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Cependant les gens s’en allaient du pays l’un après l’autre. On ne voyait plus de troupeau dans la prairie où les soldats faisaient de grands feux avec les arbres coupés. Bientôt les soldats s’en allèrent aussi, parce qu’ils avaient mis la terre à nu comme un passage de gauterelles. s
Et la vieille mère d’Efflam mourut à force de ‘pleurer.
Alors Guntz dit:
“ Allons au loin chercher des champs qui n'ont point été dévorés par la guerre.”
Efflam voulait bien ; mais le curé refusa, disant :
‘“ Quand mes enfants reviendront, il faut qu’ils retrouvent leur père.”
Et Efflam dit à Guntz:
‘“ Ne le quittons pas ; que ferait-il tout seul ?
Le dimanche, depuis qu’on avait mis la vieille mère
dans son cercueil, ils n’étaient plus que trois dans la
petite église, qui semblait grande: le prêtre pour dire la messe, Guntz et son Efflam pour l’entendre.
À la sainte communion, Efflam et Guntz venaient s'agenouiller ensemble, et quand ils avaient regagné leur place, le père leur faisait un sermon plein de larmes, que leurs larmes écoutaient.
Un dimanche, Guntz vint à la messe tout seul, et tout seul s’agenouilla devant la table sainte, Une ma-
‘—ladie lente avait pris Efflam, qui n'avsit plus la force
d'aller.
Et le dimanche suivant personne ne vint. Je quré
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dit sa messe comme à l’ordinaire pour la double rangée des bancs vides qui le regardaient sans yeur. et dont le silence lui parlait. Avec le vin et l’eau mêélés dans le calice il ouvait ses pleurs; mais il disait:
‘ Seigneur mon Dieu, que votre volonté soit bénie | ”?
Après la messe, au lieu de prononcer son prône, il prit le saint ciboire dans le tabernacle et l’emporta hors de l’église jusqu’à la cabane de Guntz, où Efflam se mourait, belle et douce, et de ses deux petites mains pâles serrait le crucifix contre sa poitrine.
Le curé savait bien pourquoi personne n'avait assisté À sa messe: mais il pensait trouver Guntr agenouillé auprès d’'Efflam. Efflam était seule; où donc était Guntz?
Ce fut Efflam qui le dit, en s’efforçant de sourire :
“ Père, au sommet du Silberberg, Guntz a trouvé une chevrette de chamoïs qui a son petit. J'ai eu envie de son lait, et Guntz est parti avant le jour pour la traire.”
C'était vrai, et à l'heure où le bon Dieu venait chercher Efflam dans la cabane, Guntz poursuivait la chevrette sur la plus haute cime du mont.
‘“ N’aie crainte, disait-il à la chevrette, sans savoir peut-être qu’il parlait; je n’en veux ni à ta vie ni à celle de ton petit. Plus jamais ne tuerai, moi que la mort menace dans la plus douce moitié de mon cœur. Donne-moi seulement une goutte de ton lait pour celle qui était toute ma joie ici-bas.”
Et il ajoutait, les yeux au ciel :
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4 O Dieu Jésus! 0 Vierge Mère! ne me laissez pas, je vous en pris, dans la maison où elle ne sera plus. Faites que nous nous en allions ensemble, l’hostie sur les lèvres, pour nous retrouver dans le bonheur qui jamais ne finit.”
On ne peut regarder à la fois la terre et le ciel. Guntz courait sur la plate-forme où se trouve maintenant une croix de granit noir. Il y avait de la neige fondue qui s’y était durcie à la gelée du matin. Au moment où Guntz allait atteindre la chevrette, elle fit un bond, et le pied de Guntz glissa.
Guntz, emporté par son élan, tomba en dehors de la table et s’y accrocha des deux mains, suspendu audessus du vide.
Placé comme il l'était, il pouvait voir, rien qu’en abaïissant son regard, la fèche de la petite église et la croisée ouverte de sa cabane.
“ Jésus! pensa-t-il, vous m'avez entendu; je vais m'en aller le premier; mercil Mais l’hostie, mon Dieu! le pain de mon voyage, qui me l’apportera jusqu'ici ? ”
En bas, le curé avait tout préparé pour la dernière communion d'Efflam, malgré l’absence de Guntz; car le saint corps de Jésus ne saurait être retenu sans nécessité hors de son tabernacle.
Quand les oraisons furent achevées, Efflam, avec le sourire d’n ange, entr'ouvrit la pâleur de ses lèvres et reçut le divin viatique; mais à ce moment même elle leva les yeux vers le sommet du Silberberg, où la