‹ Les Récits du bon curé [microforme]Chapitre 21 sur 38 · Il le se s, de iteuil as de ndies plus gage · texte numérisé non relu

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Lorsque es troupes françaises allaient reprendre leurs positions, les jeunes Bretons cherchèrent des yeux l'officier qui les commandait. Ils l’avaient perdu de vue au milieu du tumulte de la bataille ; Gourhaël l’avait vu disparaître dans un nuage épais de fumée. Inquiets, les petite soldats s’informèrent du sort de leur officier auprès d’un sergent de la ligne: ‘‘ Il est tombé frappé par un éclat d’obus,” répondit le sousofficier. On arrivait au bivac; la nuit était noire et la terre couverte de neige. Aussi loin que portait le regard, on ne voyait que cadavres.

Pressés les uns contre les autres, épuisés de fatigue, tristes et silencieux, les soldats entouraïient les feux. Vous auriez pu voir alors deux hommes s'éloigner des groupes, une lanterne à la main. “ Vous allez vous faire enlever! leur cria le capitaine. — Il faut bien chercher notre officier, répondirent les deux enfants de la Bretagne.” Ils allaient de mort en mort, éclairant de leur lanterne les pâles visages des victimes. Leur marche était lente; le froid troublait leur vue, et les balles prussiennes sifflaient à leurs oreilles. Ils se traînaient ainsi depuis plus de deux heures, lorsque le petit Yves fut atteint d’une balle qui lui traversa la jambe, saz : briser los. Iltcmba, se releva promptement, entoura la blessure d’un mouchoir et reprit son chemin. Combien de fois ne pensèrent-ils pas que leur recherche était couronnée de succès ! Tous les morts se ressemblaient avec leur voile de neige et leurs paupières closes. Ænfin, Vves jeta un petit cri où la

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douleur se mêluit à la joie. Leur officier était là devant eux, raidi, glacé, »resque enseveli sous la neige. Le sang s'était durci sur la plaie, et ses bras éténdus en forme de croix étaient à peine visibles; car d’autres morts les avaient, en tombant, enfoncés dans une neige rougie par des traînées sanglantes.

“Il est mort, dit Gourhaël; mais enlevons-le, pour qu’on l’enterre près d’une église.” Alors ils emportèrent le corps d’un homme dont ils ne savaient même pas le nom. Ils risquaient leur vie pour celui qui avait été bon. Tous deux pleuraient en silence, et leurs larmes se changeaient en glaçons. La lanterne ne les éclairait plus ; elle demeurait abandonnéesur le champ de bataille et rappelait ces lumières que la piété des familles place auprès du lit où reposent les restes du chrétien. Ils marchaient donc dans l'ombre, foulant aux pieds ceux qui étaient tombés la veille.

Ils arrivèrent enfin au bivouac avec leur précieux fardeau; plusieurs chirurgiens accoururent; un grand nombre d'officiers se réunit. On tente tous les efforts possibles pour rappeler la vie dans ce corps percé, meurtri et glacé. Depuis minuit jusqu’à trois heures du matin, tout espoir semble perdu. Enfin, un peu avant quatre heures, celui qui était mort, semble revenir à la vie. Les soins redoublent, et le soir l’officier ouvre les yeux. Il promène autour de lui un long regard vague, indécis.. Tout à coup, une rougeur glisse sur ses joues ; un éclair fugitif brille dans ses yeux: ses lèvres cherchent à sourire ; il a vu les gants de ses

petits soldats. Ces enfants ne l’ont pas abandonné un seul instant; ils sont là avec ces gants, qui, par de rudes frictions sur le cœur de l'officier, ont rétabli la circulation du sang.

Huit années nous séparent de ces événements. Les deux petits Bretons sont rentrés, l’un dans sa ferme près de Lorient, l’autre dans son atelier de coutellerie à Hennebon. Tous deux ont conservé les gants de la campagne.

L'officier, qui est général, pense souvent aux deux petits soldats, et à cette parole de l’un d’eux : “ Dieu vous le rende!” et dit en lui-même: Charité n’est jamais perdue.”

Général AMBERT.

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C'était le premier soir de novembre. Après les solennités de la Toussaint, chacun regagnait son foyer et se dérobait à la hâte aux atteintes prématurées de l'hiver. Ce sombre visiteur arrivait en effet rapidement, comme pour célébrer les morts; il était porté par un vent glacé, et, à son passage, les feuilles jaunies, derniers souvenirs du printemps, s’enfuyaient affolées.

Une immense tristesse envahissait la nature et préparait les âmes aux tristesses du lendemain.

Mais si tout était triste en cette soirée, rien n’était plus triste que les ruines de la vieille abbaye avec ses arceaux brisés, son cloître désert, son cimetière abandonné.

Là, des milliers de moines avaient chanté jour et nuit les louanges de Dieu. Là, des abbés, à la mitre splendide, présidaient chaque matin les belles et grandes cérémonies de l'Église, et, appuyés sur leurs crosses puissantes, recevaient les hommages de tout un peuple.

Aujourd’hui, il ne reste plus que les débris de l’église

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et un clocher dont l’ombre couvre encore le vieux cimetière des moines.

Les paysans de la bourgade voisine viennent parfois réciter une prière à la croix de pierre de ce cimetière délaissé, et, dans le clocher, une cloche argentine, oubliée par les pillards de la Révolution, sonne encore pour appeler aux offices ; car la pauvre église du village, à peine relevée après nos désastres, ne possède ni cloche ni clocher.

Maclou, sonneur et sacristain de cette pauvre église, qui ne lui donnait aucun salaire pour sa double fonction, avait disposé les ornements de deuil pour la commémoration des morts ; il avait déployé en cette circonstance tout l’art de sa longue expérience et tout le zèle de sa dévotion ardente pour le purgatoire: il entoura le catafalque vide de cierges neufs, contempla encore son ouvrage d’un air satisfait et partit vers le clocher du cimetière des moines ; il allait, à la tombée du jour, sonner le glas.

La vieille cloche des moines s’ébranla, et elle redisait, comme au siècle d'avant, à la contrée d’alentour:

Priez, priez pour les trépassés !

Et à chaque foyer, chacun se signa et répondit à la plainte de la cloche par un De profundis.

Ce soir, on n’entendit dans la bourgade ni chants

ni rires; quelle est, en effet, la famille qui n’ait à se souvenir d’une place laissée vide?

La nuit devint complète sur les ruines du couvent. Tout était silencieux, et la triple couverture de mousse jetée par le temps sur les pierres sépulcrales ne permettait même pas d'entendre les pas d’un vieillard qui cheminait lentement. C’était le vieux prêtre desservant l’église, débris vivant échappé à la persécution. 11 avait connu les derniers jours du monastère dont il était novice, et aujourd’hui il en gardait les ruines.

Ces moines d’autrefois avaïent-ils toute la ferveur de leur état? Nous ne savons ; mais ce vieillard avait certes l’ardeur de la jeunesse éternelle renouvelée chaque matin à l’autel: on l’appelait LE SAINT et l’on disait que parfois son front s’illuminait pendant sa prière.

L'ancien moine, au son du glas, avait récité les psaumes ; puis, attiré par son attrait mystérieux, bravant le froid de la nuit, il était venu jusqu'aux ruines prier pour ceux qui avaient été ses frères.

Il se prosterna devant les restes de l’autel, et évoquant le souvenir de tant de messes célébrées sur ces pierres brisées, il pria pour les moines trépassés ensevelis sous ces dalles et oubliés si complètement aujourd’hui.

Que de fondations pieuses faites là pour les défunts! Combien de prières dues au purgatoire et qui ne 8e faisaient plus !

Le prêtre demandait au Seigneur, à cause de la charité des fondateurs, d'ouvrir abondantes les sources de

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ses mérites et de faire revivre les secours que ces fondations devaient assurer aux âmes.

Cependant, l’heure avançait; peu à peu les derniers feux s'étaient éteints ; les âtres étaient noirs ; le sommeil avait fermé les paupières, et Maclou le sonneur sonnait sonnait toujours.

‘“ Sonne, sonne, Maclou, lui disait une voix intérieure : plus tu sonneras, plus les morts obtiendront de prières.”

Mais, Maclou se répondait-il à lui-même: ‘“ A quoi bon ? Tous dorment.

— Qui sait ? Quelqu'un se réveillera peut-être pour prier pendant la nuit des trépassés : appelle, appelle encore.

— Eh bien, sonnons, sonnons encore ; d’ailleurs ma cloche, c’est ma prière à moi.”

Et Maclou le sonneur sonnait toujours. Et plus il sonnaît, debout sous l’ancien porche, plus il avait d’entrain : une force d’en haut le soutenait ; la fatigue ne l’envahissait point.

Qui donc:devait-il éveiller pour la pzière en cette nuit redoutable ?

Cependant il rêvait à ses morts, à ceux qu’il avait accompagnés, jeunes et vieux, riches et pauvres, au cimetière; et le rythme cadencé de sa cloche, comme un sermon monotone, transforma ses idées en rêve.

‘ Mon tour viendra, disait-il lentement: j’ai passé la soixantaine. Seigneur ! faites queje sois prêt, quand gonnera mon heure.”

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