‹ Les récits de NazarethChapitre 9 sur 10 · L'ENFANT PRODIGUE. T · texte numérisé non relu

L'ENFANT PRODIGUE. T

colique, tandis que s'épanchent les phrases intenses des violons du soir. Oui, tout résonne mirifiquement aux oreilles de celui qui revient, et les grands peupliers de la ferme prennent des allures de grands ménestrels.

Et voilà que soudain le vieux Nicolas- Joseph lui-même parut le long de la route. Il marchait lentement, semblable à un bon patriarche, et des boucles de cheveux blancs s'échappaient de dessous sa casquette de drap. Appuyé sur le bâton qu'il remisait le jour près des étriers, des brides et des selles pendus aux murs de la cuisine, il allait s'assurer, aux alentours de la ferme, si l'on faisait bien rentrer les bêtes aux étables.

Oh! c'était bien celui qui avait dit, le jour des morts :

« Prions pour mon fils Norbert, qui trépassa pour nous l'an passé et dont l'àme court le monde ! »

Oui, c'était lui, et Norbert s'aperçut que depuis son départ une vieillesse plus rapide avait courbé l'échiné de son père.

Mais tandis que le pays frissonnait sous

le baiser de ce soir paisible d'hiver, tout parsemé de chaumières, et que le soleil rouge s'arrêtait au couchant, le père s'arrêta, voyant son rejeton maigre comme une perche à houblon, plus sauvage qu'un loup après vingt jours de neige, et il alla à lui, les bras ouverts.

Et comme le fils tombait à genoux en disant : « Mon père, mon père, j'ai péché contre le ciel et contre vous; je ne suis plus digne d'être appelé votre fils », le père l'embrassa, héla ses serviteurs et leur dit ces paroles, si belles que les saintes Écritures les ont transcrites pour la mémoire sacrée des hommes :

« Apportez promptement la plus belle robe pour l'en vêtir, mettez-lui un anneau au doigt et des chaussures aux pieds; amenez un veau gras et tuez-le ; mangeons et faisons grande chère, parce que mon fils que voici était mort, et il est ressuscité; il était perdu et il est retrouvé. »

On avait dépendu des poutres de la cuisine de solides pans de lard qui y pendaient. Et des poulets qu'on avait tués et plumés pour le repas du dimanche qui

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