Calina , c’est le nom que les Indiens se donnent
bien difficile, et il réclama, outre lotalla et la jupe, un couteau qui lui fut promis.
Quand la tortue d’Ernest fut cuite, il en offrit Ja moitié au Galibi, 'qui l’accepta. Apprêtée sur du bois vert, elle sentait un peu la fumée ; le chasseur la mangea par nécessité. L’Indien ne fit aucune observation tant qu’il en resta un seul morceau; mais quand il n’y eut plus que la coquille, il recommença à parier.
« Oh ! banaré !
— Eh bien !
. — Vous pas savez faire cuisine. ^
— Allons, dit le chasseur, le repas est Uni, il faut nous mettre en marche. »
L’Indien se leva et alla ramasser un grand sac qu’il avait caché dans les buissons avant d’aborder l’Européen. .
« Que portes -tu là ? lui dit celui-ci. . . .
— Oh 1 pas lourd du tout.
— Voyons toujours; montre-le-moi. .
L’Indien ouvrit le sac.
< Goinmenti fit le chasaeur, ce grand sac est plein de tortues? - -
— Énaaraka^ répondit lesauvage, toutepetite tortue.
• — Mais elles sont fort belles, continua Ernest ; comment peux-tu en trouver une telle quantité-? Pendant toute une jourilée je n’en ai rencontré qu’une seule. , -
- Ça mo chien. (C’est mon chien.)
— Ton chien est donc drèssé à. prendre les tortues? •
— Si hanaré , ly chasser un agouU , en route rencontrer araka, retounier elle avec patte; »
Et l’Indien se contournait pour imiter la tortue, qui, placée sur le dos, ne peut pas sc relever.
« Ly chasser, trouver encore, retourner toutes et conduire moi auprès.
— Et que vas-tu faire de toutes ces tortues ?
— Moi aller les véndre à la Caroline.
— Ainsi tu ne te dérangeras pas beaucoup de ton chemin pour me conduire?
• —Oh!
— Il parait, se dit en lui-même le chasseur, que, dans le Nouveau-Monde, comme dans- l’ancien, on aime à faire d’un sac deux moutures. Allons, voilà qui nous donnera des forces pour faire le voyage. » 11 but un coup de taûa et ^ versa un à son conducteur.
« Encore.
•— Il n’y en a presque plus et H ne noOs en restera pas pour nous désaltérer.
— Vous pas savez trouver èau fraîche.
— Pas- toujours, et maintenant je voudrais bien
un bon verre d’eau. »
L’Indien prit la tasse d’Emest v coupa quelq'ues
• tiges de liane rouge, et, au grand étonnement' du
chasseur, il eû coula une eau fraîche et limpide^ En voyant la surprise d’Ernest, l’Indien lui dit :
« Vous pas blanc de Ceperou ‘ ; vous blanc de France, vous là-bas, là-bas, où autrefois Napoléon?
— Oui, répondit le chasseur, et mon père élait un des officiers de sa garde.
Oh! banaré, fit l’Indien, si vous contez à moi histoire du grand esprit des batailles, moi apprendre à vous toutes les chasses de nos forêts. »
Ernest et son guide s’avançaient de compagnie, cherchant à i^^ger par leurs causeHes la longueur du chemin, le premier racontapt quelque bataille, l’autre décrivant quelque gibier.
« Il me semble, dit enfin le blanc de France, que la roule parcourue hier par moi, en suivant mon kariakou, était plus droite que cela, et tu me fais décrire bien des détqurs.
— ; Oh! oh! répondait le Galibi.
— Je te dis que nous faisons bien des détours.
— Ça pour éviter fondrières.
— Soit! » reprit l’Européen, s’en rappoiHaut au sauvage du soin de le conduire.
Exempt de toute préoccupation et de toute inquiétude, il cherchait dans les buissons, regardait sur les arbres, car il ne voulait pas arriver à la Caroline sans qu’une proie honorable rem- '