LE BAPTÊME D'OR
tomber de grandes et mirifiques ailes de transfiguration mystique sur les berges magnifiées.
Le jeune homme était silencieux et sa main de clarté était posée sur le bois noir de la barque. Au-dessus de son front planait une auréole de feu bénin et blanc qui paraissait la flamme enthousiaste et innocente de sa pensée.
Des cygnes vinrent auprès de lui, brillants souverains des fleuves de soleil : il caressa leur col d'amphore sublime. Et il vint aussi des hirondelles et des mouettes qui décrivirent au-dessus de l'embarcation de souples et chantants signes de croix. Il regarda les mouettes, écoutant leurs cris plus tristes que ceux poussés lors du massacre des Innocents.
Saint Jean ramait toujours dans le cristal fleuri de nénuphars, et son front, vis-à-vis du rayonnant personnage, se couvrait d'étrange clarté, car le soleil levant couronne d'or vierge les vieilles collines où les vignes ont tordu leurs bois enivrants.
D'ailleurs, l'émerveillement se prolongeait au loin dans le paysage, réveillant
des angélus passés et faisant surgir audessus des moissons une aurore qu'elles n'avaient pas soupçonnée.
La barque s'arrêta dans un estuaire plein de fraîcheur et d'ombre. Il y avait là des saules pleurant les larmes fines de leur feuillage, des chênes dont la tête se baignait dans la lumière rose, des touffes de noisetiers vigoureux, des hêtres, et puis des bouleaux frêles et blancs qui semblaient les damoiselles du bosquet.
Les deux hommes descendirent de la barque, marchèrent dans l'eau, peu profonde à cet endroit. Elle était transparente : le sable du fond se montrait jaune et moelleux. Un rossignol chanta dans les branches.
Le jeune homme laissa glisser un pli de sa robe; son épaule nue parut à l'air radieux.
Les frondaisons s'éclairèrent aussitôt comme des vitraux de cathédrale en une fugue soudaine et merveilleuse d'éblouissements, derrière lesquels planaient des