UT CR
entre 1921 et 1925 et 5 % avant guerre entre pays à circulation métallique. Ceci confirme bien l'existence de points de marchandises, limites maxima des disparités.
Mais il s’agit de savoir s’il existe bien comme le révèle la théorie un mécanisme qui assure la stabilité du change entre certaines limites, et avec elle l'équilibre de la balance des comptes. Il serait impossible de chercher dans les faits une vérification de cette stabilité du change. Nous avons vu qu’elle suppose un état stable des prix dans les pays considérés, condition qui est de moins en moins réalisée du fait des manipulations monétaires. La vérification de M. Rueff porte sur la tendance à l’équilibre de la balance des comptes. Il se propose « d'étudier les phénomènes consécutifs à la modification rapide d’un des facteurs de l’équilibre d'une balance des comptes » (56).
Il prend, en premier lieu, le cas de « la disparition des crédits politiques dans la balance des comptes de la France en 1919 » (57). De 1945 à 1918, une disparité positive considérable avait pu s’introduire des prix français aux prix américains. En effet, les produits importés des Etats-Unis étaient payés, non au moyen de monnaie américaine achetée sur le marché des changes, mais à l’aide des crédits consentis à la France par les Etats-Unis. Cette disparité atteint + 0,34 en 1918. Les crédits cessant brusquement après l’armistice, la balance va se trouver totalement déséquilibrée si les mêmes tendances demeurent à l'importation de marchandises des Etats-Unis. Mais nous voyons justement que ces tendances ont dû être brutalement freinées, puisque l'équilibre de la balance se rétablit, et freinées par des mouvements des prix conformes
(56) Idem, p. 289.
(57) Idem, p. 289 ets.
à notre théorie du change puisqu'en 1920 nous trouvons la disparité des prix français par rapport à ceux des Elais- Unis retombée à 0,25.
M. Rueff considère en second lieu les éléments de la balance des comptes de la France avant et après la guerre. Avant la guerre, la balance commerciale de la France est en déficit. Mais ce déficit est compensé par les revenus des placements à l'étranger. Ces revenus disparaissent à la suite de la guerre et d'autre part, il semblerait que le déficit de la balance commerciale devrait augmenter, puisque la France est très atteinte dans ses forces porductives et doit reconstituer une partie de son territoire. Et pourtant ce déficit en 1921-22 se trouve réduit de 50 % par rapport à 1913, assurant ainsi l'équilibre de la balance des comptes. C’est que le jeu des disparités de prix a été plus fort que toutes les sollieitations à l’importation de marchandises. Le même phénomène serait encore vérifié dans d’autres pays pour d’autres périodes, par exemple aux Elats-Unis après l'application du tarif Fordney en 1922 (58).
Toutes ces vérifications, à.la vérité, sont indirectes. Et il n’est pas possible de concevoir, dit M. Rueff, la vérification directe qui consisterait à rapprocher pour un pays les variations de la disparité moyenne des prix étrangers de celles de la balance des comptes, faute de pouvoir atteindre tous les éléments de cette balance de comptes. Mais en cela, poursuit notre auteur, notre théorie est soumise à la même infériorité que les théories physiques : la théorie moléculaire, elle aussi, ne peut être vérifiée que par ses conséquences (59). La théorie du change doit donc être tenue non seulement
(58) Idem, p. 305--314.
(59) Zdem, p. 314-315.
Un: 1e
pour vraie dans son principe, mais comme rigoureuse dans son application (60).
L'ouvrage que nous venons de résumer est, répétons-le, un traité de statique monétaire. Pourtant il laisse deviner, queïquefois, la position de son auteur sur le plan dynamique, c’est-à-dire par rapport au problème des causes des mouvements des prix. M. Rueff, nous l'avons vu, rejette la théorie quantitative simpliste, c’est-à-dire que selon lui, pour l'interprétation des mouvements des prix dits de courte durée par opposition aux mouvements séculaires, la quantité de monnaie n'est pas la seule cause à retenir. Elle est une
(60) Peu après la parution de son livre, M. Rueff en faisait l'application à un problème de politique monétaire internationale : le problème des transferts de monnaie en vue du palement des réparations. (L'Information, 7-8 nov. 1928 : Une erreur économique, l’organisation des transferts). On se préoccupait à cette époque de faire face à ce qu’on croyait être l'impossibilité pour l'Allemagne de payer er raison de l'épuisement de ses réserves d’or, puis de la dépréciation indéfinie de sa monnaie que semblaient devoir provoquer les transferts de valeur de l’Allemagne vers les autres pays — ces transferts créant une offre supplémentaire de marks sur le
sarché des changes, non compensée par une offre de monnaie étran-
gère. M. Rueff répond que la solution du problème est automatique ; l’entraver par l’organisation des transferts est donc une erreur économique.
En effet pour quelque cause que se produise un déséquilibre dans la balance des comptes, il doit automatiquement en résulter des disparités dans les prix qui créent des mouvements de marchandises rétablissant cet équilibre. Si done on avait obligé l’Allemagne à payer, les prix allemands auraient baissé dans la mesure des paiements et dans la même mesure seraient nés des mouvements d’exportations de l'Allemagne, lesquels auraient fourni à ce pays les moyens financiers de continuer les paiements. « Ce sont les transferts effectifs, dit M. Rueff, qui font à chaque instant les possibilités de transferts ».
des causes cependant et ne pourrions-nous déjà soupçonner quelle part effective notre auteur lui donnera, quelle utilisation il fera de l’idée quantitative ?
La théorie du change
et l'idée quantitative.
La théorie du change nous permet, semble-t-il, de l’entrevoir, car elle inclut certains rapports dynamiques : les mécanismes qui doivent assurer constamment le rétablissement de l'équilibre du change. Parmi ceux-ci nous avions trouvé d’abord, dans le cas de circulation métallique, l’action des entrées et sorties d’or sur les prix. Finalement M. Rueff lui a substitué l’action du taux de l’escompte.
Mais si nous passons au cas du cours forcé; il nous paraît capital de remarque que, dans la théorie du change de notre auteur, les prix sont nécessairement un facteur passif dans l'équation des échanges et qu’en particulier ils ne peuvent être modifiés directement par les variations du change.
On nous dit, en effet, que la hausse du prix du franc en livres rend les marchandises anglaises moins chères en France (ce qui doit conduire à une baisse du franc). Mais cela n’est vrai que si les prix français dans le même moment ne montent pas. M. Rueff le reconnaît puisqu'il pose comme condition qu'il n’y ait pas de « cause permanente des variations des prix ». Cette hypothèse est justifiée si l’on admet que les prix ne varient que sous l’impulsion des facteurs de l'équation de l’échange, car ceux-ci paraissent sans rapport avec le change. Elle ne le serait plus, au contraire, si l’on considérait les prix comme un facteur autonome, au même titre que les autres, qui pourrait alors être influencé directement par le mouvement du change.
EN
Notre auteur postule l’inertie des prix devant les variations du change parce que le niveau des prix est, selon lui, la simple résultante des modifications de la circulation monétaire, au sens large. Il adopte ainsi l’une des bases de l'idée quantitative, puisque les causes du mouvement des prix sont, dans sa conception, strictement limitées aux facteurs de l'équation de l'échange. Il ne s’agit plus que de savoir quelle place fait notre auteur, parmi ceux-ci, à la quantité de monnaie proprement dite. Certains de ses travaux, nous donnent dès maintenant des indications à ce sujet.
La théorie de l'inflation.
Plusieurs années avant la parution de son ouvrage « Théorie des phénomènes monétaires », M. Rueff avait construit, à partir de l'équation des échanges une théorie de l’inflation » (61).
Si l’on considère, dit-il, les courbes qui représentent les variations du montant nominal de la circulation de billets de banque dans les pays qui ont fait face d’une manière prolongée au déficit de leur budget par l'émission de papiermonnaie, on est frappé de « la similitude de forme qu'elles révèlent ». Confrontées pour la France, l'Italie, l'Allemagne, la Pologne et l'Autriche dans les périodes d'inflation d’après guerre, toutes ces courbes présentent les caractéristiques de celles que dans les sciences physiques on appelle « courbes exponentielles ».
M. Rueff pense que ce phénomène peut être défini d’une façon précise à partir de l'équation des échanges. Il faut
(61) « Sur une théorie de l'inflation », Berger-Levrault.
d'abord supposer que dans les périodes considérées la vitesse de circulation de la monnaie et l’activité des transactions restent constantes. On a donc une proportionnalité entre les variations des prix et celles de la quantité de monnaie. On a P M | (alive joue rigoureusement
= une constante, ce qui exprime que la théorie quanti-
D'autre part, étudiant l'inflation en France entre 1915 et 1920, M. Rueff découvre que les avances annuelles de la Banque de France à l'Etat, si on les divise par l'indice des prix de gros, apparaissent comme sensiblement égales chaque année. À supposer que l'augmentation des avances de la Banque soit l'unique cause de l'augmentation de la cireulation-billets (et M. Rueff justifiera cette supposition), nous pouvons dire que l'Etat trouve dans l’augmentation des avances une quantité de pouvoir d'achat constante dans
Punité de temps.
De ces différentes constatations et suppositions, M. Rueff tire une équation différentielle qui donne pour chaque instant la valeur de M, de la quantité de billets en circulation. Or, il se trouve que cette valeur s'exprime bien dans une fonction exponentielle. Nous pouvons donc dire que nous avons découvert la loi des variations de M dans un ensemble de conditions qui se résument en
2) Le pouvoir d'achat recherché par l'Etat dans lunité de
une constante;
temps est constant.
Passant à l'étude des autres pays, M. Rueff constate qu’en effet, chaque fois que ces deux conditions sont remplies, M
varie suivant la fonction définie. C’est le cas de l'Italie de novembre 1917 à décembre 1920, de l'Allemagne de 1919 à avril 1922, de la Pologne de juillet 1920 à mars 1923, de l’Autriche de juillet 1920 à septembre 1921.
Au contraire, dans les périodes d'inflation où nos deux conditions ne sont pas remplies, la loi n'est pas vérifiée. C’est le cas de l'Ttalie de 1915 à 1917, parce que le montant du pouvoir d'achat demandé à l'inflation augmente sans
cesse. C’est le cas de l'Allemagne après avril 1932, époque à
P laquelle le rapport y Ces d’être constant parce qu'il y à
fuite devant la monnaie. Il en est de même pour la Pologne après mars 1925, pour l'Autriche après septembre 1921.
Cette théorie de l'inflation ne nous montre-t-elle pas déjà que l’idée quantitative tient une grande place dans la pensée de notre auteur ? Certes on ne pourrait affirmer selon sa théorie que les varialions de la quantité de monnaie déterminent toujours le mouvement des prix. Mais elles le déter-
minent cependant, et à elles seules, dans des cas fréquents.
La prévision et la correction
du mouvement des prix.
L'utilisation de l’idée quantitative ne se limite pas dans l’œuvre de M. Rueff à l'explication du mouvement des prix. Elle est aussi, selon lui, une base pour la prévision et la cor-
rection de ce mouvement.
En terminant son travail sur la (théorie de l'inflation.
M. Rueff écrivait : « La connaissance de la théorie du phénomène nous eut permis, dès le moment où il était arrivé à un
DR pe
état de régime et où par suite on pouvait en déterminer les constantes, de prévoir, toutes conditions égales, le rythme de l'inflation, le montant de la circulation à un moment quelconque et approximativement le niveau général des prix » (62). Or l’une des « constantes » dont il est parlé, est la proportionnalité entre les variations de la quantité de monnaie et celle des prix. L'idée quantitative est donc ici conçue comme un instrument de prévision quant au mouvement des prix.
Mais examinons encore un rapport plus récent de M. Rueff au Comité financier de la $S. D. N. qui s'intitule : « Les flucluations anormales du pouvoir d'achat de l’or » (63). Notre auteur y met en évidence, d’abord, les causes des variations du niveau général des prix. Celui-ci, dit-il, varie seulement
1) En raison directe de la demande totale constituée par les unités monétaires consacrée au achats;
2) En raison inverse de l'offre totale des quantités offertes (64).
Ceci nous confirme l'existence chez M. Rueff de cette conception passive des prix qui introduit, en quelque sorte, l'idée quantitative. Mais il se préoccupe surtout, dans le rapport que nous étudions, d'indiquer les moyens de stabiliser le niveau général des prix. Cela est possible, dit-il, en régime de « gold exchange standard » par une action sur le montant des crédits consentis. Il indique un certain nombre de procédés déjà employés ou qui pourraient l’être : modification du taux de l’escompte, modificalion de l’encaisse de la Banque d'émission, du pourcentage de couverture des crédits,
(62) Sur une théorie de l'inflation, p. 22.
(63) S. D. N. Documents sélectionnés soumis à la Délégation de l'or du Comité financier. Genève, 1930.
(64) O5. cit, p. 45.
open market, limitation des crédits consentis par les banques privées. Dans tous les cas il s’agit en somme d’une modification de la quantité de monnaie en circulation, et M. Rueff entre ici dans la voie des doctrines américaines de monnaie dirigée, dont on sait combien elles s'appuient sur l’idée quantitative.
Certes M. Rueff nous prévient que tel ou tel procédé pourra avoir une action sur la vitesse de circulation, par exemple, et viendra modifier l'effet prévu. Il n’en reste pas moins vrai que le jeu de la quantité de monnaie sur le niveau des prix lui paraît pouvoir être mis en œuvre d’une manière assez indépendante pour devenir un instrument de stabilisation des prix.
J. Rueff et l’idée quantitative.
C’est dans cette perspective pratique que nous pouvons juger le mieux du rôle de l’idée quantitative dans la pensée de M. Rueff. Selon lui, les prix se forment passivement sous l’action d’un nombre de facteurs strictement limité : quantité de monnaie, vitesse de circulation, activité des échanges. Les prix sont done soumis à un certain nombre de lois rigoureuses ; l’une d’entre elles est la loi de l'influence automatique et proportionelle de la quantité de monnaie sur les prix. Elle n’est pas la seule loi, et c’est pourquoi M. Rueff rejette la théorie quantitative, mais elle est une loi dont les effets sont perceptibles dans le réel (elle sera done un instrument d'explication), dont les effets sont prévisibles (elle sera un instrument de prévision et de correction).
Quelle est l'importance de cette loi par rapport aux autres ? M. Rueff ne nous le dit pas encore. Nous ne savons pas quelle place fait M. Rueff à l’idée quantitative dans l'explication
générale des mouvements cycliques des prix et des mouvements de longue durée. Mais si nous remarquons que les applications qu'il a données de l’idée quantitative visent des mouvements de prix de faible durée dans la période récente, el que c’est précisément dans ce cadre que la théorie quanüitative a été le plus attaquée, nous ne pouvons nous empêcher de penser que M. Rueff, dans le conflit actuel des théories monétaires, fait bien figure de quantitativiste.
$ I — La théorie monétaire chez F. DIVISIA
Nous retiendrons ici, dans l'œuvre de M. Divisia, les articles sur « L'indice monétaire et la théorie de la monnaie », qu'il a donnés à la Revue d'Economie politique en 1925-26 (1). Le plan de cette étude se rapproche sensiblement de celui de l'ouvrage principal de M. Rueff. « Recherchant, écrit l’auteur, une définition précise de la valeur de la monnaie, nous croyons l'avoir rencontrée dans une formule qui nous semble expliquer de façon simple un certain nombre de propriétés de la monnaie. Enfin notre travail nous à paru projeter quelque lueur sur la notion, assez obscure de phénomène monétaire. » (2). En d’autres termes, M. Divisia a commenc* par dégager la formule de la statique monétaire, puis il a esquissé quelques-uns des rapports dynamiques qui lui ont semblé en découler.
La critique des indices des prir.
Le point de départ de M. Divisia, c'est la critique des divers modes de détermination de l'indice des prix. Depuis longtemps les économistes ont eu la notion, plus ou moins confuse, que les variations des prix, parfois énormes, étaient disproportionnées aux modifications des éléments réels de la vie économique. Si en 1928 la richesse de la France s’exprime en francs par un chiffre 5 fois supérieur à celui de 1913, il est évident que cependant la richesse du pays n’a pas
(1) 1925, p. 842 et s., 890 et s., 1121 et 4926, p. 49 et «.
{2) Revue d'Econ. pol. 1925, p. 842.
LVORE
quintuplé. On prit donc l'habitude de rapporter toutes les mesures effectuées à un « niveau général des prix », que l'on compare au niveau des prix d’une époque prise comme base. Pour déterminer ce niveau il a fallu choisir un certain nombre de prix et prendre leur moyenne. Cette moyenne traduite par le chiffre 100 pour la période de base et, pour les périodes postérieures, rapportées à la même échelle sera lindice des prix ou l'indice monétaire.
Avec le progrès de la statistique, on s’est attaché à choisir les éléments de cette moyenne de la façon la plus judicieuse, afin qu’elle exprime de plus près la réalité. Le procédé le plus employé a consisté à pondérer l'indice, c’est-à-dire à affecter le prix de chaque marchandise choisie d’un poids exprimant son importance dans les échanges.
M. Divisia se demande si ces procédés sont rigoureusement valables, si vraiment ils expriment avec exactitude les variations purement nominales des prix, les variations corrélatives à celles des facteurs monétaires. En somme toutes les méthodes de détermination de l'indice reposent sur ce postulat que l'opération de calcul de la moyenne élimine les variations de prix dues à des causes autres que les facteurs monétaires. Elles supposent qu’à un moment donné il y a autant de prix en hausse pour des causes proprement économiques, et dans les mêmes proportions, que de prix en baisse pour des causes proprement économiques. Elles reposent toutes sur « l’hypothèse d’une distribution normale des écarts de prix » (3). Ou bien d’un autre point de vue l’indice repose sur cette idée que les facteurs purement économiques de détermination des prix étant inchangés, et une cause monélaire entrant en jeu, tous les prix s'ébranleront
(3) Op. cit., p. 860.