‹ Les récits de NazarethChapitre 7 sur 10 · L ENFANT PRODIGUE · texte numérisé non relu

L ENFANT PRODIGUE

femme Marie-Josèphe, qui mourut il y a cinq ans, en fervente chrétienne, dans cette chambre où depuis lors dort son rouet.

Prions. »

Le fermier faisait alors un grand signe de croix, de sa dextre sèche.

« Disons deux ave, deux pater pour mon père Nicolas-Henri, qui mourut il y a vingtcinq ans, foudroyé par l'orage près d«s meules du champ des réprouvés. Prions. »

Les domestiques ânonnaient des prières, leurs mains noircies par les glèbes croisées sur leurs girons. Leur murmure était lamentable et leurs fronts bas semblaient frôlés parfois par les suaires tramants des revenants qui planaient, évoqués, autour des foyers où s'était épanchée leur vie. Ces souvenirs se psalmodiaient à voix basse et rauque, comme il convient quand on converse avec ceux qui sont déjà dans l'autre monde.

« Disons deux ave, deux pater pour ma mère Catherine-Gertrude, qui mourut il y a dix-huit ans, dans le même lit où ma femme a depuis rendu l'âme, en fervente chrétienne aussi. Prions. »

La cloche sonnait toujours un glas funèbre et lent : elle s'efforçait de résumer les lamentations familiales de tout le village, messagère tintante des vœux poulies trépassés.

Alors le curé entra dans la ferme, tout vêtu de noir. Il s'assit pendant quelques instants comme il le faisait, ce soir exceptionnel, sous tous les chaumes, et avec des gestes mystiques, l'œil voilé, il parla de ceux qui sont au purgatoire.

Quand il eut terminé sa douce catéchèse, il se leva, grave, et mit son tricorne sur sa tête. Le vieux père lui ouvrit la porte et l'air du ciel entra dans la cuisine, émouvant les lampes et inquiétant ainsi les ombres des varlets qui s'étaient levés à la sortie du prêtre.

La robe noire du curé s'effaçait doucement dans les ténèbres et seule la bénédiction de sa main levée en signe d'adieu, avec son regard bénin, se voyait de la cuisine, tandis que les cloches battaient la nuit plus fort, spiritualisées par ce soir des âmes et faisaient au pasteur qui s'en allait vers d'autres foyers un accompagnement surhumain.

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