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LES INCERTITUDES DES THÉORIES « RÉALISTES

La plupart des théories monétaires que nous avons examinées s'opposent très nettement aux théories mécanistes au lieu de chercher à dégager des rapports abstraits entre des facteurs plus ou moins arbitrairement définis, elles s'efforcent de faire comprendre les phénomènes monétaires suivant un mode de pensée plus concret. Elles ne sont pas moins éloignées de l'esprit positiviste de Simiand puisqu'elles ne sont en aucune façon inspirées par le même dédain de la théorie, et font usage à la fois de l'induction et de la déduction. M. Nogaro a parfaitement exprimé cette préoccupation de ne pas sortir du cadre de la pensée courante, et d'employer une méthode complexe, en parlant de « théorie réaliste » de la monnaie. Pourtant, à des titres divers le même souci se rencontre chez M. Rist, M. Aftalion, ou M. Lescure.

De ce point de départ commun nous constatons cependant combien les divergences sont grandes entre les théories : elles ne tiennent pas, semble-t-il, au caractère traditionnel ou novateur que les auteurs ont voulu donner à leurs théories. M. Rist aime à se présenter comme le défenseur d’une très ancienne tradition dans la théorie monétaire. Et il demande que l’on ne jette pas par dessus bord les principes dégagés par les classiques. M. Aftalion et Nogaro, au contraire, dès le point

de départ de leurs travaux s'attaquent aux (héories classiques, parce qu'ils les considèrent comme purement déduclives ou du moins fondées sur des observations trop différentes. des faits modernes.

Pourtant il ne faudrait pas exagérer le caractère abstrait des théories construites par les grands classiques. « Aucun d'eux, écrivait Marshall, ne s'est plu à édifier de longues chaînes de raisonnements déductifs sans se référer à l’observalion directe » (1).

Sans doute certains de leurs disciples ont pu généraliser indûment les rapports découverts. Mais à priori, il ne semble: pas que les phénomènes monétaires actuels diffèrent d'une manière assez essentielle des faits passés pour qu’il faille renverser totalement les principes d'explication. Du reste beaucoup posent aujourd'hui un problème, celui des mouvements de longues durée des prix, qui englobe à la fois les faits du débuts du xix° siècle et les faits actuels.

La théorie monétairé devant rendre compte de nouveau des phénomènes observés par les classiques, ce n’est pas manquer à la méthode réaliste que de vouloir reprendre et prolonger en les adaptant les observations des premiers quantitativistes. En ce sens, M. Rist est aussi fidèle au réalisme que M. Nogaro. |

La divergence entre nos théories ne nous paraît donc pas tenir dans le conflit classique-anticlassique, déductioninduction; elle apparaît dans la nature même des explicalions proposées

Il s’agit d'expliquer les mouvements des prix, c'est-à-dire le phénomène le plus général dans lequel s'exprime le déve-

(1) Principes d'économie politique, trad. Franc. Giard, 1906, L102

nn

loppement de la vie économique, qui s’analyse elle-même en un ensemble de rapports de l’homme avec les biens et la monnaie. On peut penser d’abord que ce sont les réactions psychologiques de l'homme qui jouent le rôle principal : la confiance ou la crainte modifiant profondément la valeur attribuée aux biens relativement à la monnaie sont capables d’entrainer à leur suite tout le dynamisme de la vie économique. Ceci conduit à des explications psychologiques des mouvements de prix.

D'autres, au contraire, mettront en évidence les résultats obtenus par l’homme dans son effort pour la production et la distribution des biens. C’est le volume et la nature de biens produits, les obstacles mis à leur distribution qui détermineront principalement les prix. Le fonctionnement même du système de production et de distribution étant ici mis en cause nous nous proposons d’attacher à ces théories le nom d'explications orgniques.

Enfin l’on peut concevoir qu’en créant la monnaie l'homme s’est asservi lui-même et que ce sont les modifications de la masse de monnaie el ses déplacements qui déterminent les mouvements des prix. On a dans ce cas des explications monétaires.

Une certaine unanimité s’est faite entre les auteurs pour adopter dans quelques cas une solution éclectique. C’est ainsi qu'à l'égard des mouvements désordonnés des prix dans l'après-guerre, on admet généralement une action combinée de causes monétaires et de causes psychologiques. La multiplication des signes monétaires a joué un rôle dans les dépréciations en même temps que les facteurs psychologiques de défiance quant à la valeur future de la monnaie.

Mais la divergence apparaît déjà entre les théories monétaires si nous considérons que M. Rist voit dans les phénomènes d’après-guerre des cas pathologiques où l'influence de la monnaie est provisoirement supplantée, tandis que pour M. Aftalion ce sont eux qui mettent le mieux en évidence le mode normal de détermination des prix par les revenus et les facteurs psychologiques.

L'on peut bien dire, en effet, que chacun de nos auteurs dans l’ensemble de son œuvre donne la préférence à une catégorie d'explication à l'exclusion des autres. M. Rist affirme la dépendance des prix nationaux à l'égard de la masse d’instruments monétaires en circulation dans le pays. De là, il remonte au lien qui unit le mouvement mondial des prix et la production de l'or: Les explications monétaires prévalent. M. Aftalion voit dans le mouvement des prix un phénomène de spontanéité psychologique. Cette spontanéité peut bien être parfois guidée, à travers les revenus, par la circulation monétaire. Mais ceci n’est qu'un facteur entre beaucoup d’autres et jamais une limite : Les explications psychologiques sont au premier plan. M. Nogaro ne croit pas à la prépondérance de causes générales dans le mouvement des prix. Ou bien celui-ci n’est qu'une moyenne de mouvements de prix particuliers dont la source doit être cherchée dans les conditions de production et de distribution des différentes marchandises, ou bien il s'explique par la solidarité naturelle des marchés. M. Leseure attribue également l'impulsion initiale au succès d’une branche de production déterminée. Comme M. Nogaro, il est partisan des explications organiques.

Les mêmes divergences se retrouvent sur le plan de la prévision et de l’application. Ceux qui tiennent pour les explications monétaires s’attacheront principalement à l'étude des conditions de la recherche et de l'exploitation des mines d’or, et encore du fonctionnement des organismes distributeurs de l'or, les banques d'émission. Ceux qui défendent les explications psychologiques mettront l’accent sur la nécessité de stabiliser les conditions de la vie politique. Ceux qui croient à l'influence initiale des facteurs organiques se pencheront surtout sur l'étude de la production et des marchés et aussi sur le fonctionnement des entreprises productives avec les conditions de profits qui en déterminent la marche.

Sur des périodes courtes et de grand bouleversement économique, le conflit perdra peut-être un de son acuité. Les irois éléments de détermination des prix variant chacun avec une grande amplitude, à un rythme désordonné, on admet plus facilement que les antécédences ne soient pas régulières. Tantôt la quantité de monnaie en commande la valeur et tantôt c'est l'inverse. Tantôt encore la surproduction entraîne directement la chute des prix.

Mais si l’on regarde l’histoire des faits économiques de plus haut, si l’on s'attache au problème désormais classique « des mouvements de longue durée des prix », les oppositions apparaissent. Pour les uns, ce phénomène est capital, il exprime le mode par lequel la production de l'or donne au développement économique son caractère majeur. Pour les autres, au contraire, la production de l'or n’est qu'un facteur parmi beaucoup d’autres. Les hausses et baisses de prix de longue durée restent des phénomènes incertains et imprécis. Il ne convient pas de leur attribuer ce caractère dominant par rapport aux autres mais plutôt de les considérer comme le résultat de réactions économiques

très complexes. Nous voudrions examiner s'il est possible étant donné les moyens mis en œuvre dans les théories « réalistes » en vue de la solution de ce grand problème, de prendre parti dans la controverse, avec une entière certitude.

Les auteurs que nous avons étudié ont tous cherché à apporter da vérification statistique de leur explication. Ghacun d’ailleurs a apporté une contribution de premier intérêt au progrès de la méthode statistique. Il suffit de rappeler que M. Rist dirige l’Institut scientifique de recherches économiques et sociales, que M. Aftalion est l’auteur d’un cours de statistique extrêmement précieux (1), enfin que M. Nogaro est actuellement titulaire de l’enseignement de la statistique économique à la Faculté de Droit de Paris.

Les uns et les autres se sont donc efforcés de confronter mouvements de la circulation monétaire et mouvement des prix par les méthodes les plus perfectionnées. Comment donc ont-ils pu arriver à des conclusions aussi divergentes ? C'est principalement, croyons-nous, parce que les vérificalions n’ont pas été poursuivies par tous dans le même cadre de temps, el surtout parce que les données statistiques sont incapables d’atteindre l’ensemble des facteurs désirés et surtout de les atteindre à des intervalles suffisamment rapprochés pour déterminer les antécédences.

M. Aftalion a basé son explication sur les faits d’après guerre en France. Il a montré avec une grande force que les facteurs psychologiques peuvent bouleverser entièrement l’action des facteurs monétaires et même entraîner ceux-ci à leur suite. En résulte-t-il qu’il en a toujours été ainsi ? Il faudrait dans ce cas renoncer à découvrir une véritable

explication du mouvement des prix. Car dire que les facteurs psychologiques sont prépondérants, n’est pas dire, en vérité, qu'il est impossible de trouver aux mouvements des prix une explication dominante. Nous serions plongés dans le domaine de l’imprévisible, de l’histoire.

M. Nogaro, pour la partie positive de sa démonstration, s’est. attaché principalement à l’évolution des prix agricoles de 1919 à 1935. S'il fallait généraliser les résultats de son étude, explication du mouvement général des prix ne pourrait être donnée qu'après celle des divers mouvements cycliques. On pourrait alors, soit considérer les mouvements séculaires des prix comme la résultante, le résidu de ces mouvements cycliques, soit rechercher dans les conditions de la productivité quelque facteur dominant capable de rendre compte de ces longues phases de hausse et de baisse alternées. On voit combien serait reculée la solution du problème.

Chez M. Rist, par contre, la vérification tentée s'étend à un cadre beaucoup plus large : celui d’abord de la France pour la période 1878-1910, puis le cadre mondial dans la période 1850-1936. Comment se fait-il dès lors que son interprétation n'ait pas emporté l’assentiment général ? C'est ici qu'il importe de mettre en relief l’inexactitude des méthodes stalistiques dans leur état actuel.

On ne se contente plus aujourd’hui de confronter avec le mouvement des prix les variations dans la quantité de monnaie métallique et de billets. L’équation de l'échange a été adoptée unanimement en ce sens que l’on ne pense pouvoir admettre l'explication quantitative qu’une fois vérifiées les modifications de tous ses facteurs. M. Rist a tenté celte vérification. Mais lorsqu'en 194 ïl écri-

vait son article sur la circulation monétaire et la théo-

rie quantitative, quels étaient les éléments statistiques certains dont il disposait ?

Du côté des prix, il utilisait l'indice des prix de gros de la statistique générale de la France. Du côté de la monnaie, les enquêtes de Foville sur le stock de monnaie métallique; il en déduisait la masse des pièces d’or françaises comprise dans l’encaisse de la Banque de France et y ajoutait le montant des billets en circulation. Ces évaluations sont d’un grand intérêt mais elles présentent le grave défaut d'être séparées par des intervalles de six années.

Ce qui est plus grave encore c’est que pour la monnaie de banque et la vitesse de circulation des divers instruments monétaires, M. Rist en était réduit à conjecturer qu'il ne s’est pas produit de « modifications notables » dans les méthodes de paiement. Il appuyait du reste cette affirmation par des calculs, poursuivant ceux de Des Essars, de l’'importance des virements, de la masse des effets compensés, de la vitesse de circulation des comptes courants dans les grandes banques; il indiquait que l’accroissement de ces facteurs est lié au développement de l’activité des affaires (c'est-à-dire, -pensons-nous, qu'il compense le facteur T de l'équation de l'échange) ; il concluait qu’ « en comparaison du progrès des instruments monétaires les autres changements dans les conditions d'échange et de paiement sont sans grande portée » (QE

Si nous nous reportons maintenant à l'interprétation de la chute des prix de gros 1925 publiée en 1936, nous y voyons que M. Rist prend comme indice des prix mondiaux, la courbe des prix de gros or de la France. Il admet à la suite du

(2) Essais sur quelques problèmes économiques et monétaires, p. 294.

Statisticien américain Snyder, que le taux d’accroissement des marchandises est constant. Enfin, cette fois, c'est directement le taux d’accroissement de la production de l’or dans le monde qui est comparé aux prix, suivant la méthode de Cassel. Mais nous n’avons toujours aucune indication sur le crédit ni sur la valeur de circulation de la monnaie.

Ces lacunes expliquent que M. Nogaro puisse apporter, notamment à son cours, de nombreux arguments contre l’explication monétaire du mouvement des prix. Il fait remarquer que pour avoir une vue exacte de l’évolution du stock métallique mondial, il faudrait prendre en considération à côté de la production de l’or, celle de l’argent, d’abord pour la période bimétalliste (jusqu’en 1873) et même ensuite car l’argent continue à « jouer un rôle monétaire important et conserve un pouvoir d'achat assez stable dans les pays monométalliste argent ». Il faudrait en second lieu pouvoir déterminer avec quelque précision l'importance relative de la production annuelle des métaux précieux affectée à des usages industriels. |

Ces objections sont sérieuses et M. Rist reconnaît luimême l'impossibilité d'y répondre (3). Mais M. Nogaro pousse plus loin sa critique: Il paraît aujourd’hui, dit-il, de plus en plus arbitraire de considérer que la progression du stock d’or — même du stock d’or monétaire — est un indice suffisant de l’évolution du stock monétaire total. Les faits récents indiquent, en effet, que la monnaie scripturale est largement indépendante de l'or. C’est ainsi que dans des pays riches en or, Etats-Unis, Suisse, Belgique, Afrique du Sud, Australie, les dépôts ont beaucoup fléchi dans les années 1929- 1932. De même, les variations de la vitesse de circulation pendant la dernière crise paraissent totalement indépendants

(3) Interprétation de la chute des prix depuis 1925, p. 18.

du stock monétaire. Certains documents même semblent attester une tendance à la compensation partielle entre le stock de monnaie de banque et la vitesse de cireluation (4).

M. Nogaro a donc mis en relief toutes les incertitudes qui s’attachent à la démonstration de la théorie quantitative dans l'état actuel des connaissances statistiques.

La conclusion la moins défavorable serait celle de M. Divisia suivant laquelle l'étude de la relation entre la production de l'or et les mouvements généraux des prix est « vouée par avance à demeurer incomplète » (5). Pourtant, les nouveaux éléments introduits dans la discussion par M. Marjolin ont fait franchir un grand pas à l'explication monétaire des mouvements des prix. Cependant, Ià encore, les facteurs monétaires ne sont pas saisis dans leur intégralité. La monnaie, le crédit, et surtout la vitesse de circulation, ne sont saisis que dans des expressions partielles (6).

Ces insuffisances pourraient bien être irrémédiables si nous en croyons les spécialistes de ces déterminations statistiques. Un article de M. Jules Denuc, Essai de détermination de la circulation monétaire annuelle en France de 1870 à 1913, publié en 1932 (7), ne montre pas de progrès décisif sur les méthodes d'avant guerre. D'autre part, M. Roulleau, dans une communication récente sur la Vitesse de circulation de diverses formes du stock monétaire (8), conclut à

(4) Aperçu de la situation monétaire, vol. I, $. D. N., 1936, p. 16 et p. 41.

(5) Economique ct statistique. Revue d'économie politique, pr. 932 et p. 1460.

(6) M. Marjolin souligne lui-même les imperfections de ses indices. Cf. : L'activité économique, p. 127 (note 1).

(7) Bulletin de la $. G. G., avril-juin 1932:

{8) Journal de la Société de statistique de Paris, avril 1937.

on

l'impossibilité de déterminer une vitesse générale de la circulation.

Supposons pourtant que les stalisticiens soient trop pessimistes et que la démonstration entreprise par M. Marjolin puisse être achevée. Nous devons douter encore qu’elle puisse recueillir l’assentiment unanime. En effet, ce qu'elle pourrait établir c’est une corrélation entre les mouvements généraux des prix el des facteurs de l'équation de l'échange. Mais les slatisticiens ne sont pas d'accord quant à la portée démonstrative qui doit être attribuée à la corrélation. M. March écrit bien que « la corrélation de deux phénomènes implique l'existence d'un lien de causalité direct ou indirect » (9). Mais, pour M. Aftalion « l'existence d’une corrélation entre deux phénomènes n'implique pas entre eux une causalité certaine » (10). Pour M. Divisia, enfin, « la constatation d’une covariation ne commence à présenter quelque intérêt que si elle se manifeste sur un grand nombre de variations dans les deux sens » (11). Il ne semble pas que l'explication monétaire des mouvements de prix puisse facilement réaliser cette condition.

Admettons cependant que la corrélation prouve le lien de cause à effet, il faudra encore dire dans quel sens joue ce rapport, quel terme est cause et quel terme est effet. Dans le problème qui nous occupe. poser une telle question pourrait paraître naïf. Peut-on supposer que le mouvement des prix commande l'extraction de l'or qui dépend principalement des découvertes de gisements ? Quoique Wieser ail soutenu cette thèse, le bon sens paraît commander de suivre M. Marjolin lorsqu'il déclare que l'or n'étant pas relié au

(9) Les principes de la méthode statistique, Alcan, 1930, p. 590. (10) Cours de statistique, p. 183.

(11) Economique ct statistique. Rev. d'Econ. Pol. 1932, p. 1465.

reste de la vie économique est évidemment le facteur causal (12). Mais lui-même reconnaît que cette affirmation ne s’impose que pour les deux périodes du xIx° ou la production de l'or dépend principalement de la découverte de gisements et qu’elle ne s’imposerait plus aujourd'hui. Dès lors la portée de l'explication monétaire n'est-elle pas considérablement diminuée. En particulier l'interprétation de la chute des prix depuis 1925 donnée par M. Rist ne manquera-t-elle pas d'une base solide, si l’on devait admettre que les fluctuations dans la production de l'or pendant et après la guerre ont été déterminées par les mouvements des prix.

En réalité sur le terrain de la corrélation statistique nous ne serions pleinement convaincus que par la constatation l’antécédence régulière d’un facteur sur les autres. Dans son premier article M. Marjolin paraissait s'orienter dans ce sens. Il soulignait l’antécédence de l'accroissement de la production de l’or sur les prix, avec un intervalle variant de 3 à 6 ans (13). Mais nous demanderions aussi à constater les rapports d’antécédence ou de succession des autres facteurs : transactions, crédit et peut-être vitesse de circulation. Faute de données suffisamment rapprochées les unes des autres, cela est impossible. D'ailleurs la question de l’antécédence n'intervient plus comme élément de preuve dans le seeond article de M. Marjolin. Elle est remplacée par une théorie, nous l'avons vu.

De la statistique, nous sommes donc ramenés à la théorie sans avoir rencontré une raison absolument décisive de donner la préférence à l’une des explications proposées (2).

(12) Or, prix, crédit, p. 2.

(13) Idem, p. 4.

Les méthodes réalistes, dans lesquellles se mêlent intimement l'induction et la déduction, la statistique et la théorie, sembleraient ainsi aboutir à des constructions presque ésotériques, parmi lesquelles chacun choisira suivant la pente instinctive de sa pensée, ou du moins la racine la plus profonde de sa formation d'esprit. La tendance à choisir dans une complexité de phénomènes le facteur unique qui domine les autres et dont précisément on puisse se servir pour les diriger, le contact avec les économistes classiques tellement imprégnés de ce goût de l'essentiel serait des mobiles plus ou moins conscients qui pousseraient à adopter l'explication monétaire. Au contraire le sentiment profond de l'irrationnalité introduite dans la vie économique par les facteurs humains, le goût de l’analyse psychologique, la fréquentation des marginalistes, conduiraient à préférer les explications psychologiques ou historiques du mouvement des prix.

Cette conclusion donnerait une conception bien pauvre de la science économique : nous ne croyons pas qu’il faille s’en contenter. Il suffirait peut-être de modifier quelque peu la manière de poser les problèmes pour que les oppositions se résolvent.

Nous dirions volontiers que si aucune des interprétations proposées ne parvient à triompher absolument c’est qu’elles contiennent toutes une part de vérité, qu'elles doivent donc se concilier.

Sans doute sur le problème de la cause initiale des mouvements de prix de longue durée, il faut choisir entre les interprétations monétaires et non monétaires. Mais en dehors de cette question, il reste tout un domaine où diverses interprétations pourraient coexister et même s'appuyer mutuellement, comme nous essaierons de le montrer.

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