‹ Les recits d'un vieux chasseurChapitre 19 sur 21 · Livre V, chaj). VII · texte numérisé non relu

Livre V, chaj). VII

L’ARQUEBUSE DE COMPÏÈGNE. 29“.

chasse du menu gibier une arbalète d’une forme particulière; l’arc en était garni de deux cordes qu’on tenait écartées l’une de l’autre par de courtes traverses de bois ou d’ivoire. Au milieu des deux cordes était adaptée une petite poche. On y plaçait un caillou ropd, ou bien une bille d’argile durcie, et l’arc en se détendant lançait ce projeçtile. Cet instrument, qu’on appelait arc àjalet, n’était pas d’un usage très-commode. Au moindre mouvement, le jalet pouvait sortir de la poche et tomber à terre. On imagina donc en Italie de placer sur le ffit de l’arbalète un tube ^e métal fendu des deux côtés dans presque toute sa longueur, de manière à ce que la corde pût facilement y couler. Le nom d’arco-bugio arc troué, ou mieux arc foré, fu donné à cet instrument. Les pièces principales de l’arme à feu portative étant aussi un fût et un tube de métal, cette ressemblance fit qu’on la désigna sous le nom d'arco~bugio,h\Qn qu’il ne s’y trouvât plus d’arc; de même que nous appelons maintenant du nom de mousquet une arme où il n’y a plus de mèche ; que nous appelons fusil notre arme à feu, où il n’y a pas de pierre à feu (focile)\ que nous appelons enfin une arme à feu courte et légère du nom de pistolet, mot qui s’est appliqué d’abord A de petits stylets fabriqués dans la ville de Pistoie,

1. Catalogue 4u Muség d’artillerie, Paris, 183S, p.,80, q°968

296 L'ARQUEBUSE DE COMPÏÈGNE.

Ce nom d’arquebuse prévalut sur ceux, bien plus expressifs de schioppo et d'espinguarda. Au commencement du règne de François !•% il était usité en France concurremment avec celui de coulevrine à main.

Il y avait déjà un siècle que l’arquebuse était employée dans les armées, lorsque le prévôt des marchands et les échevins de Paris représentèrent au . roi que : « le nombre de six-vingts archers et soixante arbalétriers était trop petit pour la seureté, tuition et défense de ladite ville. A ceste cause estoit besoin et est besoin, et chose très-nécessaire et convenable eu égard au temps qui court, et aux industries et inventions nouvellement trouvées, et dont de présent Von use ordimiremeni à la guerre, ains mettre sus, créer et ériger de nouvel en ladite ville et cité de Paris le nombre de cent harquebnsiers. » Pour satisfaire à cette demande, François I", par un édit de février 1523, institua la société des arquebusiers de Paris, et leur octroya plusieurs privilèges.

Il est à remarquer que, dans l’enregistrement de cet édit à la chambre des comptes, on a traduit le nom d’arquebusier par l’expression latine de colu~ brinarius.

A l’exemple de la capitale, dans presque toutes ~ les villes de l’Ile-de-France , de la Brie, de la Picardie et de la Champagne , on créa des milices

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bourgeoises qui s’exercèrent au tir des armes à feu. La plupart vécurent d’abord confondues avec les sociétés d’arbalétriers, encore que la portée différente de leurs armes ne pût pas leur permettre de conserver longtemps le même lieu de réunion et d’exercice. Des lettres patentes d’Henri III, en date de février 1576, accordent collectivement des privilèges aux archers, arbalétriers et arquebusiers de Crépy-en-Valois. D’autres lettres du môme prince, de juillet de la môme année, statuent collectivement pour les arbalétriers et les arquebusiers de Senlis.

La société des arquebusiers de Corapiègne subsistait depuis plusieurs années, probablement en communauté avec celle de rarbalète, quand des lettres patentes données par Henri III vinrent lui assurer une existence séparée. Ces lettres sont datées de septembre 1577. Elles sont conservées aux archives de la ville de Compiègne,'où je les ai copiées.

Le préambule est aiusi conçu :

« Henry, par la grâce de Dieu, roy de France et de Pologne, à tous présents et à venir salut :

• Nos chers et bien amez les harquebusiers de notre ville de Compiègne nous ont faict entendre que, pour mieulx continuer l’exercice de la harquebuse et eux adextrer à en tirer pour la tuition et deffense d’icelle notre ville, ils ont par ci-devant

îf)8 L’ARQUEBUSE DE COMPÏÈGNE.

faict et cstabli un lieu appelé et ce faisant esleu ung d’entre eulx pour leur cappitaine qui joïst de cette prééminence sa vie durant, et le quel tant aux joyeuses entrées des roys que autres actes notables, qui se font en la dite ville, est tenu soutenir plusieurs grandes dépenses, comme est semblablement celui d’entre eulx qui abat }’oyseau qu’ils ont accoutumé meslre et apposer par chacun an au.... de.... en lieu haut pour y tirer, sans que cela leur tourne à aucun prouffit et utilité, nous suppliant à cette cause et pour plus inciter la jeunesse audit exercice, que notre plaisir feust leur accorder pareilles libertez et privilèges que nos prédécesseurs rois ont ci-devant faict à nos villes de Chaalons et Soissons, par nous depuis confirmés, et en ce faisant, exempter tant le dict cappitaine des dicts harquebusiers, que celui qui abattra d’ores en avant le dict oyseau, de toutes tailles, subsides et quelconques autres impositions, et de leur octroyer nos lettres en forme nécessaire.

« Savoir faisons que, etc., etc. »

Le dispositif de ces lettres,-'que je ne transcris point dans la crainte d’être trop long, accorde aux

1. {.es mots que je laisse en blanc sont également en blanc dans les lettres patentes, qui ne portent pas la signature du roi Henri, mais seulement le contre-seing Bnilart. Elles ont, au reste, été scellées du grand sceau de cire verts, dont il reste encore des morceaux attachés h l’acte par un lacs de soie verte et rouge.

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arquebusiers les exemptions qu’ils demandaient. Elles ont été depuis confirmées par tous les rois qui se sont succédé sur le trône de France : par Henri IV» ennovembre 1608 ; par LouisXIII, en octobre 1616 ; par Louis XIV, en juillet 1667; par Louis XV, en août 1718. Tous ces titres existent encore aux archives de la ville de Compiègne. ‘

Le règlement de l’arquebuse a été rédigé pendant les guerres de religion, à l’époque à peu près où a été signée la Ligue. Il n’est donc point étonnant d’y trouver cet article :

« Nul ne sera reçu en ladite compagnie, s’il n’est de la religion catholique, apostolique et romaine, de bonne vie et mœurs, et qu’il n’ait une arquebuse à soi, un mousquet et une bandoulière. »

Il est encore une autre disposition relative aux pratiques religieuses. Les compagnies d’archers reconnaissaient saint Sébastien pour leur patron; et comme les reliques de ce saint étaient conservées à Saint-Médard, de La Ferté-Milqn, l’abbé de cette église passait pour le président-né et pour l’ordonnateur de toutes les sociétés de l’arc.

Les arbalétriers invoquaient, je crois, la protection spéciale de saint Denis. Au moins, dans les lettres du Dauphin Charles V, on trouve ce passage : « Voulons, gréons et ordonnons irrévocablement pour toujours mais, que une congrégation ou assemblée dite confrairie, faite par les arbalestriers

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de notre bonne ville de Paris, en l’honneur et commémoration de monsieur saint Denis, se tiègne, etc.... »

Quant aux arquebusiers, ils étaient placés sous l’invocation de sainte Barbe.

« Tous les chevaliers sont tenus d’assister le roi à la messe et aux cérémonies qui se font le jour de sainte Barbe, patronne de la compagnie ; le jour de l’oyseau qui se tire chacun an le troisième dimanche de juillet et fêle du Très- Saint-Sacrement, à peine de six-vingts écus d’amende. »

Ce règlement contient aussi un article relatif au serment que doivent prêter les arquebusiers.

« Fera le serment entre les mains du roi, en présence du capitaine, officiers et chevaliers, sur le feu de l’arquebuse ; obéira aux chefs et exécutera les commandements pour le service du roi, garde et défense de la ville. »

Je n’ai pas vu l’original de ce règlement. J’en trouve le texte dans (me Notice sur l’Arquebuse de Compiègne, imprimée dans cette ville en 1846. Je ne puis donc garantir l’exactitude du texte. Je dois même avouer que deux articles m’embarrassent beaucoup.

« Nul ne sera reçu en ladite compagnie.... qu’il n’ait une arquebuse à soi, un mousquet et une bandoulière. >

Il n’est guère probable qu’à une époque où les

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armes à feu étaient aussi rares et d’un aussi grand prix, on ait exigé que le même individu en possédât plusieurs : une arquebuse et un mousquet. Peutêtre faut-il entendre par ce dernier mot un petit pot de métal que, dans le principe, les gens armés de coulevrines à main portaient attaché sur la poitrine, soit au côté de leur cuirasse, soit à une bandoulière, et dans lequel ils déposaient la mèche enflammée quand ils ne la tenaient pas à la main.

Ce. petit pot, dont l’usage dura peu de temps, fut , je crois, appelé mousquet. Un peu 4)lus tard, lorsque l’on attacha à l’arme une espèce de petite pince, entre les mâchoires de laquelle on fixa la mèche enflammée, l’arme elle-méme prit le nom de mousquet, donné dans le principe à l’objet destiné à recevoir la mèche. Si cette explication est erronée, on doit croire que le mot mousquet a été inter- ^ polé vers la première moitié du xviii* siècle, à l’époque où les arquebusiers ont commencé à porter un costume uniforme. Alors on aura conservé pour le tir une arme de précision , l’arquebuse , et pour la parade on aura pris une arme uniforme, le mousquet. ’

Les chevaliers devaient faire serment sur le feu de l’arquebuse. Quel est le sens de ce passage ? Conservait-on à l’arquebuse une espèce de feu sacré où chacun allait allumer sa mèche au moment de tirer ? ^’est-ce pas sur cet objet qu’ils juraient, comme

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les soldats prêtent serment à leur drapeau ? Ce sont des questions que je me borne à présenter, et Je laisse à un autre le soin de les résoudre.

Le reste du règlement a trait à la police intétérieure de la compagnie , aux cotisations que les membres devaient fournir, au tir des prix de l’oiseau. Celui qui abattait l’oiseau ou papegault était roi. La royauté était la plus haute dignité parmi les arquebusiers de Gompiègne. Elle né durait qu’une année; mais, pendant ce temps, celui qui l’avait conquise était exempt d’impôts et occupait la place d’honneur! Le règlement de la société de Compiègne n’indi((ue ni la grosseur que l’oiseau devait avoir, ni la hauteur à laquelle il devait ^tre placé, ni la distance à laquelle devait se tenir le tireur. Sans doute cela avarié suivant les époques, suivant le plus ou moins de perfection des armes, suivant l’adresse des chevaliers.

J’ai décrit dans le Roi de l’arquebuse la manière dont les membres de la compagnie de Château- Thierry procédaient au tir de l’oiseau, et je crois inutile de répéter ici ces détails. Je rappellerai seulement qu’au temps où j’ai eu l’honneur de faire partie de cette compagnie , le papegault que nous visions ne dépassait pas la grosseur d’une aveline.

iPour être déclaré roi , il ne suffisait pas de toucher légèrement l’oiseau, ou, comme on dit en terme de tir, de le plomber ; U fallait que la halle

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l’entamât assez profondément pour faire couler le sable dont il était rempli. Le coup qui abattait l’oiseau était donc l’équivalent d’un coup de broche. Or, on estime que, entre bons tireurs, n se fait en moyenne un coup de broche sur cinq ou sept cents balles. Pour' qu’il n’y ait pas ici d’ambiguité, je dirai que j’appelle un excelfent tireur celui qui , à cent cinquante mètres de distance, place ordinairement une balle sur quatre dans un noir de cinq pouces de diamètre. Ce chiffre de cinq ou sept cents baltes n’est, on le comprend, qu’une évaluation approximative : ainsi on voit des pantons sur les- , quels on a tiré deux ou trois mille balles sans que la broche ait été entamée. Quelquefois, au contraire, la broche est atteinte dès les premiers coups. J’ai vu à Château-Thierry, en 1827 ou 1828, l’oiseau abattu par le cinquième coup de fusil. On a vu à Compïègne, en 1714, un coup encore plus remarquable. Maximilien-Emmanuel, électeur de Bavière, était retiré dans cette ville en attendant que l’Empereur lui rendit ses États. Cette restitution avait été stipulée, le 10 avril 1713, par le traité d’Utrecht, entre Louis XIV et les Provinces-Unies ; mais l’Empereur n’adhéra à celte paix que par le traité de Bade du 7 septembre 1714. Pendant qu’on négociait pour lui faire atlribuer la Sardaigne avec le titre de roi, qui lui avait été promis par l’article 9 du traité d’Ulrechl , il conquit une autre royauté ; celle de

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Tarquebuse. Le 15 juillet, les chevaliers de Compiègne étant réunis pour la solennité de l’oiseau, il leur fît l’honneur de tirer le premier coup et abattit le papegault. Si les dimensions de ce but étaient celles que je viens d’indiquer, et si l’électeur de Bavière n’a réellement tiré que le premier coup , il faut avouer ou qu’il était d’une adresse incroyable, ou que le hasard l’a servi d’une manière bien extraordinaire.

Après le roi de l’oiseau , vient le capitaine. Cet officier conservait son grade tant qu’il restait membre de la société. Il était nommé à la pluralité dos voix ; mais il fallait que son élection fût confîrmi c par le gouverneur de la ville. Le capitaine commandait et administrait la compagnie ; il était exempt d’impôts tant qu’il conservait son grade.

Lorsque la compagnie devenait fort nombreuse, on élisait aussi des lieutenants et un guidon.

Une autre dignité, celle de prince de l’arquebuse, ne se gagnait pas par l’adresse. Elle n’était point élective; elle était annuelle et se vendait à l’enchère. 'Le prix de l’adjudication entrait dans la caisse de la société. Le prince occupait la place d’honneur après le roi, et était exempt de quelques-unes des dépenses que payaient les autres chevaliers. Le prix de son adjudication en tenait lieu.

11 y avait aussi un prévôt. C’était le secrétaire et

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l’officier comptable de la compagnie/Il était électif et obtenait les mêmes immunités que le prince.

Les chevaliers jouissaient encore de quelques privilèges que ne mentionnent ni les lettres pataites qui les instituent, ni même leur règlement. Dans les cérémonies publiques, ils avaient le pas sur les autres milices bourgeoises, qui devaient marcher six pieds au moins en arrière des dernières files des arquebusiers.

Lorsque le roi ou les princes de la famille royale séjournaient à Gompiègne, les arquebusiers leur fournissaient une garde d’honneur. Le règne de leur fondateur, Henri III, leur donna peu l’occasion de remplir celte charge. Les douze années qui suivirent leur organisation furent tellement remplies de révolutions, que Henri III n’eut guère le loisir de demeurer à Gompiègne. Gependanl il aimait celte ville. En 1576 et en 1588, il l’avait indiquée pour la réunion des états généraux ; mais il ne lui fut pas possible de les y rassembler. A l’une comihe à l’autre de ces dates , les circonstances le contraignirent à tenir les états à Blois.

En 1589, il transféra la monnaie à Gompiègne. On conserve aussi aux archives de la ville plusieurs lettres de ce prince. Voici les premières lignes de l’une de ces lettres, que je crois inédites ; elle ne me semble pas moins curieuse pour le style que par sa date. Elle a été écrite de Tours, le 28 mars 1589,

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trois mois et trois jours après le meurtre du duc de Guise.

« Chers et bien amez, le seigneur d’Humières npus a rendu tant de témoignage de votre fidélité et du bon devoir que vous faites à la conservation de notre ville de Compiègpe, que nous avons voulu vous témoigner par ces présentes le contentement que nous en avons et recevons, et vous dire que nous vous en savons d’autant plus de gré que votre fidélité est recomimandable en ce temps de perfidie..., etc. ?

Assassiné par Jacques Clément, le 1" août 1589, Henri III , à l’heure de la mort , exprima le vœaque son corps fût déposé à Compiègne.... En conséquence, le 24 août, ses dépouilles mortelles furent remises par l’évèque de Beauvais et par un grand nombre de seigneurs de l’armée au prieur de Sainte- • Corneille, qui en donna acte devant notaire. Tous les corps de la bourgeoisie assistèrent à la pompe funèbre. Les arquebusiers devaient donc s’y trouver; et, si leur présence n’est pas mentionnée d’une ' manière plus explicite dans la relation de cette triste cérémonie, c’est peut-être qu’à celte époque la compagnie n’avait pas encore pris l’importance qu’elle a acquise par la suite. En effet, ce fut seulement en 1590 que les arquebusiers, pour se bâtir un lieu d’exercice et de réunion, achetèrent line partie de Tancieu hôtel de Corbie, le long des remparts, en

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allant de la porte Chapelle à la rivière d’Oise, et auprès de la tour des Ozières. Ce bâtiment sans doute n’était pas très-solide, car il ne dura guère.

• En 1682, il était en si mauvais état, que les arquebusiers furent obligés de se cotiser pour y faire les réparations les plus urgentes. Ils s’adressèrent à l’autorité municipale, et, en 1692, il fut arrêté qu’il serait accordé aux arquebusiers , sur les excédants de recette de la ville, une rente annuelle de trentrsix livres. Cette somme représentait alors une valeur beaucoup plus importante que de nos jours. Néanmoins elle était insuffisante , et d’ailleurs ne fut pas exactement payée, en sorte que l’hôtel de l’Arquebuse tombait tout à fait en ruines lors de la réunion du camp de Couduo.

Le traité de Iliswyck avait donné la paix à l’Europe entière. Louis XIV voulait cependant faire passer sous les yeux des ducs de Bourgogne, d’Anjou et de Berry, tous les mouvements que des troupes peuvent exécuter pendant une campagne; il réunit auprès de Compiègne cinquante-quatre bataillons et cent trente-deux escadrons , qui formaient une armée de cinquante-cinq mille hopiraes. On simula le siège de Compiègne, et l’on attaqua la demi-lune de la porte Chapelle. Les batteries qui étaient élevées sur le rempart contigu à l’hôtel de l’Arquebuse, les troupes , l’artillerie qui en occupaient le jardin , , causèrent de telles dégradations, qu’une partie des

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murailles fut renversée et que les bâtiments demeurèrent entièrement découverts. Les arquebusiers réclamèrent. Louis XIV trouva juste de réparer le dommage qu’il avait causé. Il fit donc évaluer l’importance des dégâts. La valeur en fut fixée à quinze cents livres. Mais pendant qu’on réglait cette affaire, la guerre de la succession survint; les ressources de l’État se trouvèrent absorbées par des dépenses plus urgentes , et ce fut seulement après la paix d’ÜIrecht que Louis XIV promit de payer aux arquebusiers une somme de deux mille livres. .

La mort frappa ce prince avant qu’il eût acquitté sa dette, en sorte que, sçus le règne suivant, elle fut soumise au contrôle des frères Pâris, et convertie en un billet d’État de seize cents livres. Cependant , dès 1709, l’hôtel de l’Arquebuse s’était entièrement ■écroulé. Les membres de la société avaient été forcés d’en commencer la reconstruction avec leurs propres fonds. Sur leur demande, la ville de Compiègne vint à leur aide. Le conseil municipal leur accorda , pour l’achèvement et pour l’entretien de leur hôtel, une 'rente de cent livres à prendre sur les excédants de recette des octrois. Cette délibération, en date du 28 février 1718, fut approuvée, le 20 mars suivant, par ordonnance de M. Bignon, intendant de la généralité de Paris, confirmée par des lettres patentes du mors d’aoiit de la même année. On peut facilement se rendre

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compte des motifs qui déterminaient la commune à s’imposer celte charge. La société des arque-'

busiers était une institution essentiellement mu-

nicipale, et si, au xviii* siècle, elle n’avait plus pour la sûreté de la ville la môme importance qu’au temps de sa fondation, sous un autre point de vue elle présentait encore un grand intérêt. Ses solennités appelaient beaucoup de monde dans la ville , donnaient de l’activité au commerce et concouraient à sa prospérité. Les prix généraux étaient surtout 'ceux de ses exercices qu’on célébrait avec le plus d’apparat. On appelait prix généraux ceux auxquels étaient convoqués toutes les arquebuses des quatre provinces de Brie, de Champagne, de l’Ile-de-France et de Picardie. La compagnie qui offrait un prix donnait en môme temps un bouquet à celle qui devait le rendre après elle. On faisait circuler ainsi le bouquet de province en province, de manière à ce que la môme ne rendit j)as le prix général deux fois de suite. Pour autoriser ces réunions nombreuses de corps armés, il fallait une ordonnance royale, qui n’était accordée qu’à de longs intervalles, et seulement lorsque le pays était parfaitement calme.

On n’a pas de détails sur le prix général rendu à Compiègne en 1630. En 1662 , un autre prix général fut tiré dans La môme ville, et la caisse communale contribua pour cinq cents livres à la dépense. En

. L’ARQUEBUSE DE COüPIÈGNE,

1718, Tarquebuse de Gompiégne était indiquée comme devant rendre le prix général au mois de septembré de l’année suivante ; mais il y a lieu de Croire que les circonstances ne permirent pas de donner cette fête. A la fin de, 1^18 fut découverte la conspiration de Gellamare. Au commencement de 1719 éclatâ la guerre contre l’Espagne. Il n’est guère probable qu’au milieu de l’émotion causée par ces événements, le régênt ait autorisé la réunion de toutes ces milices bourgeoises, dont l’affection pouvait lui paraître douteuse. D’ailleurs , si un prix général eût été tiré à Gompiégne en 17 19, il en resterait quelque trace, et cette ville n’âurait pas pu en présenter encore un en 1729; car il est, je Crois, sans exemple, que la même compagnie ait rendu deux fois le prix général dans une période de dix ans. ■ '

' Or, on à conservé sur le prix de 1729 quelques documebts assez curieux. On voit encore à la Monnaie "une médaille frappée à cette occasion. D’un côté est représentée la tête de Louis XV. Au revers on lit ; « Prix général de Gompiégne. 17^9. »

La relation de ce qui s’est passé à ce prix a été imprimée en 1729, à Soissons, chez Gharles Gourtois, rue des Rats. Èllé contient deux feuilles et demie irt-4*.

■' Toutes les compagniès dès quatre provinces àtruient été convoquées. Ginquanle-Six avaient pris

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l’engagement de venir ; mais, au jour assi^é, il ne s’en trouva que quarante-sept.

La fête était indiquée pour le 4 septembre. Les compagnies commencèrent à arriver le vendredi 2. Une sentinelle , placée au haut du beffroi de l’hôtel de ville, avertissait de leur approche. Aussitôt qu’il en signalait une , les arquebusiers de Compiègne , en armes et musique en tête, allaient la recevoir à la porte de la ville , et la conduisaient à l’hôtel qui lui était destiné. Aussitôt les valets de ville portaient aux arrivants des rafraîchissements , dont la partie substantielle consistait eu un pâté d’Amiens èt douze bouteilles de vin de Champagne.

Les quarante-sept compagnies étrangères, jointes â celle de Compiègne , formaient un ensemble de six cent soixante-deüx chevaliers. En outre, chacune amenait son marqueur, ses tambours, scs fifres, ses hautbois. On. ne comptait pas moins de soixante-quinze tambours, sept fifres, un trompette, neuf hautbois et deux bassons , ce qui ne laissait pas de faire ün orchestre passabiement chariva- ' rique. Mais Compiègne y avait pourvu. Douze violons, deux basses et cinq hautbois formaient sa musique. On passa donc à danser la'nuit du Samedi au dimanche. Puis, comme chez nos aïeux il n’y avait pas de bonne fêle si on n’avait pas invoqué la divinité , ce qui, soit dit en passant, n’en était pas plus mal, le dimanche, toutes les compagnies, pf-écédées -

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par les airiorités civiles et militaires de la ville, allèrent en grande pompe entendre, à Saint-Corneille, la messe exécutée par les artistes de l’Opéra de Paris. A l’élévation, V O sacrum, convivium fut chanté par M- Cuvilly, l’Alexis Duponlde l’époque.

Le lendemain eut lieu la parade , et toutes ces compagnies, habillées de costumes remarquables par leur diversité , présentaient un spectacle d’autant plus curieux pour ce temps, que l’usage de l’uniforme était encore tout nouveau pour la plupart des milices urbaines. Dans le principe, les arquebusiers portaient seulement une bandoulière. Il en fut ainsi de ceux de Paris, jusqu’à ce qu’un

règlement des échevins et du prévôt des marchands, en date du, 29 décembre 1714, leur eût enjoint de porter un vêtement uniforme.

Au prix de 1729, pn voyait des costumes d’une exquise coquetterie. Les chevabers de Guignes portaient un habit bleu céleste avec des broderies en argent. Ceux de Beauvais étaient vêtus de drap blanc, avec des parements rouges et des broderies en or.

Les chevaliers de Compïègne avaient un habit de drap bleu, avec un bordé des deux côtés en argent, en broderies d’argent, brandebourgs bordés aussi des deux côtés, les manches en botte de couleur écarlate, brodées en plein ainsi que les poches; vestes rouges galonnées en plein , culottes et bas de

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même couleur, chapeaux avec plumes et cocardes blanches, épées d’argent.

«Pendant la parade, MM. les chevaliers trouvèrent sur la place un rafraîchissement composé d’échaudés, biscuits, jambons de Mayence, langues et excellent vin de Champagne. MM. du régiment de la Calotte eurent aussi l’honneur de rafraîchir à la porte de leur hôtel MM. les chevaliers et ceux qui les suivaient. Enfin, sur les six heures et demie du soir, le bouquet rentra dans l’Arquebuse ; il fut d’abord placé au milieu de la cour sur une table couverte d’un magnifique tapis, et gardé par M.VI. les chevaliers de Compiègne, l’épée nue à la main.

« A mesure que les compagnies défilaient, elles allaient se ranger en haie dans le jardin ; cependant MM. les chevaliers de Compiègne furent, en cérémonie, chercher le lieutenant du roi en son hôtel pour tirer le coup du roi. Mais, comme MM. du régiment de la Calotte continuaient toujours à arrêter les compagnies pour les faire boire à la santé du roi, de la reine et de monseigneur le Dauphin, M. de Malissy' ne put s’exempter de boire aussi ces santés, ce qui retarda la cérémonie, et fut cause qu’on la remit au lendemain.

« L’impatience commençait à s’emparer de tous

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