To bas Yao, tu bailles à Yao
3. Compère, tu es un méchant blanc. Tu bailles au pauvre Indien tout ce qu’il a demandé pour prendre son chien, lui ne peut pas dire non. Prends-le donc. Adieu, pauvre Sibel!'
à la galerie du perron avec uiie petite liane, et fut trouver la ménagère pour recevoir le prix du marché. Le lendemain il n’était plus sUr là plantation ; il avait levé son petit camp, et s’était embarqué sur la pirogue avec toute sa famille.
Le jour même, M. Favart voulut essayer les “qualités de sa nouvelle emplette, et certes il n’eüt pas lieu de regretter son argent. Jamais, eii efiet, animal n’a montré plus d’intelligence ; il allait dans le bois, quêtant avec un instinct admirable. Lorsqu’il rencontrait un terrier, n’allez pas Croire qüe, comme un chien ordinaire, il donnât aussitôt de la. voix pour effrayer le gibier : non, il revenait âü chasseur et le conduisait à la demeure du paque en indiquant tontes les issues, et ce n’était que lorsqu’il était assuré que tout était prévu^ qu’il s’élançait dans le terrier et qU’il attaquait son gibier. Celui-ci parvenait-il à s’échapper ei à se jeter à l’eau, Sibel le poursuivait, plongeait derrière lui, l’attaquait sous l’onde et le forçaiTà reparaître à la surface pour y recevoir le plomb meurtrier. Enfin, M. Favart Ôtait enchanté de son chieb, et il ne l’aurait pas vendu pour dix fois ce qu’il lui avait coûté ; mais le bonheur est toujours de courte durée : un jour que le pauvre Sibel attaquait un vieux paque de montagne, retranché sous un rocher de granit, le combat fut acharné. Le paque se défendait enHétos; Sibel, furieux d’une pareille résistance, se précipita impru-
demment sur son ennemi , qu’il voulait Sans doute saisir par la tête; mais atteint à la jugulaire par les terribles incisives de son adversaire, il n’eui que la force de sortir du terrier pour rendre les derniers soupirs sous les yeux de son maître.
Le créole ressentit de cette perte le chagrin lé plus vif, et le pauvre chien, transporté sur l’habitation, reçut les honneurs de la sépulture au fond d’une jolie petite vallée ombragée par de superbes girofliers.
Quelques jours après cet accident, Yao reparaissait sur l’habitation.
« Bonjour, banaré!
— Bonjour, Yao.
— Sibel côté fica‘?
— Mon pauvre Yao, Sibel est mort.
— Paque tué ly. Mo lé savé.
— Gomment! tu le savais?
— Oh!
— Dis-moi comment tu avais pu le prévoir.
— To pas lassé ly ké hasier*.
— Eh! qu’est-ce que cela fait?
— Si to lassé ly ké hasier, paque to pas pové modé ly, so dent te cassé. Côté son corps flea*?