‹ Les Récentes Théories Monétaires en France: Idée Quantitative et Conflit des MéthodesChapitre 52 sur 59 · ACT TER · texte numérisé non relu

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possible de parvenir par une méthode unique à la connaissance intégrale des déterminismes sociaux. Allant du général au particulier, des fluctuations interdécennales aux rythmes de courte durée, il voulait donner une représentation de toules les phases dont se constitue sous nos yeux l’évolution économique (11).

Il est à peine besoin de montrer combien ces vues sont indépendantes des résultats mêmes de la recherche expérimentale poursuivie par notre auteur. Si, dans sa pensée, les régularités découvertes nous expriment de réel contemporain, c’est parce que leur reproduction est nécessaire en raison de l’homogénéité, de la « rationalité » du développement social. Il est facile de voir que cette idée dérive de la conception de la permanence des lois de la nature, par l'intermédiaire de l'esprit sociologique.

Mais dans sa conception de la science économique, Simiand pousse jusqu'au bout le rapprochement avec les sciences de la nature: il y inclut les applications. Nous avons déjà vu comment notre auteur s'élève jusqu’à concevoir une « fonction monétaire aménagée » destinée à réaliser l'alternance des phases interdécennales. On pourrait, dit-il, « dégager des résultats de l’étude expérimentale positive, au minimum, une certaine attente, et plus même, une certaine prévision » (42). Sur cette base, il serait possible de régulariser le mouvement nécessaire de la vie économique, d’en étendre et d'en assurer les effets, de même que l’on a pu assurer une meilleure fertilisation du sol de l'Egypte par un aménagement des crues du Nil.

(11) Cf. Encore dans ce sens : Fr. Simiand, Les fluctuations économiques à longue période et la crise mondiale, Alcan, 1932.

(12) Le salaire, l’évolution sociale et la monnaie, avant-propos, p. XXIX.

La position de notre auteur est sensiblement analogue par rapport au problème des mouvements « intradécennaux », c'est-à-dire des crises : Celles-ci ne lui paraissent pas un mal, mais au contraire procurer, par la série de réactions qu’elles déclanchent, un progrès économique (13). Entièrement dominé par cette idée d’une évolution économique se réalisant par une répétition invariable de phases inverses, il est persuadé que la meilleure politique économique est celle qui se soumet le mieux à cette loi. Ceci met encore en pleine lumière dans sa pensée le postulat sociologique suivant lequel, à l’intérieur d’un certain cadre, l’objet de la science économique étant homogène, les rapports des phénomènes doivent se produire et peuvent être reproduits d’une manière invariable (14).

Nous comprenons mieux ainsi la sévérité de Simiand à l'égard de toutes les méthodes courantes de l'Economie politique, et spécialement les méthodes déductives. L’expérimentation réalisée sur les faits économiques par l'étude statistique lui révélant, en effet, des enchaînements réguliers entre les phénomènes et ses conceptions sociologiques lui faisant postuler que ces mêmes enchaînements doivent se répéter invariablement dans le cadre de l’économie d'échange complexe il lui semble que l’évolution économique présente nous est dévoilée sans faire appel à aucun travail conceptuel. Il faudrait bien se garder de penser que Simiand pense se livrer

(13) Cf. Cours d'économie politique, p. 701-709.

(14) Nous avons dégagé les tendances de la pensée de Simiand par rapport à la connaissance globale des faits économiques. Si nous voulions nous limiter au problème du mouvement des prix, nous dirions qu'il attribue à la science positive le rôle de préciser les régularités aperçues dans ce mouvement, d'en définir les liens avec l’ensemble des faits économiques et, ainsi, d'orienter la poli-

tique dans le sens d’une soumission consciente à ces mouvements de prix.

à une étude de « théorie » lorsqu'il analyse les tendances psychologiques explicatives des régularités dégagées : Cette analyse, en effet, est étroitement dépendante de la recherche expérimentale, elle ajoute à la compréhension des lois du réel mais ne constitue pas, à elle seule, un principe d’explication. La théorie économique, c'est-à-dire l'étude à partir de bases psychologiques simples, de relations hypothétiques entre des faits économiques n’a, selon Simiand, aucun rôle à Jouer dans la science positive.

Il nous paraît fort douteux que les ambitions de Simiand soient jamais réalisées. Sans doute l'interprétation qu’il nous propose des fluctuations interdécennales, et spécialement du mouvement de longue durée des prix porte en elle une grande force de conviction. Mais il ne s'ensuit pas qu’on adopte nécessairement l’idée de la répétition invariable de ces fluctuations, idée qui n’est point contenue dans l'interprétation elle-même, mais lui est superposée en vertu du postulat sociologique. Si l’on n'admet pas l’homogénéité des tendances économiques dans le cadre de l’économie d'échange complexe, on peut très bien concevoir que dans le moment présent, rien ne pousse à la reproduction d’une phase analogue à celle qui a été constatée il y a un siècle ou un demi-siècle. Et par conséquent la connaissance des phases antérieures et de leur alternance ne fournit pas un élément assuré pour la connaissance des faits actuels.

Supposons que la science économique positive, plus avancée, ait dégagé des régularités se reproduisant sur de plus faibles périodes, il suffirait selon la pensée de Simiand d’invoquer la « rationalité » de l’évolution économique pour faire de ces régularités constatées dans une période antérieure, une loi du réel dans la période présente. Mais qui ne

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