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si nous cherchions à dégager les conséquences pratiques que, parfois, Simiand semble attribuer à ses conceptions, nous les trouverions encore pleinement originales, très opposées aux doctrines inspirées par l’idée quantitative.
Lorsque Simiand défend la rationalité de sa théorie en faisant appel à la possibilité pour les hommes de modifier la quantité des moyens monétaires inconvertibles, il s'élève jusqu'à l'idée d'une « monnaie dirigée », ou plutôt, dit-il, « d’une fonction monétaire aménagée » (22). Mais le but qu'il lui assignerait esi en pleine opposition avec les doctrines qui utilisent l’idée quantitative. Alors que celles-ci (23) visent principalement à maintenir un pouvoir d'achat constant à l'unité monétaire, Simiand a condamné explicitement cette prétention. « Le finalisme, dit-il, de certaines doctrines ou de telles pratiques lentées, qui visent à une stabilité permanente des prix et à un système monétaire qui la réalise, est un postulat hâtif, qui ne paraît pas s'être enquis ou avisé de l’expérience économique, ou bien alors qui se dirige vers une économie sans progrès » (24). Ce que veut, au contraire, notre auteur, c'est faire varier très fortement la quantité des moyens monétaires suivant un rythme alternatif qui provoquerait la succession des phases A et B dans le mouvement des prix el avec elle un progrès économique indéfini.
Nous pouvons done apprécier maintenant combien la construction de Simiand est nouvelle par ses réalisations el par ses ambitions. Le lien entre les monnaies et les prix est inséré
dans une « théorie expérimentale » de l’évolution économique
22) Le salaire, l’évolution sociale el la monnaie, p. 526. (23) Particulièrement celle de Fisxer.
) La monnaie, réalité sociale, p. 57.
que l’auteur caractérise lui-même par les termes de « monétarisme social » (25). Nous sommes loin, sans aucun doute, de l’idée quantitative.
Si, pour notre auteur, les varialions de la quantité de monnaie sont bien la cause des mouvements de prix de lonque durée, la relation entre cette cause et cet effet est extrèmement complexe et tous les éléments qu'ell comporte sont liés indissolublement. C’est pourquoi l'explication dégagée n'a aucune valeur en dehors d’un certain cadre de temps où apparaît ce phénomène unique de la fluctuation « interdécennale » de la vie économique dont le mouvement des prix n’est qu’un aspect.
C’est pourquoi encore, la conception du mouvement général des prix chez notre auteur nous est apparue bien différente de celle des quantitativistes et de même l'influence qu'il attribue à l’accroissement des quantités de marchandises produites. Du point de vue, enfin, du rôle attribué en général à la fonction monétaire, nous avons vu combien sa position est originale.
En définitive, il nous semble bien que Simiand se distingue des quantitativistes parce que sa pensée passe sur un autre plan. S'il ne s'agissait que du problème limité, tel que le pose l’économie politique traditionnelle, du mouvement séculaire des prix, les oppositions pourraient se fondre au point de devenir des relations de bon voisinage et d'appui mutuel. La preuve en est que les travaux de Simiand, nous semble-t-il, ont renforcé en fait la position des quantitativistes.
Mais Simiand s'élève sur le plan de la pensée sociologique, dans laquelle il veut intégrer la connaissance des faits éco-
(25) Le salaire, l’évolution sociale et la monnaie, avant-propos, MAX
nomiques. Il construit un système d'interprétation de la vie économique entièrement « rationnel » au sens sociologique. Dans sa pensée, toutes les pièces de ce système sont solidaires. L'existence du lien entre la monnaie et les prix n’est valable que par rapport à la loi du progrès économique qui fait se succéder des phases inverses d'expansion et de contraction monétaire avec leurs conséquences rigoureusement enchaînées.
Dès lors, notre auteur se sépare radicalement des quantitativistes qui, prenant le mouvement des prix et des faits monétaires comme de simples données historiques, s’efforcent de les rattacher l’un à l’autre sans prétendre avoir découvert le germe du progrès économique. Simiand pense au contraire qu'il faut surmonter cette étroitesse de vues, prendre conscience de l’unité du processus social qui fait l’évolution économique, pour en donner une interprétation vraiment scientifique.