S'atena, t. IV
UKE CHASSE A LA aLYAME. 2^.'i
rappelait sa couvée, ou du perroquet qui s'envolait en piaillant.
•• Gai, disait un des Voyagent qui s’était arrêté, c’est un merveilleux pays ; mais, si belle que soit la route, elle devient longue lorsqu’il faut la ftiredeux fois, et vous avez à parcourir tout le chemin que nous avons déjà fait. Je no souffrirai pas que vous vous écartiez davantage de chez vous; j’approche du but de mon voyage. Le sentier est tracé, et il y aurait à moi trop d’indiscrétion à permettre que vous vinssiez plus loin ; c’est avoir déjà abusé de votre amitié que de m’être laissé conduire jusqu'ici.
— Au moins, dit le créole, un de mes nègres, Actéon, vous suivra.
— A quoi bon ? remmenez-le ; vous pouvez avoir besoin de son service, et moi je n’ai rien qui m’embarrasse. Vdtre obligeance a tout prévu. Mes effets ont tous d’avance été portés à la Garoliner
— Mais votre carhier ?
— 11 est vide, et d’ailleurs, fût-il plein, un carnîer ne pèse jamais sur les épaule^ d’un chasseip*.
— Et votre fusil ?
— Mon fusil, c’est une partie de moi-mê«e.
— Qui tiendra vosehiens?
— Ils sont dociles ; ils obéissent tous les deux à
ma voix. *
— Allons 1 fit le ci*éole, puisque vous le voulez
absolument, je n’irai pas plus loin; d’aiUeurs vous êtes presque arrivé. Quand vous aurez gagné cette petite éminence que vous voyez à une demUlieue, vous apercevrez les toits de la Caroline. Adieu ! oar n.ous n’avons plus 'que Quatre heures de jour, j’ai besoin de me détourner de mon chemin pour \4siter une habitation voisine, et il faudra que je marche d’un bon pas pour retourner à 4a Gabrielie avant la nuit. Cependant j’ai promis d’être de retour ce soir; si je m’attardais, on s’inquiéterait. Yons m’excuserez auprès de M. Favart si je ne fais aujourd’hui qu’une partie de la route; j’irai bientôt lui rendre visite , mais je ne puis en ce moment quitter la plantation : vous savez, rien ne remplace l’œil du maître. Adieu ! ne vous écartez pas, vous risqueriez de vous égarer.
— Oh 1 répliqua l’Européen ■ avec ce petit air sufûsmit que nottt avons, noos autres gens de France, ot que nous ne perdons pas en passant dans un autre hémisphère, est-ce qu’un chasseur se perd jamais ? Je gagne cette petite élévation ; de là j’aperçois les eaux de la rivière de Roura,ja Caroline, et je suis arrivé.
— Au revoir donc, ajouta le créole, et que Dieu soit avec vous pendant le reste de votre voyaîg& 1
— Je fais pour vous un vœu semblable, » dit Ernest : c’était le nom du Parisien.'
Los deux amis se serrèrent la main, puis ils
UlfB CHASSE A LA «CYANB.
p’^ignérent en se Fetournant de temps à autre pour s’envoyer encore un adieu.
Le Français n’eut pas plus tôt fait un millier de pas qu’il commença à s’ennuyer de sa solitude. Use ipità parler à sps chiens. • Allons! Ravaude, qu’as-tu à flaira ainsi? va, ma belle « ce sontde vieilles passéesv.... ki ! cria-tr-il à l’autre chien.... Ici, Faro.... ici, derrière.... » Mais le chien ne l’écoulait plus ; il était parti le nez collé à la trace ; puis tout à coup n s’^it mis à donner de la voix, et Ravaude l’avait suivi... • R aérait curieux j dit Ernest en armant son hisil , que les chiens me fissent tuer malgré moi quelque pack ou quelque agouti. > Il regarda sa montre. » I] me reste plue de trois grandes heures de jour, et je n’ai plus que pour quelques instants de marche ; je puis sans inconvénient m’arrêter un peu. » de disant, il tira son coutela et abattit les hanes qui lui barraient le passage ; il pénétra sous bois et gagna une clairière vers laquelle il lui' semblait ' que la chasse se dirigeait; il s’y était à peine placé, qu’à cent pas de lui il vit bondir devant les chiens un kariakou, cette antilope du Nouveaiu-Monde. « Oh 1 ma cbarmimtegazolle, s’écria-t-il, comme il serait glorieux pour moi de îaâre à la Garonne une entrée triomphale en te portant sur mes épaules! Oh ! ma charmante gazelle , tes jambes fines et légères^ne te soustrairont pas à ma poursuite; mon jarret est de fer et mes chiens sont bons.... Ra-
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riakou , mon bel ami , vous viendrez ce soir à la Caroline. »
II y avait pins de deux heures qu’Emcst s’était élancé dans les grands bois. Il avait fôit tous ses efforts pour gagner les devants, de manière à pouvoir tirer le gibier; mais ils avaient été inutiles. En vain il avait couru, -perçant les halliers, franchissant les ravins; il n’avait pas même pu se maintenir à la suite des chiens, et dans sa course, il ne «?était pas aperçu qne le temps fuyait pHis rapide encore que la gazelle, il venait de s'arrêter. Il écoutait si le vent lui apporterait encore dans le lointain le bruit de la chasse; mais il n’entendait rien, absolument rien , pas un son , pas un souffle : là nature semblait morte. Il appela de toutes ses forces Ravaude et Faro, il tira en l'air des coups de fusil , mais leur bruit se perdit inutilement dans l’immensité des forêts. Alors il commença à s’apercevoir de l’imprudence qu’il avait commise; les rayons ne gUssaiéiit plus qu’ obliquement entre le feuiRage; encore quelques instants , le soleil allait disparaître sous l’horizon. Gomment allaif-il retrouver son chemin ? Goifimént se guider au milieu de CO dédale ? Gonhnent se reconnaître au milieu de ces lianes qui formaient autour dé lui un inextricable réseau ? Ici les tiges sarmenteuses du pacouvier descendaient des branches d*un arbre comme autant de légère colonnettes ; elles dessi-
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UltE cnxss£ A LA GGTAME.
naknt des arcades , des ogives; de gracieux porti> ques de verdure : mais qu’im{)ortail au ciiasseur , . si elles embarras^ieut son diemin 1 A. chaque pas U reoconlrait des arbres tombés de vétusté, des troncs renversés par l’orage. En venant, emporté par l’ardeur de la chasse , d les avait franchis sans les voir; maintenant ils < opposaient à sa marche des obstacles presque insunnontables. • Ah ! dk-il, j'ni bien peur de- ne pas souper ce soir à la Caroline. » Néanmoins il se mit courageusement en route. Il voulut retourner en arrière, mais à chaqne pas il s’ehibronillait davantage. 11 ne savait de quel côté se diriger. « Après tout, se dit-il, ce u’esl qu’une soirée à paær au' bivouac. Quand le vin est tiré, il faut le boire. > Sa résolution une fois prise, il se inif à -chercher l’endroit où il pourrait passer la nuit de la manière la moins incommode. Un vieil arbre, dont le tronc était creux, sembla lui offrir un asile convenable. Mais comme il se disposait à en élargir rentrée avec son coutelas, comme il écartait le bois ' '
pourri dont le sol était couvert, il tlt fuir un essaim venimeux de scolopendres. « Oh ! j’aurais eu là de jolis camarades de lit! Encore, dit-il en cherchant -un autre gîte, si mon carnier était plein, un bon -souper me donnerait des forces et du courage. J’ai là peut-être utie nourritut-e abondante; mais les poisons croissent à côté des plantes salutaires, et je ne connais pas les fruits dont ces forêts abondent. *
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Goutine il achevait ces réflexions, un ara aux plumes éclatantes s’abattit près deliri sur le sommet d’un latânier. 'o C’est laProvidence qui t’envoie, fit eu lui-inême le chasseur; on a bien raison de dire que le malheur u’est pas toujours à la'pdrte d’un pauvre homme. » Et son fusil jeta l’imprudent perroquet à bas ; puis il choisit une place pour passer la nuit.
U venait de s’asseoir, lorsqu’il sentit le picotement d’insectes qui se glissaient le long de ses jambes; il se leva, se secoua vigoureusement, et reconnut qu’il avait commis la faute de se poser près d’une fourmillière ; U s'éloigna' bien lâté en se félicitant de ne pas s’ètre endormi en cet endroit, car ce n’était pas le moindre des dangers qu’il pouvait courir. La grosse fourmi noire de la Guyane fait une morsure fort dangereuse ; la partie piquée enfle aussitôt. Le chasseur savait qu’un- esclave ayant eu le pied mordu par cette fourmi, on avait été dans la nécessité de lui couper la jambe, et il était mort à la suite de cette amputation. Les fourmis rouges ne sont guère moins terribles ; elles vivent en famiUes innombrables. Il serait peu prudent de se coucher sur le chemin qu’elles suivent pour aller à la pâture ; elles vous attaqueraient de toute part, dans le nez, les yeux, les oreilles, et on aurait bien de la peine à leur échapper. Il y avait peu de jours qu’un nègre, après avoir bu un peu plus de tafia que ne le permet l’ordonnance, s’était endoraqi sur le che-
ülfS CHASSE A LA GCVAHE. tSl
min; on l’avait retrouvé le -lendemain disséqué aussi bien iqu’ aurait pu le Ibire le plus habile préparateur, ...
Ernest se mit donc eu rX|uéte d’une autre place, et quand, après quelques instants de recherche> il eut trouvé un. endroit qui lui parut cmivenaUe, quand il eut bien visité tous les environs, il ramassa ' du bois pour entretenir pendant toute la nuit les feux . qui devaient le protéger contre l’attaque des bêtes féroces. Ces préparatifs étaient à peine achevés que le jour tomba brusquement : car, sous les tropiques, le coucher du soleil n’est suivi que de quelques minutes de crépuscule, et l’on passe presque sans intermédiaire de la clarté aux ténèbres. Alors il .sembla au chasseur que la forêt se remplissait de bruits. étranges; chaque buisson, chaque tronc d’arbre lui paraissait cacher un jaguar., un ocelot, un margay, qui rugissaient en cherchant du carnage. Le vent d’est, qui apportait le vent frais de la mer, ne souciait pas entre les branches sans qu’Ernest pensât au sifflement des reptiles. Occupé à plumer son souper, U s’interrompit plus d’une fois pour écouler s’il n’entendait pas derrière lui les grelots du boïcininga. Quelquefois, À. la lueur des feux qu’il avait allumés, il croyait apercevoir dans l’ombre le caïman qui ouvrait ses larges mandibules ; il croyait voir le tamanoir, cet ours qui sc nourrit de fourmis, étendre vers lui ses
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*î» UNE CHASSE A LA CUTANE.
bras armés de griffes puissantes ; il saisissait tout à coup son fusil, puis il le reposait en riant de ses frayeurs. Il attisait son feu, y mettait du bois. Il appelait ses ehiens; se demandait quel avait été leur sort. Âvaient-ils servi de pâture au jaguar, à quelque reptile , ou bien, plus heureux que leur maître, avaient-ils retrouvé leur chemin? Avaient-ils gagné une habitation ? s’étaient-ils réfugiés dans quelque carbet ? Il ne savait à quelle conjecture s’arrêter. Tout en réfléchissant, H regardait son souper, qui, suspendu devant le foyer' à l’aide d’une ficelle, se colorait lentement.
Tout à coup, il entendit d’horribles hurlements; cette fois ce n’était pas lùie illusion : il voyait à une' cinquantaine de pas deux points lumineux qui se mouvaient dans l’ombre ; c’étaient bien les yeux d’un jaguar; il prit son arme, fit feu. Le bruit de l’explosion soflit pour éloigner cet importun visiteur; mais il était d’autres ennemis , moins formidables, contre lesquels le chasseur avait plus de mal à se défendre : un nuage de moustiqires et de maringouins bourdonnaient en tourbUlonnant tout autour de la flamme ; beaucoup y périssaient , mais quelques-uns tombaient sur le chasseur, qui ne pouvait pas toujours éviter leur piqûre.- Il veilla pendant longtemps. La nuit était déjà bien avancée lorsqu’il sentit que la fatigue et le sommeil l’emporteraient sur sa volonté ; U attisa ses feux, y mit au-
tant de bois qu'ii leju^ea nécessaire pour que 4a flamme durât jusqu'au point du jour, plaça son coutelas nu à côté de lui, arma les deux coups de son fusil, et ferma les yeux, s’abandonnant à la grâce de Dieu.
Il faut avoir couché en plein air pour connaître ce malaise , ce froid , cette roideur qu’on éprouve dans les premiers moments du réveil, après une nuit passée au bivouac. Un sommeil com t , rempli d’inquiétude et souvent interrompu, n’avait pas entièrement dissipé la fatigue d’Ërnest, et n’avait qu’imparlaitement réparé ses forces ; cependant , quaqjd le chasseur se fut un peu secoué, quand il se fut un peu gratté, car la morsure des moustiques lui causait de cuisantes démangeaisons, et les tiques , ces acarus dont fourmillent les bois du Nouveau-Monde, ne l’avaient pas ménagé , il salua gaiement le soleil levant, ü ramassa son fusil , changea les capsules , visita sa gourde, tira de son carnier un de ces précieux fuseaux qu’on forme en roulant sur ellemême la feuille opiacée de la Havane, l’alluma aux charbons de son feu qui brûlait encore, puis se mit en route, se promettant bien de marcher droit son chemin et de regagner le plus promptement qu’il lui serait possible la plantation de M. Favart. Il n’avait pas de jalon pour indiquer sa route, mais il se dit: « La côte est à l’est; je n’ai qu’à marcher vers le soleil levant , et je ne tarderai pas à
rencontrer les savanes noyées qui couvrent te bord de la^mer ; alors je m’avancerai, comme hier, entré la savane et la lisière de la forêt, j’arriverai à la rivière de Roûra, et je surprendrai biwi mes bons hôtes de la Caroline en venant leur demander à déjeuner. »
Il se mit-donc bravement en route. H n’est pas • toujours aussi facile qu’on le pense de suivre mie ligne droite, quand on ne peut pas voir en même temps le point dont on part et celui où I’mi va , surtout lorsqu’on rencontre à chaque pas de nouveayx obsèdes ; ici c’était une masse de rochers, là un fourré impénétrable; il fallait les éviter, et, de détours en détours, Ernest s’éimrtait beaucoup de sa direction première- Quelquefois, en descendant au pied d’une eolUner, il trouvait le vallon, qui 1e séparait de la colline voisine , rempli d’eau qui , faute d’écoulement, avait formé des lagunes ou des marais impraticables. Son chemin se trouvait ainsi barré. S’il essayait de franchir ces obstacles,, il sentait son pied s’enfoncer dans une vase profonde ; il se rejetait en arrière, retournait sur ses pas, puis cherchait à s’orienter de nouveau. Dans nos climats tempérés, le soled est toujours un guide infaillible.
Il suffit de se tourner vers lui pour savoir qu’on a derrière soi le nord , qu’on a l’est à gauche ; mais dans un pays où le soleil darde .verticalement ses rayons, de quelque côté que vous vous tourniez, le
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soleil n’esl ni devant ni derrière vous, il est à plomb sur votre tête et ne peut que difücilen>ent servir à vous guider. Ainsi Ernest, ayant perdu sa direction première errait au hasard , faisant cent circuits , cent détours inutiles, commençait à trouver que le chemin était long et la route difticiie.
Le matin, en se mettant en route, il avait vu des nuées de perroquets qui se jouaient dans les arbres autour de lui^ il les avait dédaignés, il ne songeait alors qu’à retrouver son chemin; il avait vu des bandes de macaques qui prenaient leurs ébats au sommet des oulémaris et des sapotillers, U avait dédaigné ces jolis singes qui lui présentaient un gibier délicat : car, quoique le singe no soit pas généralement trësrgras, on le sert sur les meilleures tables; on met les têtes dans lé pot, et; quand les Européens ont vaincu la répugnance que dans le commencement ce mets leur inspire , ils avouent que c’est une bonne chose qu’une soupe au singe.
Maintenant que le chasseur marchait depuis plusieurs heures, il sentait les aiguillons de la faim. 11 cherchait quelque gibier', mais il ne -rencontrait plus rien. Le soleil était devenu brûlant; les perroquets étaient blottis à l’ombre ; les macaques se tenaient tapis dans les feuilles touffues du palmier, et 'Ernest ne rencontrait plus rien qui pût satisfaire son appétit. 11 y avait longtemps qu’il gravissait un terrain sec et élevé; il s’avançait l’œil au
2S6 -UNE chasse' A LA GUYANE.-
g-uel clicrchiNit de toute part, lorsqu’il aperçut dans les herbes quelque . chose qui lui sembla se mouvoir d’une manière lente. Il s’approcha, mais avec précaution, car il craignait de rencontrer quelque animal nuisible i il fut agréablement surpris en trouvant une inoffensive tortue de terre ; U la prit, alluiua du feu, et se mit à la faire cnire dans sa piïq)re carapace. Il était tout- occupé de cette opération; mais quand on est dans la solitude, lorsqu’on se sait entouré -de dangers, l’ouïe reste toujours aux aguets ; il semble que ce sens acquière une nouvelle finesse suivant qu’on eu a plus besoin. Il entendit assez loin un léger bruit dans les heriies, puis il aperçut jquelque chose de rouge qui glissait dans le feuillage; il arma son fusil, s’apprêta à faire feu ; mais ce qu’il avait aperçu s’était blotti derrière un tronc d’arbre, et il entendit une voix qui lui criait : Banaré !. banaré ! Ernest avait eu plus d’une fois l’occasion d’entendre ce mot qui, dans la langue des Oalibis, signifie ami ou compère; il baissa donc son arme et vH un sanvage s’avancer vers lui. Nulle cicatrice, nui» tatouage n’avait défiguré te visage ce cchii-ci; il ne portait pour tout vêtement qu’un petit pagne' de toile bleue ; sa peau était d’un rouge foncé , grassé et . luisante; on voyait que depuis peu de temps il s’était enduit avec de la graine de roucou broyée dans de l’huile de carapa; sés cheveux noirs tombaient en
UNE CRASSE A tA GUYANE. 2S7
longues mèches sur son front et sur ses yenx, petits, mais brillants, qui donnnaient à sa physionomie un caractère de finesse et de malice/ , i4ott soboni banaré, répéta-t-il m s’approchant. C’est le salut des Galibis ; il signifie littéralement : Moi tentai compère. « Bonjour, » répondit Ernëst, el il fit signe à l’Indien de s’asseoir auprès de son feu. Celui-ci ne se le fil pas dire deux fois ; il posa son arc à terre, appela son chien et prit place en face de l’Européen, qui s’occupait à fhire cuire son déjeuner. Après quelques instants de silence, l’Indien, curieux comme tous ceux de sa nation, entama la conversation suivante, dans un jargon mêlé de galihi, de créole et de mauvais français.
« Oh! » s’écria-t-il.
Ernest garda le silence, tout occupé qu’il était de son opération culinaire. '
• « Oh 1 banaré ! reprit'le Galihi.
— Eh bien J — Vous venu chasser ?
— Oui ; je me suis mis à la poursuite d’un kariakou, je me suis égarée et, depuis ce matin, je cherche en vain mon chemin.
— Oh! oh! Et chien? i
— ' Mes chiens se sont sans doute perdus, ou bien ils auront été dévorés par les jaguars.
— Ohl... banaré, pas savez faire le feu. »
Et il se mit à ^ionner une meilleure disposition
au feÿcr, que l’Européen ayaH assez mal arrangé; il entoura- la tenlue de braise pour qu’elle ouisît plus rapidement, puis il reprit son interrogatoire: - «Vous, d’où venir? Vous, où aller î - .
— Je suis parti de la Gabrielle et je vais à la Caroline. » ' - ' - ■
Le Gnlibi frâppa des mains avec joie.
- «Ké^ mousé Favart! Bon blanc , mojisé Pavart! Banaré moi.
T— Veux-tu me conduire chez lui?
— Ohl
— Je le demande si lu veux me conduire à la Caroline.
— Y avé bien loin. • ;
— Veux-tu me conduire?
— Oli!
— Je te demande si tu veux me conduire?
— Et vous donner à pauvre Calim *? '•
— Une bouteille de tafia. ■
— Une bouteille de tafia ert une jupe bleue?
— Soit, dit Ernest, une bouteille de tafia et une jupe bleue, quand je serai rendu à la Caroline. » L’Indien se mit à faire marchander le service que lui demandait le chasseur; il expliqüa-qull y avait plus d’une journée de marche, que le chemin était
Ké, chez ou avec, n Chez M. Favart. C’est un bon blanc , M. l’avart. Je suis son ami. »