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mènes monétaires et les prix; c'est toute une nouvelle tâche à entreprendre.
E. — I'interprétalion de l’action des faits monétaires sur les prix.
Le lien qui unit la monnaie et les prix doit apparaître, selon notre auteur, dans une interprétation qui intègre toutes les concomitances déjà aperçues entre les faits économiques, et qui sera donc à la fois une explication du mouvement des prix et du mouvement des salaires, suivant le but recherché respectivement dans chacun des ouvrages auxquels nous empruntons nos analyses.
Interprétation : XVI° siècle à la fin du XVII siècle.
Puisque, parmi tous les faits concomitants au mouvement des prix, les faits monétaires ont paru l’antécédent le plus net, il faut maintenant, en partant de ceux-ci, retrouver et « comprendre » les mouvements des prix et tous les autres faits concomitants.
Pour les deux premières périodes considérées, on a trouvé des modifications dans le taux d’accroissement du stock de métaux précieux : augmentation de ce taux du xvI*° au milieu du xvr° siècle; diminution ensuite jusqu’au troisième quart au moins du xvirre siècle.
Simiand examine d’abord la situation, dans la première période, des pays européens dans lesquels furent introduits directement les métaux précieux. Pour une bonne part, ces métaux arrivent en Espagne sans contrepartie d'activité économique, comme une « manne ». [1 en résulte les effets suivants : achats de produits extérieurs, utilisation du travail d'étrangers, dépenses de l'Etat au dehors, fournitures aux
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colons. Et dans tous ces traits sont impliqués, en même temps qu'une certaine hausse des prix, un appel à des échanges nouveaux, à des productions nouvelles.
Mais l'exemple de la puissance économique de l'Espagne donne naissance aux idées mercantilistes. On s’efforce dans tous les pays de développer les échanges avec l'extérieur. Le stimulant apporté au xactivités économiques provoque un développement de la population (68). D'autre part, les métaux précieux affluant, les moyens monétaires deviennent plus abondants et le commerce est puissament stimulé parce qu'il dispose beaucoup plus facilement d’avances pour ses opérations s'échelonnant dans le temps. Ce développement n'est pas contrecarré par la hausse des prix, moyennant que celleci s'effectue à un certain rythme (69).
C’est encore l’accroissement des moyens monétaires qui explique le grand développement et les transformations de l’agriculture dans cette période (70). De même un appel nouveau, plus étendu, pour les produits industriels provoque l'apparition de « l'entrepreneur commercial » transformaüon profonde du type de la production au delà de la corporation (71). Il faut enfin rattacher au même phénomène incitateur les changements constatés dans les revenus et leur utilisation, et dans l’économie publique.
Le résultat global est un enrichissement de toutes les nations. Et Simiand montre même comment on pourrait rattacher à l’antécédent monétaire les faits non économiques : mouvement de la population, activité politique, et jusqu'au mouvement général de civilisation de la Renaissance.
(68) Recherches sur le mouvement général des prix, p. 496.
(71) Idem, p. 506.
Avec le milieu du xvire siècle commence une nouvelle phase qui va durer jusqu’au troisième ou quatrième quart du xvire siècle. Nous savons que cette période marque « le passage d’un taux d’accroissement relativement très élevé à un taux d’accroissement relativement bas » (72) du stock de métaux précieux.
Les pays qui antérieurement recevaient l’or tombent en décadence. Les échanges entre les nations se réduisent, d’où la décadence semblable de pays comme la Hollande qui en assuraient les transports internationaux.
Dans les autres pays également, il y a restriction des moyens monétaires : d’où les difficultés budgétaires constatés, d'où encore le resserrement des crédits qui oblige les commerçants à « réaliser » : la baisse des prix est engrenée.
eux qui dirigeait les entreprises vont alors tenter de maintenir leur chiffre d’affaires, leur revenu, en augmentant la production. Mais les revenus de leurs subordonnés aussi résistent à la compression, d’où l’utilisation accrue des nouvelles techniques, le développement du machinisme.
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Interprétation : Fin du XVIII à 1938.
Nous avons donc vu successivement, dans une phase A et une phase B, les faits monétaires commander, en ce même temps que les prix. toute l’évolulion de la vie économique. Dans les phases suivantes l'interprétation portant sur des éléments mieux connus, va prendre des traits si nets que pour la résumer il ne sera plus nécessaire de suivre tout le
(72) Idem, p. 545.
— RRO —
déroulement de l’histoire. L'évolution de la vie économique se réduira tout entière à la succession des deux types de phases À et B dont les caractères sont bien marqués.
La phase À qui couvre la fin du xvirre siècle et le début du xIx° est analysée dans les Recherches sur le mouvement général des prix, en ce qui concerne la Grande Bretagne, les Etats- Unis, la France.
L'ouvrage sur Le Salaire, l'évolution sociale et la monnaie la reprend pour la France, et retrace dans le même cadre, successivement, une nouvelle phase B, puis encore une phase À et une phase B, enfin une dernière phase A qui se termine en 1928. C’est d'après cet ouvrage que nous indiquerons les traits définitifs de l'interprétation de Simiand.
Les phases A correspondent aux périodes de forte augmentation des moyens monétaires. Mais les effets de cette augmentation sont, pour une part, différents suivant qu'il s’agit de moyens monélaires « à base de métaux précieux » ou de moyens monétaires non convertibles.
Dans le premier cas (73), la distribution des nouveaux moyens monétaires se réalise par « la branche d'activité économique dont la fonction est de transférer, manier, aménager et diriger les valeurs économiques. Ils vont donc très peu à la consommation ou à la thésaurisation mais surtout à des emplois productifs sous forme d’ « avances, facilités, crédits ». En profiteront surtout les branches de production à processus le plus long qui en ont un besoin large et extensible. Il en résultera dans toute l’industrie une impulsion se manifestant d’abord par l'augmentation des commandes et de production. C’est en second lieu, seulement, que, par « entrai-
(78) « Le salaire, l'évolution sociale et la monnaie », p. 443 el 444.
nement, concurrence et confiance » (74) il se produira une élévation des prix.
Relèvent de celte première interprétation la fin de notre première phase A, 1804-1815-20, toute la seconde, 1850-1875-78, le début enfin de la troisième, 1890-95-1914.
Pour les périodes d’inconvertibilité (75), l'impulsion donnée à la production paraît moins évidente, puisque l’introduction des nouveaux moyens monétaires est le fait des dépenses de l'Etat et des collectivités publiques; ils vont principalement, semble-t-il, à la consommation. Et, en effet, nous pouvons constater, dans ces périodes, un mouvement initial des prix, qui précède celui des moyens monétaires. Mais il ne continue pas ainsi. Les nouveaux moyens monétaires constituent un appel à des prestations nouvelles, soit du point de vue de la nature des produits, soit du point de vue de leur quantité. Une impulsion est donnée à la production comme dans le cas des moyens monétaires à base de métaux précieux. Le meilleur exemple est celui de la reconstruction des régions dévastées, où les dépenses de l'Etat appellent un développement de la production et même des moyens de produire (76).
Cette interprétation pourtant ne s'applique pas aux périodes d’inconvertibilité dans toute leur extension. Dans la première, il est une période où les faits se montrent bien différents. C’est au moment (entre 1792 et 1796) où la quantité de monnaie augmente d’une manière catastrophique. Alors on voit les prix précéder l'inflation et il semble bien que l’on puisse constater une restriction des activités productives. La menace de tels phénomènes s’est produite par-
(76) Idem, p. 454.
SRE
fois dans la deuxième période d’inconvertibilité, par exemple en 1926 et c’est cette menace qui distingue essentiellement de telles périodes au milieu de nos phases A.
Pourtant, dit Simiand, le fait que le mouvement des prix y reste « assez inférieur et même postérieur » (dans l’ensemble) à celui des moyens monétaires permet de comprendre que ces périodes d’inconvertibilité « s’insèrent comme naturellement pour la première en continuation du début et en raccordement à la suite de la phase A: [première phase A}, dans son ensemble, et pour la seconde en continuation et intensification de la phase A: » [troisième phase A] (77).
Partant, en effet, de ce comportement de la production et des prix, une même interprétation peut être donnée de tous les faits constatés dans l’ensemble des phases A. La hausse des valeurs produites (à la fois par hausse des prix et par augmentation des quantités) détermine d’abord une hausse des profits, puis des « autres participations à la valeur produite », notamment des salaires. En définitive, tous les revenus sont accrus. Malgré les conditions spéciales auxquelles elle est soumise, l’agriculture présente dans l’ensemble les mêmes traite d'expansion (78). Si l’on passe aux faits de « constitution de la vie économique » (79), la puissante incitation à l'entreprise qui résulte de la croissance des profits fait comprendre que tous les régimes el formes de production se développent à la fois. La classe ouvrière se renforce par l’organisation. L'exploitation directe de la terre se développe. Du point de vue de la population, la proportion entre les branches diverses de production se maintient. L'économie
(77) Idem, p. 455.
d'échange ne marque pas de progrès sur ce qui subsiste d'économie fermée. Dans l’ordre, enfin, des faits non économiques, on peut facilement comprendre qu'il y ait à ce moment diminution des atteintes à la propriété et des suicides (80).
Entre les phases A, s’intercalent les phases B correspondant à « l'augmentation atténuée, nulle (ou même négative) des moyens monétaires » (81). Une première se place entre 1815-20 el 1880; une seconde entre 1875-78 et 1890-95. Voici comment elles sont interprétées : (82).
Comme Simiand l’indiquait déjà au début de son Cours d'Economie politique, notre économie, « économie d’échange complexe », se caractérise par un échelonnement dans le temps et l’espace de stades successifs de production qui engendre un besoin d’ « avances ». C’est la monnaie qui joue ce rôle « d'anticiper. sur le résultat final » de la production. Si cetle condition manque, les quantités produites sont en concurrence devant une demande qui se rétrécit : la baisse des prix est déclenchée.
La tendance de l'entrepreneur étant alors essentiellement de défendre son profit (profit par personne ou par entreprise), il tente de comprimer sou coût de revient. Il y parvient pour l'élément matières premières et intérêt du capital. Mais le coût de la main d'œuvre résiste à la compression. Les salaires se maintiennent assez élevés. Pour surmonter cet obstacle, les entrepreneurs seront conduits à augmenter le rendement du travail par l’organisation et surtout le déve-
(80) Idem, p. 452.
(81) Zdem, p. 457-470.
(82) Idem, p. 457-470.
loppement du machinisme. Il en résultera un accroissement de la production et ainsi se trouvera interprété ce fait, au premier abord paradoxal, que l'augmentation des quantités produites est plus rapide en phase B qu’en phase À. En même temps s'expliquent la concentration accélérée des entreprises, le déclin de la petite industrie, l'augmentation des faillites. et jusqu’au relèvement des suicides et des atteintes à la propriété.
La situation de l’agriculture est, ici encore, un peu spéciale. La baisse des prix est parfois ralentie par de mauvaises récoltes et, d’une manière générale, l’agriculteur défend son profit non par une augmentation des quantités, comme l’industriel, mais par diminution de ses frais : diminution du nombre des journaliers, baisse du salaire, restriction des consommations en nature. Par là cependant, l’agriculture ne parvient pas à des résultats aussi avantageux que l'industrie par l'amélioration de la technique : elle perd en importance relative.
Notre auteur est ainsi parvenu à la fin de sa tâche. Il a donné une interprétation de toutes les concomitances aperçues entre les éléments de la vie économique par rapport à leurs fluctuations de longue durée. De cette interprétation, nous avons mis spécialement en valeur ce qui se rapporte à l'explication du mouvement des prix. Nous voyons qu'elle se résume très nettement en une action causale &e la variation de la quantité de monnaie.
Dans la grande controverse de la théorie monétaire, Simiand semblerait donc prendre place à côté des quantitativistes. Pourtant, aussitôt non interprétation proposée, nous le voyons se préoccuper (comme tout au long de son tra-
vail) d'en faire apparaître les traits originaux) (83). Il nous indique entre les théories quantitatives et son interprélation les différences suivantes :
1) Quant à la méthode, dit-il, son interprétation est une « théorie expérimentale », une « expression généralisée de résultats de faits » tandis que la théorie quantitative est « du type idéologique et conceptuel, même s’il y est ajouté ultérieurement des arguments de faits ».
2) Quant au fond la cause des variations des prix est chez lui, non la variation de la quantité de monnaie, mais celle du taux d'accroissement des moyens monétaires. Et même si la théorie quantitative revendiquait ce point de départ, des « différences cardinales » n’en subsisteraient pas moins :
a) Le lien entre moyens monétaires el prix, en hausse, n’est ni automatique, ni proportionnel; les quantités de marchandises augmentent avec les prix.
b) La deuxième phase n’est pas l'inverse de la précédente; à hausse moindre des moyens monétaires correspond baisse des prix et forte augmentation des quantités de marchandises.
c) On ne peut invoquer, comme certains, un « accroissement normal des moyens monétaires. Le fait à retenir, c’est l'alternance des deux phases.
d) La théorie quantitative considère que l’expression monétaire des valeurs est superposée à la réalité économique, est nominale. Il faut, au contraire, la considérer comme la vraie réalité économique.
Il nous paraît légitime de ne pas accepter sans réserve cette opposition que Simiand établit lui-même entre son « interprétation » et la théorie quantitative. Peut-être nos études des théories monétaires françaises, quantitativistes ou
(83) Idem, p. 470, note 1.
non, pourront-elles nous permettre d’en discuter certains aspects pour mettre en évidence les plus fondamentaux. Mais auparavant il importe d'analyser le dernier chapitre du grand ouvrage de Simiand consacré à répondre à toutes les exigences d’une compréhension parfaite du lien entre la monnaie et les prix (84). C'est là, croyons-nous, que nous frouverons la source de l'originalité profonde de sa pensée.
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Les compléments de l'interprétation.
Dans cette dernière étape, qui s'ajoute au plan primitif de la recherche, Simiand va caractériser son explication par trois traits : elle est, dit-il, la plus proche, la plus générale, la plus rationnelle.
Tout d’abord, les liaisons aperçues entre les faits ne montrent pas, sans doute, « cette contiguité des rapports, cette correspondance exacte et immédiate, cette antécédence sans intermédiaire auxquelles on reconnaît les régularités ou les lois scientifiques ». Mais l'explication n’en est pas moins la plus proche, parce qu’on peut mettre en évidence l’action humaine qui est l'intermédiaire indispensable entre les antécédents et les conséquents .
Notre auteur introduit pleinement iei le facteur psychologique : non seulement les mouvements du salaire, mais encore les mouvements généraux des prix qui les précèdent, paraissent avoir, écrit-il, « pour antécédent immédiat, un jeu de tendances de personnes économiques » (85).
Ces tendances dérivent des « traits généraux de la nature humaine ». Elles sont essentiellement des actions et réac-
(84) Le salaire, l’évolution sociale et la monnaie, chap. VIT p. 470-532, (85) Op. cit., p. 497.
lions relatives d'une part au gain monétaire, d'autre part à la prestation à fournir en échange de ce gain, à l'effort (86). Par rapport au mouvement des prix, les personnes écanomiques à considérer sont celles qui achètent et vendent ou encore qui achètent pour revendre et vendent pour racheter. Leur psychologie est « conditionnée » par les faits monélaires de la manière suivante : une augmentation des moyens monétaires crée une « orientation et incitation de la foncetion de mise en œuvre vers le gain dans l’échange », el en même temps « une facilité à acheter plus cher », soit parce que les moyens monétaires ont été fournis d’une manière gratuite ou quasi gratuite (cas de moyens monétaires inconvertibles), soit « par confiance de récupérer davantage ». Du jeu de ces tendance résulte la hausse des prix (87). Au contraire la restriction d’accroissement des moyens monétaires crée « une disposition à la contraction des prix par l’appréhension que la récupération ne se produise pas non seulement à prix plus élevé, mais même à prix égal ». D’autre part, comme Îles faits l’on indiqué, « la mise en œuvre est orientée sur le gain dans le rendement à prix abaissés » (88).
Il faut bien remarquer qu’en metlant ainsi en évidence l’action de l’homme, Simiand n'en reste pas moins fort éloigné de certaines écoles psychologiques en économie politique, dont l'effort a été de montrer que les rapports économiques peuvent être bouleversés d’une manière imprévisible par la spontanéité de l’action psychologique humaine.
Pour Simiand, l’action humaine n'’esi en aucune façon une « spontanéité individuelle » (89), ou encore « un facteur
(86) Idem, p. 478-479.
(87) Idem, p. 489-494.
(88) Idem, p. 494-496.
(89) Idem, p. 500.
— RRB —
finaliste » (20), en un mot un élément extérieur au déterminisme des faits économiques, qui en rendrait l'étude scientifique impossible. Au contraire, ces actions et réactions psychologiques, manifestations, si l’on veut, de l’homo oeconomicus, sont une réalité collective, sociale, « conditionnée » doublement : elles sont le « résultat de l’évolution économique », et elles ne manifestent leur action que « par la vertu de cette évolution même » (91). Elles sont, peut-on dire, englobées dans un déterminisme qui les dépasse.
Remarquons encore, à la suite de Simiand, que, pour lui, ces tendances psychologiques se caractérisent par ce fait qu’elles ont toutes rapport à Fexpression monétaire du gain. Les écoles psychologiques mettent en évidence plutôt l’attachement de l’homme aux biens matériels. Pour Simiand, au contraire, l’action de l’homme économique vise principalement à la conquête ou à la défense d’un revenu monétaire, d'un revenu nominal diraient les économistes.
Après avoir mis en évidence le rôle de l’action humaine notre auteur se préoccupe de montrer la généralité de son explication. Le cadre de temps et de lieu choisi, en effet, comporte la réalisation, dans toute son extension, de certaines conditions constantes, soit dans les faits techniques (connaissances scientifiques, possibilité de développement technique) soit dans les faits politiques ou juridiques (existence d'un régime de liberté, destruction des classes sociales...) Simiand discute ces conditions et il peut conclure que si elles posent certaines limites à la généralité de son interprélalion, ces limites sont cependant beaucoup plus larges que le cadre français du xIx* siècle (92).
(90) Idem, p. 477.
(94) Idem, p. 500.
(92) Et en effet nous savons, par notre analyse des Recherches sur les prix, que l'interprétation qui y est donnée du mouvement
Enfin notre auteur consacre des pages d’une grande profondeur de pensée (93) à dissiper les derniers doutes qui pourraient subsister chez le lecteur, à montrer la « ralionalité » de son explication, c’est-à-dire comment elle peut apporter pleine satisfaction à un esprit avide de retrouver le sens profond du déterminisme social.
Si les moyens monétaires, dit-il, dont pourtant l’importance paraît limitée, l’usage tout relatif, en face des biens qui satisfont effectivement les besoins humains, déterminent pourtant à eux seuls le dynamisme de la vie économique, c’est « qu’ils répondent à un besoin fondamental de l’économie moderne d'échange complexe et échelonné » (94). La foncetion capitale de la monnaie, et qui n’a pas été encore suffisamment dégagée est sa « fonction d’anticipations ou plus même de réalisation actuelle de valeurs futures » (95).
C’est par là, nous l’avons vu, que s'expliquent les grands faits économiques. Il faut même ajouter, dit Simiand, que c’est seulement par l’accomplissement de cette fonction monétaire qu'ils peuvent se réaliser. On ne peut imaginer, ditil, que dans un système économique aussi complexe que le nôtre les productions si diverses, si enchevêtrées, puissent se développer par des mouvements autonomes, des « poussées propres ». Il y faudrait une correspondance et un synchronisme invraisemblables (96).
Au contraire, tout s’éclaire si l’on part de la fonction monétaire. Les progrès techniques eux-mêmes n'apparaissent plus
des prix pour l'Europe occidentale du XVI° au XIX° s., correspond étroitement à celle que nous avons trouvée dans Le salaire, l'évolution et la monnaie.
(93) Op. cit. p. 512-524.
(94) Idem, p. 518.
(95) Idem, p. 514.
(96) Idem, p. 516.
comme «un hasard heureux ». Ils sont d’abord « préparés et conditionnés par l’antécédence des phases A », puis ils apparaissent dans les phases B comme le résultal de la résistance des revenus à s'abaisser. Et c’est ainsi que l’on arrive à « ce résultat paradoxal ou tout au moins inattendu qu’une forte puissance d'inertie soit appliquée à réaliser un progrès » (97).
Tout cela, nous le savons, n’a aucunement été obtenu par l’action individuelle et consciente des hommes, mais au contraire par un enchaînement de croyances sociales. Et Simiand en arrive à se demander si cela n'indique pas que les mouvements el comportements sociaux sont entraînés par « une sorte d’instinet de vie », une vérilable « raison colleclive » (98). L'essence de cetle raison serait la découverte et la pratique par la société humaine « de ce moyen essentiel et effectif d’enrichissement qui est en propres termes de monnayer l'avenir » (99).
Notre auleur, pourtant, prévoit encore une objection et tente d'y répondre. Comment pouvez-vous prétendre, diraient cerlains, avoir découvert une explication parfaitement rationnelle du mouvement de la vie économique, si vous en subordonnez le déclenchement initial à un ordre de fait, l’accéléralion plus ou moins grande des moyens. monétaires, qui paraît entièrement soumis au hasard ?
En effet, répond Simiand, par rapport aux moyens monétaires à base de métal précieux, ce fait est bien « d’apparence casuelle », il rentre dans les « faits événementiels ». Il est soumis, dans le cadre mondial, à la découverte des gisements, dans le cadre national, à des événements de caractère
(97) Idem, p. 525.
(98) Idem, p. 518.
{99) Idem, p. 51
politique. Pourtant le renouvellement, dans le futur, des aiternuances dans la découverte et l'exploitation des gisements n'est pas dénué de vraisemblance. Aucune périodicité fixe n'est exigée, c'est l'alternance elle-même qui importe et il peul paraître déjà ainsi que le déclenchement du progrès économique n'est pas aussi irrationnel qu'on pourrait Île penser. Mais surtout, poursuit Simiand, « la question perd de son intérêl du fait que l'augmentation des moyens monétaires non convertibles s’est montrée de conséquences sensiblement comparable » (100). Or, cetile augmentation reste à la disposition de l’homme. Prenant la place des faits physiques de découvertes des métaux précieux, elle rendrait l’ensemble de la vie économique rigoureusement rationnel suivant l'interprétation donnée.
Le dessein de notre auteur et le sens de son effort nous apparaissent ici dans toute leur portée. Il veul intégrer l’action de Ja monnaie sur les prix dans une explication proprement « rationnelle » des faits économiques, c’est-à-dire qui fasse apparaître loul un aspect de l’évolution sociale comme entièrement compréhensive suivant un certain déterminisme,
le délerminisme sociologique.
(106) Idem, p. 525.
(1014) Une postface de l'ouvrage : Le salaire, l’évolution sociale et la monnaie est consacrée à noter les « Ressemblances et diférences entre le présent essai et d'autres pratiques » (p. 531-5914) Simiand indique en particulier quelques points de divergences avec les études sociologiques courantes. Il étudie le fonctionnement des faits économiques et non les institutions, les faits déjà formés et non à l'état originaire, dans une économie avancée ef non primitive, la variation dans le temps el non la comparaison dans l'espace. Pourtant, conclut-il, ces différences « pour une notable part sont à comprendre par la différence des matières et des recuerches » (p. 588). Ses derniers mots sont pour espérer que le lecteur jugera que son étude est bien « non seulement de science économique positive, mais par là même de science sociologique ».
8 III. — F. SIMIAND et l’idée quantitative
Limitation de l’action causale de la quantité de monnaie aux mouvements de longue ‘durée.
Il nous faut remarquer immédiatement une différence essentielle entre Simiand et les quantitativistes. Simiand n'’attribue un rôle explicatif certain aux variations des quantités de monnaie que dans le cadre des mouvements de prix de longue durée (1), tandis que les quantitativistes n’excluent jamais entièrement de leur théorie les mouvements de courte durée.
A vrai dire, ce que nous pouvons trouver dans l’œuvre de Simiand concernant l'interprétation des mouvements de prix de courte durée, est assez limité. Cependant, nous pouvons lire dans son Cours d'Economie politique un paragraphe intitulé « La quantité de monnaie non convertible, les prix et les revenus » (2). Il concerne l'interprétation des mouvements de prix de l’après-guerre, accompagnant des émissions de monnaie inconvertible réalisées sans nécessité économique, dit l’auteur, mais pour satisfaire les besoins de l'Etat. Simiand constate que dans ce cas, le mouvement des prix de gros (par exemple en 1914-1915 pour la France) précède l’accroissement de la circulation et qu’il est beaucoup plus fort. C’est à la fois, dit-il, en raison d’un manque de
(1) Notons d’ailleurs que par rapport à l’espace, l'interprétation de Simiand concerne à la fois le cadre national et international, de même que chez les quantitativistes. Notre auteur a encore consacré un ouvrage à l'application de son interprétation dans un cadre national particulier : Cf. Inflation et stabilisation alternées. Le développement économique des Etats-Unis.
(2) 3° année, 1929, 1930, p. 414 et s.
confiance et d'une diminution de certaines productions. Au contraire si les émissions se prolongent, on constate que les prix augmentent moins que les moyens monétaires. C'est qu'il doit y avoir une augmentation de quantités produites. On voit donc que dans cette interprétation des mouvements de prix d’après-guerre, Simiand accorde une place très grande à des explications non monétaires.
Mais en dehors de ces cas un peu exceptionnels, Simiand s’est attaché au problème général des fluctuations de courte durée des prix, puisque ses derniers cours au Collège de France ont été consacrés à l'étude des crises économiques. Ge qu'il a pu réaliser de ce travail a été publié partiellement dans les « Annales sociologique » (2°).
La manière dont Simiand conçoit l’étude des crises est pleinement originale : il ne tente pas de lier par une relation simple et invariable les facteurs principaux de l’évolution économique, tels que prix, profits, quantité de monnaie, quantité de marchandises, produits, etc. Il semble penser que les crises tiennent à des discordances nombreuses entre les éléments de la vie économique trouvant leur origine principale dans la diversité, l’inadaptation des facteurs de psychologie sociale : « Les discordances sont considérables, écrit-il, entre les branches de la production, entre les processus, entre les catégories d'hommes agissant dans l’industrie, et l’on conçoit que les résultats immédiats obtenus dans des conditions aussi différenciées ne se trouvent pas correspondre exactement ».
Sans doute, dans ces fluctuations, la monnaie au sens large, ou suivant l'expression de Simiand, les « moyens d'attente »,
(2) La psychologie sociale des crises et les fluctuations écono-
miques de courte durée. Annales sociologiques, série D, fase. 2,
jouent un grand rôle. Ils réduisent parfois les discordances, mais parfois aussi les accentuent, car il y a une grande diversité dans la psychologie des individus dont le rôle est de fournir le crédit, gérer le capital ou simplement détenir les moyens d'attente.
L'interprélation des. crises est à peine ébauchée dans l'œuvre de Simiand. Pourtant il nous paraît possible d'en Llirer cette conclusion que, par rapport au mouvement de courte durée, le problème du lien entre la quantité de monnaie et les prix, n’a guère de sens. Dans ce cadre, l'explication du mouvement des prix ne pourrait sans doute résulter que de l'explication préalable des crises par un ensemble très complexe de facteurs. Ceci nous aulorise à penser que, selon Simiand, la relation causale entre la quantité de monnaie el les prix ne doit pas être étendue en dehors du cadre des mouvements de longue durée. Notre auteur ne croit pas avoir découvert la clef de l'explication de tous les mouvements de prix. Si la variation de la quantité de monnaie est la cause d’un certain rythme de la vie économique, il ne fault pas en conelure que toutes les fluctuations économiques, quelle qu’en soil la durée, doivent être attribuées au même facteur.
Les quantitativisles, au contraire, ont tendance à utiliser beaucoup plus largement la cause monétaire. A l'heure actuelle, on lrouve aux Etals-Unis des économistes qui expliquent les variations cycliques des prix uniquement par les changements dans la quantité de monnaie en circulation. Sans doute chez les auteurs français qui ulilisen( assez largement l’idée quantitative, nous n'avons pas trouvé d’interprélation aussi exclusive des mouvements de courte durée
des prix. Pourlant les théories de l'équilibre expliquent un
cerlain nombre de ces mouvements uniquement en fonction de la quantité de monnaie. Pour elles, nous l'avons dit, l’aclion mécanique de ce facteur est une loi du réel qui n’en reste pas moins agissante lorsqu'elle se lrouve en concours avec d’autres.
De même, pour M. Rist, la correspondance du niveau des prix à la quantité de monnaie constitue le cas « normal » qui devrait se vérifier même sur de courtes périodes. Si de nombreuses discordances sont constatées, c’est parce qu'interviennenf les phénomènes de crises ou les phénomènes pathologiques de l'après-guerre. Mais l'influence du développement ou du resserrement des possibilités monétaires peul néanmoins être suivie année par année même lorsqu'elle n’est pas seule en action.
La différence de cadre dans lequel se situent Simiand, d'une part, et d'autre part les quantitativistes est donc réelle. Pourtant l’idée quantitative, surtout en France, trouve sa prineipale illustration dans le problème des mouvements de longue durée des prix. nous faut done nous placer dans ce cadre pour essayer de marquer la différence entre les deux catégories d'interprétation.
L'interprétation de Simiand et l'explication quantitative des mouvements des prix de longue durée.
A chaque élape du développement de la pensée de F. Simiand, nous avons rencontré une opposition très explicite à l'idée quantitative. I à d’abord critiqué la théorie quantilalive chez Fisher, el plus tard il s'est préoccupé, dans ses Recherches anciennes et nouvelles sur le mouvement général des prir du xvr au xIx* siècle, de mettre en évidence les faits
qui lui paraissaient aller contre cette théorie. Lorsque fut achevée, avec la publication de l'ouvrage Le Salaire, l'évolution sociale et la monnaie, la construction de son interprétation personnelle du lien qui unit la monnaie et les prix, il a résumé les points par lesquels elle s'oppose à l’idée quantitative. Cependant, nous savons qu’il attribue le mouvement de longue durée des prix à une cause, au sens le plus strict, qui est la variation de la quantité de monnaie, et que de plus cette relation lui permet d'expliquer tout le développement du progrès économique.
Nous sommes donc en présence d’un auteur qui, en même temps, attribue le rôle le plus essentiel à la monnaie dans la vie économique et s'oppose le plus violemment à l'esprit quantitativiste. On ne peut échapper à ce paradoxe qu’en approfondissant l’opposition que Simiand établit lui-même entre sa pensée et celle des quantitativistes (3). Laissons de côté la différence des méthodes, qui ne justifie pas à elle seule celle des résultats, et encore la distinction entre variation de la quantité de monnaie et du taux d’accroissement de cette quantité. Il reste des déclarations de notre auteur que, contrairement aux quantitativistes, il a indiqué entre la monnaie et les prix une liaison qui n’est ni automatique, ni proportionnelle, ni simple. |
Les deux premiers caractères ne nous paraissent pas constituer une distinction aussi essentielle que Simiand paraît le croire. Les quantitativistes ont beaucoup assoupli leurs théories. Ils ne sont pas tous mécanistes et s’ils paraissent envisager une action automatique de la monnaie, ce n’est
pas sans doute, parce qu'ils nient l'intervention nécessaire
(3) Spécialement dans : Le salaire, l’évolution sociale et la monnaie, p. 470 (note 1). Cf. supra, p. 225.
de la psychologie humaine, mais parce qu’ils ne s’attardent pas beaucoup à l'analyser. D'autre part, les quantitativistes admettent fort bien que la variation des prix ne soient pas proportionnelle à celle des quantités de monnaie, et pour la même raison que Simiand : parce qu'il y a, en même temps, une augmentation des quantités de marchandises échangées. Au contraire, il nous semble que notre auteur a pleinement raison de mettre en évidence que son interprétation n'est pas simple comme celle des quantitativistes. Tandis que ceux-ci se contentent de dégager une corrélation entre deux courbes, Simiand n'est satisfait que lorsqu'il a pu donner une interprétation du lien entre la monnaie et les prix, dans laquelle entrent à peu près tous les éléments de la vie économique. Dans cette complexité se lrouve, croyons-nous, la véritable originalité de sa pensée.
Le caractère complexe, et par là, original de l’interprétation de Simiand pourrait être mis en évidence sous de multiples aspects. Indiquons les deux principaux qui se dégagent, nous semble-t-il, de sa conception du mouvement général des prix et du lien qu'il établit entre le mouvement des prix et celui des quantités de marchandises.
Nous avons vu, en analysant les Recherches sur le mouvement général des prix, combien l'auteur insiste sur le fait que les prix des différentes marchandises ne varient pas dans la même proportion. Il en est de même dans Le Salaire, l'évolution sociale et la monnaîie (4) ; à côté des indices globaux des prix, dont il varie d'ailleurs le plus possible les méthodes de calcul, Simiand tient le plus grand compte des indices partiels s'appliquant à une calégorie de marchandises, et de leur divergence avec
(2) AIN os PO TT
les indices d'ensemble. Cela témoigne de sa conception très complexe de la nature du mouvement général des prix. Il l'exprimait d’ailleurs dans ses derniers cours en disant
« Contrairement à ce qui peut être compris par l'usage du mot : indice des prix, mouvement des prix de gros, il ne faut pas concevoir qu’un ensemble de prix marche du même pas comme des soldats alignés qui monteraient sur un plan incliné uniforme et redescendraient sur l’autre face uniforme aussi. C’est un exercice en terrain varié et singulièrement varié. La notion de mouvement général des prix est telle qu'on doit se demander si elle correspond à une réalité et de quelle nature » (5).
Une telle conception est entièrement opposée, croyonsnous, à l'esprit quantitativiste. Pour prendre un exemple très net, c’est précisément en insistant avant tout sur le parallélisme (relatif sans doute) des variations de toutes les catégories de prix, du point de vue des mouvements de Ilongue durée, que l’économiste américain Snyder a échafaudé récemment une nouvelle défense de l’idée quantitative (6). Il y a, dit-il, une structure à peu près invariable des prix des différentes catégories de marchandises qui oblige à attribuer leurs varations quasi-parallèles à un facteur unique (7); et pour exprimer les variations de l’ensemble des prix, il emploie l’image des oscillations d’un bateau à plusieurs ponts ou. encore celle de la progression du front d’une armée.
Cette représentation est bien, quoiqu’à un degré moindre.
(5) Annales sociologiques, série D, fase. 2, 1937, p. 11.
(6) Notons que sa théorie est différente de celle de Simiand par bien d’autres points : Il insiste beaucoup moins sur le rôle de l'or que sur celui du crédit. Il ne distingue pas dans le cadre des Ftats-Unis les mêmes phrases que notre auteur.
(7) CARL SNYDER : On the structure and inertia of prices. Ame-. rican economie review, juin 1934.
celle de tous les auteurs qui utilisent l'idée quantitative. El nous savons que le principal argument qui leur a été opposé a consisté précisément à nier la réalité du mouvement général des prix au sens où ils l’entendent. La position de Simiand est donc extrêmement originale puisque tout en mettant l'accent sur le caractère complexe du mouvement des prix, il parvient à retrouver une explication par les phénomènes monétaires.
On peut dégager un deuxième aspect sous lequel la complexicité de l'interprétation de Simiand le distingue clairement des quantitativistes. Ces derniers reconnaissent, comme notre auteur, que c’est le mouvement d'accroissement des quantités de marchandises produites qui explique l’absence de proportionnalité entre la variation des moyens monétaires el le mouvement des prix. Mais ce qui caractérise la pensée de Simiand c’est la manière dont elle rassemble, dans une même interprétation, mouvement des prix et mouvement des quantités produites.
Simiand lui-même nous indique cette source profonde de l'originalité de son interprétation lorsque dans les Recherches sur le mouvement général des prix, il critique un aspect des théories de Fisher : Si l’augmentation des prix, dit celui-ci, est moindre que celles des métaux précieux, c'est que le volume des affaires augmente en raison de l'accroissement de la population, du progrès des arts et du commerce, du développement des transports. Simiand refute successivement toutes ces assertions (8) et fait dépendre la variation du volume des marchandises ou des affaires, des faits monétaires eux-mêmes.
Or, tous les auteurs qui utilisent l’idée quantitative se
rapprochent à quelque degré de la pensée de Fisher. Ils élu-
dient le lien entre la monnaie et les prix comme si l'influence normale et directe de la modification des quantités de monnaie devait s'exercer sur les prix et ils considèrent la variationtion des quantités de marchandises comme un phénomène perturbateur. La conception de M. Marjolin. par exemple, nous -paraît représenter cet état d'esprit. Les effets de l’augmentation de la production de l'or sont, écrit-il, « le niveau plus élevé des prix, l'augmentation des transactions due au mouvement ascendant des prix, etc. » (9). Il semble qu’il conçoive deux sortes d'effets de l'augmentation des moyens monétaires : 1) Un effet direct: la hausse des prix; 2) un effet dérivé : l'augmentation des transactions.
Quant à la baisse des prix de longue durée, le même auteur, reflétant l'opinion des plus récents quantativistes, en trouve la cause dans la « diminution de la production de l'or, ou une augmentation insuffisante pour compenser la pression que fait peser sur les prix l'augmentation des quantités de marchandises » (10). L’augmentation des transactions est donc encore bien davantage conçue, dans ce cas, comme tout à fait extérieure au lien entre la monnaie et les prix. Il semble qu'elle soit une force immanente de la vie économique (11), ou tout au moins une force dont le développement relève d’une étude tout à fait indépendante de la théorie monétaire.
Chez Simiand, au contraire, l'augmentation des quantités produites en phases A est l'effet le plus direct de l’augmentation des moyens monétaires. En phase B la pénurie monétaire n’engendre pas seulement la baisse des prix mais est
(8) (9) L'activité économique, n° 8, p. 144.
(10) Idem, p. 144.
(11) Carl Snyder a développé pleinément cette conception.
aussi la cause propre de l’augmentation des quantités de marchandises. Nous l’avons vu rejeter d’ailleurs très explieitement l’idée d’un « accroissement normal des moyens monétaire », qui n’est défendu que pour soutenir celle d’un accroissement autonome des quantités de marchandises. En proposant son interprétation globale des faits économiques, notre auteur a pensé montrer que les rapports de la monnaie aux prix ne doivent pas être étudiés isolément, mais ne se conçoivent, au contraire, que par l'existence d’autres rapports économiques, notamment de la monnaie à la production et des prix à la production.
La complexicité de l'interprétation de Simiand, impliquant une liaison indissoluble de tous les facteurs mis en œuvre, justifie donc suffisamment son opposition à l’idée quantitative. Cependant notre auteur, lui-même, a porté cette opposition sur un nouveau terrain où nous devons le suivre : celui de la nature et du rôle de la monnaie.
La nature et le rôle de la monnaïe.
Simiand a bien mis en évidence la conception du rôle de la monnaie qui est impliquée par l'idée quantitative. Elle conduit, a-t-il dit, à considérer l'expression monétaire des valeurs comme extérieure à la vraie réalité économique. Nous trouvons bien, en effet, chez les classiques cette idée de la superposition aux rapports économiques réels (c’est-à-dire production, consommation, circulation des biens d’une fonction monétaire dont l’objet est de faciliter les échanges. Les quantitativistes en isolant l'étude du rapport monnaie-prix, en en faisant un problème distinct, préliminaire ou complémentaire des autres problèmes économiques, relèvent tous dans quelque mesure de cette tendance.
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Le quanlitativiste croit, en étudiant l'influence de la monnaie sur les prix, déblayer le terrain pour une étude des rapports économiques réels, séparer ce qui, dans le mouvement des prix, est fictif, nominal par opposition à l'influence, seule réelle, de la production, de la consommation. Mais, demande Simiand, est-ce qu'il est fictif ce développement de la production qui est déterminé uniquement par une augmentation des quantités de monnaie ? La vie économique, pense-t-il, est bien autre chose qu’un ensemble de rapports matériels auxquels se superposeraient le jeu de la monnaie et des prix. L'esprit sociologique atteint avant tout les phénomènes de psychologie sociale. L'expression monétaire des valeurs est une de ces « réalités sociales » les plus essentielles.
Nous trouvons ces vues pleinement développées dans un des derniers écrits de Simiand intitulé La monnaie, réalité sociale (42). Les conceptions de l’homme sur la nature de la monnaie, dit Simiand, sont comparables aux trois stades par lesquels est passée la connaissance humaine des faits religieux : le
dogmatisme, le voltairianisme, la sociologie (13).
On a d’abord attribué aux métaux précieux une valeur absolue; on les a considérés comme la richesse par excellence. Puis, au contraire, on a pensé que le bon sens exigeait de considérer que l’existence de la monnaie n’était nullement essentielle à la vie économique : elle serait seulement un instrument d'échange introduit pour des raisons de commodité. L'idée quantitative relèverait de ces deux états d’esprit, se
serait arrangée tant bien que mal avec l’un, puis l’autre, ou
(42) Annales sociologiques, série D, fase. 1, 1934. (13) Op cit., p. 18.
même les deux à la fois, à travers l’histoire des doctrines économiques.
Simiand nous invite à dépasser enfin ce slade. L'idée véritable que nous devons nous faire de la valeur de la monnaie, il la dégage en considérant d’abord la monaie inconvertible. Nous ne pouvons mieux faire iei que le eiter : « Si la valeur d’une monnaie non convertible, éerit-il, est une relation entre deux masses, ce sont ces masses non quantifiées, et sans doute non quantifiables, de façon simple et moins encore assurée, soit dans le présent, soit surtout dans le futur : masse des emplois possibles (présents, futurs); masse des moyens monétaires (actuelle effective, future possible); l’une et l’autre, telles qu'elles sont représentées, plus ou moins confusément du reste, dans l'esprit des hommes concernés. Ces deux termes sont donc affaire d'appréciation, d'estimation, de confiance (ou de défiance) : et celles-ci peuvent très réellement, pour la même monnaie au même moment, el à plus forte raison dans le cours du temps, différer selon les catégories de personnes, les classes, les groupes, les nationalités. Le fond véritable qui est à reconnaître à la valeur d’une telle monnaie. n'est pas fait d'éléments physiques, il est fait d'appréciation, d'estimation de croyance, de défiance, d’ensemble une croyance et une foi en cette expression de valeur qui porte la marque d’un pays Cette représentation. esl le fait non pas d’individualités compétentes et informées…. mais bien des groupes, de collectivités, d’une nation : elle est sociale. Elle a un caractère et un rôle manifestement objectif, parce qu’elle est une croyance el une foi sociale, el, comme telle, une réalité sociale » (14).
(14) Idem, p. 37 et 38.