‹ Les Récits du bon curé [microforme]Chapitre 2 sur 38 · RCA EP RARE ISSUE PU AMG EE BRAS AE EE PSE · texte numérisé non relu

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LE PKTIT PATRE 17

gon front pur, son sein et son épaule droité après son épaule gauche, fit avec ferveur autant qu'avec fermeté un grand signe de croix.

Ce fut alors une explosion de joie, de rires, de cris, d’injures à cette vue.

“Un catholique! un Polonais ! s’écrièrent tous ces mécréants.— Voyez, il ne sait pas seulement se signer, comme l’ordonne, comme le prescrit le czar, notre père] Ne sais-tu pas que l’épaule droite est celle que l’on doit toucher la première, fils de chien, traître, bandit ?

— Je fais le signe de la croix ainsi que ma mère me l’a appris, ainsi que monsieur le curé, dans notre église, l’enseigne aux petits enfants, et le fait lui-même tous les jours. Je l’ai toujours fait ainsi, et je n’en connais point d’autre.

— Mais nous allons t'en apprendre un autre, en vérité! s’écria l’un des soldats furieux, secouant rudement la jolie tête blonde; inutile de parler d’abord d'église et de curé. Bientôt toutes vos églises seront par terre, vos curés tous en Sibérie. Vous écouterez les sermons de nos popes ; vous obéirez au czar, notre maître, et tu vas faire le signe de la croix comme nous, pour commencer.

Et le soldat, levant la main en l'air, se signa à la façon des Russes orthodoxes. Peine inutile: l’enfant secoua la tête, détourna les yeux, et ne l’imita point.

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“Vas-tu faire ce que je te dis, chien d’obstiné? s’écria le barbare en furie.

— Non, vraiment, répondit sans pâlir Stasio qui n'hésitait plus. — Vous n’avez rien que je sache à me commander en ceci: vous n'êtes point des prêtres, vous, mais rien que des militaires. Laissez-moi donc prier en paix comme mes parents me l’ont appris.

— Il ne s’agit ras de prêtres ni de parents: c’est le czar qui commande. Et tu obéiras, ou sinon, tu es murt, graine de bandit!

— Voyons donc, petit, interrompit ici le caporal qui s'était montré plus indulgent ou plus sensible, on ne te demande pas grand’chose, en vérité. Tu n’es pas forcé de cracher au visage de ton père, ni d’insulter ta mère, ni de renier Jésus-Christ. Notre signe de croix, après tout, n’est pas si différent du vôtre. Qu'est-ce que cela te fait de te servir de cette main-ci ou de celle-là, de toucher l’une ou l’autre épaule ?.… Si tu veux, vois-tu, cesser de faire le raisonneur, et te montrer obéissant, je te donnerai ceci, tiens, pour que tu puisses acheter, à la foire prochaine, une belle ceinture rouge pour toi, un collier pour ta mère.”

Et le caporal tentateur, mais bien intentionné, faisait briller aux yeux de l’enfant une pièce qu’il venait de tirer de son gousset, une belle pièce neuve et bien blanche.

Mais l’enfant secoua encore une fois la tête et répondit sans hésiter:

“Vous no réfléchissez pas-à ce que vous dites,

mntishhénsioéitistithititéinitiiitehirsiemitimeinnenmttne LE PETIT PATRE 19 voyez-vous. Si je faisais raaintenant ce que vous désirez, je renierais vraiment mon Dieu, et j’insulterais ma mère. Car ma mère m’a commandé de me signer ainsi tous les jours, pour l’amour de Dieu et d’elle, et, d'autre part, Jésus a dit que sa foi et son amour sont plus précieux que l'or, que les grandeurs, les riches vêtements, et toutes les autres belles choses de ce monde... Pensez-y donc, monsieur... trahir ma foi pour de l'argent ! c’est là certes une lâcheté que je ne ferai point.

— Tu la feras cependant, à moins que tu ne préfères la corde! s’écria l’un des varbares, que le sang-froid de l'enfant avait violemment irrité.

— Je ne le ferai noint, répliqua Stasio, tranquille et résolu. Vous pouvez m’emmener, me battre, me

tuer, si bon vous semble.

— Ah! scélérat, tu nous braves ; ah ! chien de Polonais, tu nous railles !... Eh bien, tu vas voir ce qu'il en coûte de résister, maudit, à tes maîtres qui te commandent, et de désobéir aux ordres de notre père le czar | ”

Ici, les soldats exaspérés se dirent entre eux quelques mots. La fureur les aveuglait, l’ivresse aussi, car la plupart d’entre eux chancelaïent sur la bruyère, ayant pillé le matin même, la cuisine et la cave d’un dwor.

Quelques-uns des paquets qu’ils traînaient après eux étaient liés à une corde souple solide et bien unie. Ils la détachèrent rapidement, en proférant les injures les plus épouvantables; ils firent un nœud coulant à

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l’une dé ses extrémités, et attachèrer l’autre bout à la plus grosse branche de l’arbre.

Oui, de l’arbre, du vieux chêne sous lequel tant de fois Stasio s'était assis, répétant joyeux ses cantiques que la brise du soir emportait sur les prés, et façonnant de son couteau, des grains de chapelet pour lui, un fuseau pour sa mère.

Et puis, lorsque le nœud fut fait, on lui passa la corde au cou. Les visages basanés des soldats étaient féroces et résolus ; le canoral lui-même, qui avait paru s'intéresser au pauvre petit, innocent, hochaït la tête avec douleur, mais n’osait plus le défendre.

La corde était donc passée autour du cou frêle et blanc, emmélant son nœud fatal aux boucles de cette chevelure blonde. Stasio ne bougeaïit :t ne pleurait point ; il avait un peu pâli et envoyait par delà la plaine et les coteaux, un regard d'amour à son clocher, un regard d'adieu à sa mère.

“Maintenant, attention, vaurien !... Songe que tu vas aller danser là-haut, lui dit, avec ux geste sinistre, l’un des plus farouches de la troupe. Mais si tu as réfléchi, 5t si tu trouves que ta peau en vaut la peine, obéis au commandement: fais le signe de la croix.

T1 n’avait garde d’y manquer, l'innocent, le martyr! Sans cela, cominent se mettre en route pour le ciel], se recommander # Dieu au moment du dernier voyage ? Il se mit donc en devoir de tracer le signe divin ; mais toujours antique et sacré, tonjours catholique, toujours le même. L'or ne l’avait pas tenté ; il ne craignait pas la mort.

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Ler. soldats blasphémèrent et hissèrent la corde... Et on le vit flotter en l’air, au-dessous des br:ncnes du vieux chêne, sa petite sukman (1) grise se mêlant à la verdure des rameaux, sa jolie tête dorée vmbragée de leurs guirlandes,

Mais le jeune front pâlissait, devenait livide, hélas! Les regards devenaient troubles, les lèvres devenaient bleues, et d’en bas les bourreaux répétaient, sombres et sinistres :

‘Si tu veux ne pas mourir, fais le signe ‘a la croix.”

Or le petit martyr, aux trois quarts suffoqué, n'aurait pas pu répondre. Les muscles de ses bras, de ses mains. déjà engourdis, ne pouvaient plus se raidir pour une protestation suprême. Mais un dernier effort pouvait du moins prouver sa volonté, sa fermeté, prouver que la mort seule, désormais, pourrait les dénouer et les disjoindre. Donc, il approcha l’une de l’autre ses deux petites mains raidies et les joignit sur

sa poitrine, lentement, fermement.

La rage des tourmenteurs fut portée au comble, à cette vue.

‘Ce gredin-là ne vaut seulement pas la corde que .

nous lui avons destinée,” s’écrièrent quelques-uns de ces braves.

— Il nu pas peur du gibet, cela se voit, fit observer un autre; mais peut-être ferait-il, mes ainis, une

(1) Vêtement des paysans ; sorte de surtout, de houppelande

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autre mine, si nous le mettions en face de nos canons 4 de fusil. % À — C’est cela ; essayons,” dirent en chœur ces furieux. Et l’un d'eux, s'appuyant à l’épaule de deux de ges compagnons, atteignit la branche du chêne et coupa lestement la corde. L'enfant suffuqué s’affaissa lentement sur le gazon.

Ils lui laissèrent à peine le temps de se ranimer. Maintenant qu’il avait moins de force, il aurait moins de courage. Tei était, du moins, le calcul des bourreaux, qui pensaient bien triompher.

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