‹ Les Récentes Théories Monétaires en France: Idée Quantitative et Conflit des MéthodesChapitre 49 sur 59 · HORS · texte numérisé non relu

HORS

La base de l'équation des échanges comme de la tnéorie quantitative, c’est l’idée que les deux fonctions de la monnaie, intermédiaire dans les échanges et mesure des valeurs, sont assurées par une même masse de signes monétaires. On en conclut qu'à chaque instant, la valeur que prend chaque signe dans l’une et l’autre fonction doit être rigoureusement la même.

Et cela serait tout à fait exact si les deux fonctions de la monnaie se superposaient absolument dans le temps, si les paiements étaient instantanés. Dans ce cas, en effet, si la masse des valeurs échangées était différente de la masse des valeurs représentées par les signes monétaires en circulation, les paiements ne pourraient être assurés el la vie économique serait arrêtée.

Mais nous savons qu'il y a des paiements différés et que, par conséquent, la masse des marchandises échangées (c'està-dire vendues) peut prendre une valeur telle que la valeur de la circulation monétaire à ce moment ne soit pas suffisante pour assurer la totalité des paiements en un mot que léquation des échanges ne soit pas vérifiée à ce moment.

Quand nous par!ons de la valeur prise par cette masse des marchandises, nous entendons l'expression de son prix en unités de compte. Cela revient à dire que la valeur du signe monétaire représentant l’unité de compte est devenue telle que la quantité des signes en circulation ne suffirait pas à assurer tous les paiements si ceux-ci devaient être instantanés.

Pour expliquer cette disjonction entre la mesure des valeurs et la réalisation des paiements, il faut sans doute faire appel à cette idée que nous avons trouvée chez M. Aftalion, suivant laquelle, la monnaie peut, à certains moments pren-

dre une utilité propre, indépendante de son utilisation immédiate dans l'échange.

Walras était sur le chemin de cette conception lorsqu'il écrivait que la valeur du service de la monnaie est « directement proportionnelle à son utilité » en même temps qu’elle est « inversement proportionnelle à sa quantité » (3). Mais cette utilité de la monnaie il ne la concevait qu’en vue d'un service de circulation défini par l’état donné de la production et de l'échange des marchandises et les quantités de cellesel. « L’utilité du service de la monnaie, écrivait-il, est la somme des utilités des marchandises et services figurant dans Pencaisse désirée » (3).

Cette notion trop étroite de l’utilité de la monnaie l’a empêché de voir au delà de la théorie quantitative, et d’ailleurs ses successeurs ne la font plus apparaître, la considérant comme incluse dans celles de quantité de marchandises et de vitesse de circulation (encaisse désirée).

Mais si l'on se pose concrètement le problème de l'utilité de la monnaie, on est obligé de reconnaître que souvent la monnaie prend une utilité par elle-même, et non seulement comme moyen de circulation. Cela se produit lorsqu'on en arrive à douter de la stabilité de la valeur de la monnaie, que l’on conçoit cette valeur future comme devant être moins ou plus forte que la valeur actuelle.

Cela n'est pas une manifestalion purement irrationnelle car on à pris l'habitude de relier certains événements de la vie sociale (troubles politiques en particulier), à un mouvement dans la valeur de la monnaie. Ces événements ne sont pas directement la cause des fluctuations de cette valeur puisqu'ils n’agissent pas nécessairement et immédiatement

(3) Eléments d'économie pure, p. 309.

sur les conditions de la circulation. Mais le public établit, lui, un véritable lien de cause à effet. Il se persuade qu'une baisse ou une hausse de la valeur de la monnaie va nécessairement se produire et, en conséquence, dès maintenant il n'accepte la monnaie ou ne l'offre que pour cette valeur plus ou moins grande.

On peut véritablement dire que cette différence de valeur, c’est le public qui la crée: les détenteurs de monnaie donnent soudain à celle-ci un supplément de valeur par rapport à l’ensemble des marchandises, ou au contraire déprécient la monnaie par rapport aux marchandises. Ainsi, il nous semble que l'existence d’une valeur propre de la monnaie ruine la conception de MM. Rueff et Divisia selon laquelle les prix sont loujours soumis passivement aux facteurs de l'équation de l'échange, puisqu'il existe parfois des mouvements de hausse et de baisse des prix qui sont de pures spontanéités psychologiques. Cette idée va nous permettre de critiquer les théories mécanistes non plus dans leur fondement théorique, mais dans les applications que nous en avons trouvé chez nos auteurs.

MM. Rueff el Divisia ont principalement employé leurs théories, nous l'avons vu, à décrire le mécanisme du rétablissement de l'équilibre du change. Nous devons done nous placer d’abord sur ce terrain.

Dans le cas où circule dans le pays de la monnaie métallique (sous un régime d’élalon-or ou analogue), nous savons que M. Divisia fait appel à l'idée très simple que les entrées et sorties de métal consécutives au déséquilibre du change agissent automatique sur les prix en modifiant la quantité de monnaie en circulation.

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