LE BAPTÊME D'UR
têtes d'anges. Des feuilles tintèrent en ineffables carillons, et la berge, où venait échouer la vase et où l'herbe poussait drue, se vêtit d'une opulente splendeur d'autel.
Le catéchumène baissa la tête, tandis que saint Jean tirait de dessous la peau de chameau, couvrant son sein aux poils rudes, une grande écaille, qu'il remplit d'eau claire.
Et le saint habitant du désert, mangeur de sauterelles et de miel, versa l'onde, dans ce baptistère de gloire onctueuse et chantante, sur le front du néophyte recueilli, dont les paupières baissées avaient éteint le sade regard, et il dit, d'une voix profonde :
« Je te baptise au nom du Père, du Fils et du saint Esprit. »
Les gouttes pleuvaient sur la chevelure de Jésus aussi limpides que les notes d'une fauvette sur des gerbes d'été. Il en tombait sur ses joues rosissantes, sur son col innocent, et sur son épaule de jeune fille, d'où glissait sa robe de lamprophore. Sous l'ondoiement du chrême adamantin octroyé par le Précurseur, sont front fut rayonnant
et matinal, à l'égal d'une aurore où se joueraient des vols de pélicans ; il joignit les mains et sa bouche murmura des choses mystérieuses et tendres. Puis, quand il releva les paupières, de grands orbes d'or scintillèrent dans ses yeux, des paillettes incendiées d'enthousiasme, et l'àme des anciens prophètes lança à sa prunelle ses magnétiques et résonnants rayons.
Mais les nues s'ouvrirent tout à coup aux yeux de saint Jean, et il vit une mirifique colombe en descendre et il entendit une voix clamer :
« Tu es mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection. »
Puis tombèrent des sons câlins de violoncelles, des concerts d'oiseaux, des airs de rlùte que modulait l'azur.
Déjà le soleil montait à l'horizon et les plantes de la terre épandaient leurs parfums, comme des encensoirs abandonnés dans les plaines.
Au loin, par les sentiers bordés de blés et de coquelicots, à travers la poussière