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sommes entièrement d'accord, dit-il, avec les détracteurs de la théorie quantitative lorsqu'ils affirment que dès qu'on prétend ne pas interpréter seulement les grands mouvements séculaires, elle est en désaccord avec l'expérience » (35).
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La seconde partie de l'ouvrage de M. Rueff est consacrée aux phénomènes de change. Après avoir décrit les conditions dans lesquelles la monnaie trouve sa valeur d’équilibre en fonction des caractéristiques de la circulation monétaire, il va nous exposer comment une valeur d'équilibre s'établit aussi pour la monnaie par rapport aux monnaies étrangères. « L'analyse, dit-il, des causes susceptibles de faire naître des offres et des demandes de devises étrangères, va. nous conduire à penser que les phénomènes de change, ne peuvent pas ne pas obéir à des lois régulières » (36). Nous devons remarquer ici que, prétendant rester dans Île domaine de la statique, notre auteur rentre cependant dans celui des causes et cela, nous le verrons, est plein de conséquences. |
La théorie du change dans des conditions simplifiées.
La théorie du change de M. Rueff est fondée sur le raisonnement suivant : la valeur d’une monnaie nationale par rapport à une autre monnaie nationale ne peut être déterminée que par la concurrence des offres et demandes de monnaie puisque les unités monétaires étrangères s’achètent sur le marché des changes comme de véritables marchan-
(35) Idem, p. 165.
(36) Idem, p. 167.
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dises (37). Mais, s'agissant de marchandises, la concurrence des offres et demandes aboutit à établir un prix unique sur le marché, un prix d'équilibre, parce que les courbes d'offres et de demandes des marchandises aux différents prix se rencontrent en un point unique. Il ne peut en être ainsi pour le change : on ne peut parler de courbes de l'offre de monnaie nationale pour les différents prix de la monnaie étrangère parce que la monnaie étrangère n’est pas recherchée pour elle-même mais pour régler des achats de marchandises étrangères. Si done ces achats étaient absolument indispensables pour le pays (M. Rueff suppose le cas de la disparition dans un pays d’une denrée vitale) on serait prêt dans ce pays à donner à la monnaie étrangère n'importe quel prix. On ne pourrait alors aucunement parler de cours d'équilibre du change.
Mais, il est conforme aux conditions réelles des échanges de supposer que le pays qui doit ainsi importer des marchandises (pays A), produit, de son côté, des marchandises également produites et ulilisées dans l’autre pays (pays B). Or, si le prix de la monnaie du pays B en monnaie étrangère monte, les prix de ses marchandises exprimés en monnaie étrangère s'élèvent et bientôt il deviendra avantageux de se les procurer dans le pays À où elles sont restées au même prix. Mais alors, pour les payer, il faudra se procurer de la monnaie étrangère, d'où une demande de cette monnaie qui viendra concurrencer la demande initiale de l'autre. Ainsi, l’une et l’autre monnaies étant demandées, el chaque déséquilibre d’une demande sur l’autre se détruisant automatiquement, il y aura un cours d'équilibre du change. L'on voit que ce cours d'équilibre est obtenu en raison de la
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nécessité qu'il n'y ait qu'un seul prix dans les deux pays pour les marchandises qui sont utilisées à la fois dans l’un et dans l’autre.
Cette théorie ébauchée dans l'hypothèse simplifiée de deux pays seulement en présence, et dans le cas où les monnaies nationales sont constituées par des billets à cours forcé (38) M. Rueff la résume ainsi : « Quel que soit le niveau des prix en France et en Angleterre, quelles que soient les variaions dont il pourra être l’objet à l’intérieur de chacun de ces pays, le prix du franc en livres ne pourra pas ne pas atteindre un niveau {el que, dans les conditions du moment, se trouve assurée sur le marché des changes l'égalité permanente des offres el des demandes de francs » (39).
Supposons maintenant deux pays dans lesquels circule effectivement de la monnaie métallique, d’un même métal. On n'a plus besoin, dans ce cas, pour le paiement des importations, de se procurer de la monnaie étrangère, il suffit de transférer en paiement du métal monétaire. Mais alors, il faut prélever ce métal sur la circulation. La quantité de monnaie en circulation dans le pays se trouve diminuée, les prix baissent alors que dans l’autre pays, par un effet contraire, les prix montent (40): d’où une sollicitation à des transferts de marchandises inverses de ceux qui ont provoqué le déséquilibre du change. Il y a donc également dans ce cas une valeur d'équilibre stricte du change à raison des échanges possibles de marchandises entre les deux pays, à
raison des conditions de production de ces deux pays.
(38) Ce qui implique inconvertibilité du billet, interdiction de la fonte des espèces et de l'importation du métal.
(39) Théorie des phénomènes monétaires, p. 176.
(40) « Toutes conditions égales », p. 177.
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Nous avons supposé qu'il ne pouvait y avoir qu'un prix pour la même marchandise dans deux pays en relations d’affaires. En réalité, il n’en est pas tout à fait ainsi, car l'importation d’une marchandise nécessite un ensemble de frais (transport, assurance, douane) et par conséquent il ne sera avantageux de réaliser cette opération que si le prix dans le pays importateur dépasse ces frais. Il pourra donc y avoir un écart entre les prix, une « disparité » (41). La limite véritable des variations du change, c’est donc la limite de ces disparités possibles (42), c’est l'existence de véritables point d'entrée et de sortie des marchandises. « Le prix anglais évalué en francs d’un article quelconque du marché ne peut dépasser le prix français majoré du montant en francs des frais de transport de France en Angleterre, de l’article qu'il concerne, pas plus qu’il ne saurait descendre au-dessous de ce prix diminué des frais de transport d'Angleterre en France » (45).
(41) Cf. définition précise de la disparité, p. 185.
(42) En réalité, explique M. Rueff (p. 200-209) en régime de circulation métallique, les variations du change sont encore plus limitées, en raison de l'existence des points d’or. Tant qu’il y à en effet du métal monétaire à transférer d’un pays dans l’autre, on ne peut concevoir que le rapport des valeurs des unités monétaires des deux pays soit supérieur au rapport de leur poids, compte tenu du prix de transport du métal d’un pays dans l’autre. Mais, tandis que par exemple le cours du change «est stabilisé un peu au-dessus dü point de sortie d’or, les transferts d’or qui se produisent effectivement engendrent des mouvements de prix dans les deux pays, qui provoquent des écarts de prix dépassant la disparité maxima. Les points de marchandise franchis, il se produit des échanges de marchandises qui sont les véritables facteurs de l'équilibre du change, car s'ils n’existaient pas, les transferts de métal monétaire conthnueraient dans le même sens, jusqu'à épuisement total du stock de l’un des pays. Celui-ci devrait alors user d’une circulation à cour forcé et l’on serait ramené au premier cas.
(43) Théorie des phénomènes monétaires, p. 204.