‹ Les Récentes Théories Monétaires en France: Idée Quantitative et Conflit des MéthodesChapitre 53 sur 59 · SORTE · texte numérisé non relu

SORTE

voil que, plus les régularités s'appliquent à des périodes courtes, et par conséquent à des fails précis, plus les réactions psychologiques qui les provoquent se particularisent, el moins il devient légitime de croire à leur exacte reproduction dans le moment présent.

Par exemple Simiand montre dans son « Cours » que dans les principales périodes cycliques d’essor économique, les profils augmentent plus vite que les salaires. En résultet-il qu'il en doive être périodiquement ainsi dans l'avenir ? Non, sans doute, si l’on pense que les réactions des catégories sociales intéressées peuvent être profondément et rapidement modifiées. par exemple, par le développement de l’action syndicale.

La science économique positive ne peut done prétendre nous donner par la seule constatation de régularités antérieures une connaissance assurée des faits économiques du moment présent.

Elle peul encore bien moins, croyons-nous, prétendre à fonder à elle seule une politique économique : la croyance à la répétition des fluctuations économiques à un sens pour les fluctuations de longue durée, parce qu’elles poslulent la permanence de Tendances psychologiques ayant en fait un caractère élevé de généralité: mais alors ces fluctuations concernent un cadre beaucoup trop vaste de temps et d'espace pour que le plus grand génie ou le plus grand despote puisse en faire la règle de son action. A l'inverse, les régularités qui pourraient être découvertes par rapport à de courtes périodes seraient trop relatives à un cadre particulier pour que l'homme politique puisse faire fond sur leur réapparition nécessaire.

Nous ne pouvons croire d'ailleurs qu'il n'y ait une contradiction entre une altitude aussi rigoureusement détermi-

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nisle que celle de Simiand el sa volonté de faire jouer à la science un rôle décisif dans la politique économique. Par rapport aux phénomènes naturels, science et action se lient sans difficulté parce que l’homme qui agit est extérieur à la matière qui subit son action. Mais dans le domaine des faits sociaux, est-ce que la connaissance ne modifie pas à elle seule le connu ? Si l’on supposail, par exemple que la connaissance des lois qui gouvernent les crises cycliques soit assez répandue et admise pour qu’elle puisse en constituer un principe de politique, est-ce qu'au même moment les tendances sociales dont les interactions forment le phénomène cyclique ne seraient pas profondément modifiées, par le seul fait que désormais chaque catégorie sociale peut connaître la répercussion de ses actions sur le développement de la vie économique ? Il y a contradiction, croyons-nous, entre le fait de proposer une connaissance déterministe des faits sociaux basée sur l’enchaînement de tendances sociales inconscientes de leur résultat final, et en même temps de préconiser une politique fondée sur la prise de conscience de ce déterminisme (15). En réalité, non seulement rien ne nous paraît garantir l'homogénéité de l’objet de la science économique el la répétition invariable des régularités qu'elle pourrait dégager, mais encore l’idée d'une politique fondée sur la science des rapports économiques nous paraît contredire ce caractère d’homogénéité.

Nous acceptons donc volontiers la plupart des conclusions de Simiand sur les fluctuations interdécennales de la vie économique et principalement son interprétation du mou-

vement de longue durée des prix. Mais nous rejetons l'idée

(15) À moins que l’on considère que la politique se réalise tout à fait indépendamment de l'opinion publique.

suivant laquelle l'alternance des phases est une condition nécessaire de l’évolution économique et les vues d'application qui découlent de cette idée, chez notre auteur. Nous rejetons bien davantage encore la prétention de la méthode positive à fournir une connaissance intégrale de toutes les dépendances entre les phénomènes économiques, dépendances qui devraient nécessairement se reproduire d’une manière invariable et auxquelles la politique économique devrait strictement se soumettre.

C'est dire que nous ne considérons pas, comme Simiand, que toutes les méthodes employées, en dehors de la « méthode positive », pour la connaissance des faits économiques sont sans valeur. Nous essaierons de montrer comment elles pourraient, peut être, non s'opposer, mais se lier entre elles et avec la « méthode positive ».

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