ce ne sont pas calles-

Pour les prix français, il y a une grande pénurie des sources dans cette période. Seul des sources précédentes, l’ouvrage d’Hanauer se poursuit jusque-là. Quoique ses moyennes soient établies par périodes de 25 ans et que cette imprécision soit de plus en plus fâcheuse à mesure qu'on approche des temps contemporains, Simiand croit pouvoir en dégager des résultats qui concordent avec ceux tirés de Jevons.

Mais il ne s’en contente pas, il essaye de tirer partie par une élaboration nouvelle des données annuelles de prix contenues dans Hanauer. Elles lui permettent de constater à partir de 1786 un mouvement de hausse nettement accentué et surtout de construire, pour la période qui commence avec l’année 1800, un nouvel indice des prix. Ses variations confirment bien l'existence d’une hausse générale dans les deux premières décades du xiIx° siècle.

Le résultat cependant n’est pas encore assez certain. Notre auteur s'efforce de le compléter par des recherches personnelles d'archives. La statistique des préfets de l’an X permet de comparer entre eux les prix de la période précédant et suivant la grande période révolutionnaire. Elle indique nettement une hausse indépendante des événements politiques. La hausse des prix en assignats peut être construite à l’aide des « tableaux de dépréciation » dressés pendant la période considérée sur l’ordre du gouvernement. On possède dès lors les éléments suffisants pour se faire une idée du

ci qui mènent le mouvement général (p. 218). La précision des résultats est également plus grande, elle permet de distinguer assez nettement les variations courtes, ou décennales, et, par là, de tenter d'indiquer plus exactement le début et la fin de la phrase inerdécennale. Simiand en fixe le début avant 1790, la fin au milieu de la seconde décade du XIX° s. Ces précisions seront de la plus haute importance lorsque viendra le moment de l’interprétation.

mouvement des prix français en numéraire à travers toute la période que nous envisageons. De l'avis de Simiand, elle est bien une période de hausse générale des prix, comme en Angleterre.

Nul autre pays d'Europe ne nous fournit de bases suffisantes à une vérification du mouvement des prix à cette époque. Par contre, des travaux importants ont été effectués en ce sens aux Etats-Unis : ceux de Hansen (prix de gros aux Etats-Unis entre 1801 et 1840), ceux de Roelse (1791 à 1801). Après examen critique, Simiand les retient comme une nouvelle confirmation du mouvement général de hausse des prix, se plaçant entre l’avant dernière décade du xvirr° siècle et la seconde partie de la deuxième décade du xix* siècle. Le résultat ici est d'autant plus frappant, que les cadres territoriaux envisagés présentent des différences extrêmement importantes (40).

Voilà donc conduite jusqu’à la deuxième décade du xix° siècle cette phase de son travail que Simiand appelle « la mise en œuvre des données ». En des termes très prudents, il juge « extrêmement probable » l'existence d’un mouvement général des prix... avec hausse du xvr au milieu du xvir, baisse ou état stationnaire jusque vers le troisième quart ou commencement du quatrième quart du xvIn*, hausse, enfin, dans une troisième phase.

Il est « très probable », dit encore Simiand, que le mouvement même dans chacune de ces phases, ne soit pas uniforme, qu'il soit pourtant universel et général (par rapport aux marchandises). La hausse serait très probablement de l’ordre de 4 à 3 ou 4 dans la première phase, de 4 à 2 1/3 dans la troisième phase (#1).

(40) Idem, p. 262-265.

(41) Idem, p. 269 et 270.

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