‹ Les Récits du bon curé [microforme]Chapitre 23 sur 38 · LS · texte numérisé non relu

LS

2 Ÿ £ $ &>° , € à. WU de K 4 IMAGE EVALUATION K TEST TARGET (MT-3) O0 le iè | El “ Fi M2 ] di iles —— I ILE 12 AS ue = | 1 | SCA AR, | # +. :

© AN | ee | AE

Pho , BL aphic 23 WEST MAIN de) | à Sciences sis Corporation

: DR ° Fe AT CA es EE: mûce hi EP ce : 5 e £ En 5 ax earans : ; à :

Far atrnastei

een L3 v…

3 x # | 2 oo PP "1 PR RS ET MER seen 2, me 5 oo "1 une ET 075 sois

leurs montures, et le pauvre enfant orphelin, héritier des comtes d’Ostrog, continua sa route vers l’exil, laïissant derrière lui sa patrie en deuil, son châtedu en ruines, le tombeau de sa mère au pied du grand chêne, et les gouttes du sang de son père mélées à la poussière du chemin |

Le deuil des hommes et des choses n’est jamais éterael. Il ne faut qu’un peu de temps pour que les ruines se relèvent, pour que les pertes se réparent, pour qu’une fraîche et nouvelle verdure vienne parer les champs engraissés par le seng des morts. C’est ce qui eut lieu à Ostrog, après la retraite des Tartares.

D'abord les quelques habitants échappés au masgacre considérèrent, les iarmes aux yeux, les cadavres de icurs frères et les débris de leurs demeures; puis ils relevèrent les unes, et ensevelirent les autres. Quelques aunées de paix leur permirent de faire disparaître, peu à peu, la trace de ces malheurs. Aussi, vingt ans après l’époque où commence notre histoire, les maisons de bois de la ville d’Ostrog, relevées et rajeunies, se pressaient encore au pied de la haute colline sur laquelle se dressait le château du seigueur. Et les yeux des paysans de la contrée et des bourgeois d’Ostog se tournaient encore, avec amour et respect, vers ies murs crénelés et les hautes tourelles ; car là vivait tout ce qui leur restait de la famille de leurs anciens seigneurs: un vieillard, une jeune fille,

mais ue les arent, parer est ce es.

maslavres puis Queldispa- Aussi, stoire, ées et haute Pueur.

bourpur .et elles ; lle de fille.

Le vieillard se nommaït Constantin Ostrogski; il était l'oncle du défunt comte, tombé en combattant les Tartares. Malgré son grand âge, ses anciennes blessures et ses cheveux blancs, le seigneur Constantin jouissait "d’une verte vieillesse, possédait un cœur vaillant. Il témoignait, en outre, le dévouement le plus sincère et la plus tendre affection à l’héritière du castel, sa petite nièce Aline.

Ainsi elle n’était point morte, l: mignonne enfant que la pauvre mère avait tant pleure. Lorsque, dans le désordre de l’ass.nt, le vieil écuyer auquel la petite fille avait été confiée, s'était enfui par un passage secret donnant sur la campagne, il avait cru que la comtesse et son fils le suivaient, conduits par d’autres serviteurs; et, gagnant au ÿlus vite la ville de Luck défendue par une ceinture de châteaux forts, il avait remis l'enfant aux mains des parents de sa mère Aline grandit chez eux, heureuse, aimée, jusqu’à l’âge de dix-huit ans. A cette époque, on lui donna son grand-oncle pour tuteur, et on l’établit dans son chàteau restauré, où elle vivrait en comtesse souveraine, jusqu'au moment cù ii lui plairait de choisir un époux.

Aline était toute petite encore, lorsque les parents de la malheureuse comtesse Constance avaient envoyé en Crimée un messager chargé d'offrir au Khan une forte rançon et des présents, s’il voulait la rendre à sa famille. Mais l’on avait répondu qu’en chemin la jeune mère était morte; que depuis lors son fils l’était

aussi. Ainsi, de cette noble ct florissante famille, la petite Aline seule restait; c'était à elle que demeuraient, en héritage, le château, le village, les terres et les parchemins. l’épée du dernier seigneur et s1 couronne de comte. s

Aline, comtesse d’Ostrog, était donc, à vingt ans, une belle jeune fille, vive et svelte, blanche et blonde. Sea vassaux la vénéraient, son tuteur l’adorait; plusieurs seigneurs de la contrée s'étaient mis sur les rangs pour obtenir sa main. Muis jusqu'alors elle n’en avait accepté aucun, et restait libre encore, ur peu fière, d’humeur joyeuse et résolue, et ne sentant son cœur attristé que lorsqu'elle songeaii au destin horrible, à la mort de ses malheureux parents.

Le dernier jour du mois d’août 14..., Aline, en com. pagnie d'Horpyna, la pauvre nourrice jadis abandonnée mourante, se tenait assise auprès d’une d3s étroites fenêtres, dans une salle de son château. Elle appuyait sur sa main sa tête blonde coiffée d’une résill: en fils d’or, et, abandonnant sur ses genoux sa tapisserie commencée, laissait errer ses yeux bleus sur la plaine, où une ligne tortueuse et noire, coupant les hautes herbes, indiquait un sentier battu. Longtemps elle garda le silence, et des larmes roulaient sur ses joues ; enfin relevant le front et se détournant avec tristesse, elle murmura :

# C’est là le chemin qui va vers l’Est, la route de Crimée! C’est par là qu’ils sont partis. Oh! ce devait être un départ navrant, nourrice |

ABDUI-BEG 185

— Oh! oui, damoiïselle ; et je ne sais vraiment comment j'ai fait pour survivre à ces hoïreurs. Nous marchions là-bas, à travers ces herbes, moi et bien d’autres femmes enchaîntes. Autour de nous, rien que des Tartares tout noirs, sanglants, barbus, qui nous menaçaient de leurs sabres ; ils insultaient le Christ et sa sainte Mère, et se montraient en riant les têtes sanglantes qu’ils avaient suspendues au poitrail de leurs chevaux.

— Et elle aussi voyait tout cela, pauvre mère! interrompit Aline, dont la voix tremblait.

— Oui, elle avait bien souffert; maïs pourtant sa mort a été douce; elle pensait vous retrouver au ciel; elle y allait avec bonheur. Croyez-moi, damoiselle, ce n’est pas elle qu’il faut plaindre... mais Kazio, le cher mignon, lui qu’ils ont emmené, lui que j’ai vu partir, mon Dieu! Ah! le bien-aimé petit ange! Il me ten dait les bras; il criait qu’il voulait se coucher là, s'endormir à côté d'Horpyna et de sa mère. Et ile l'ont cependant emporté, ces bandits!

— Tout jeune qu’il était, le chagrin l’a tué, pauvre frère! ait Aline en s’essuyant les yeux. Plus tard, lorsque mon oncle l’a redemandé, en proposant une forte rançon, le Khan a répondu qu’il était mort peu de temps après son arrivée en Crimée.

— Oh! damoiselle, ne vaut-il pas mieux que cela soit ainsi ? Que serait-il devenu s'il avait granai entre les mains de ces infidèles, oubliant la langue de son pays et la religion de son Dieu? Ah! quand, après

avoir été recueillie et soignée par des paysans, je suis revenue à la connaissance, ma première prière à la Vierge a été pour lui demander d’avoir pitié du pauvre enfant, et de le rendre bien vite à sa mère. Et la sainte Vierge m'a sûrement exaucée: voilà pourquoi le petit Kazio est mort !

— Hélas ! tous sont partis, et seule ils m'ont laissée, murmura Aline, les yeux en pleurs. Parler d’eux, prier pour eux, c’est Gésormais ma seule joie.

— Il y a vingt ans qu’à pareil jour les Tartares ont paru dans la steppe, là-bas. Ils ont assiégé le château pendant toute une semaine ; le dernier jour, ils l’ont emporté, et c’est le lendemain, jour de la Nativité de la Vierge, que votre mère est morte.

— Et, depuis ce temps, ils n’ont pas reparu, reprit la jeune fille, songeuse. Horpyna, s'ils venaient encore, je les haïraiïs tant que je ne les craindrais pas. Je les combattrais d’abord, et puis je m’adresserais à Dieu. Et si rien ne les foudroyait, ni mes armes, ni mes prières, ils me tueraient à la tête de mes serviteurs, lorsqu'ils entreraïent ici. Ah! je n’ai peur ni des cimeterres, ni des lances. Je suis jeune, je suis forte, et j'ai un père à venger.

— Ah! re parlons plus de toutes ces horreurs, damoiselle. Tâchez d'oublier ce que nous avons dit, d’essuyer vos larmes et de prendre un air de joie, car voici le seigneur votre oncle qui arrive. Écoutez.”

Le vieux gentilhomme, en effet, dont les chevaux et l’escorte venaient de franchir le pont-levis, parut

bientôt dans la salle. Il paraissait grave et songeur ; à sa gravité ordinaire s’ajoutait une nuance un peu sombre: c'était peut-être de la fatigue, peut-être de l’abattement. Aline pensa que 3on oncle avait besoin de nourriture et de repos après une longue route, et elle ordonna à ses femmes de faire servir le souper.

Pourtant, lorsque tous deux furent assis, dans la grande salle lambrissée de chêne, auprès de la table chargée de mets, qui paraissait si longue pour deux convives seuls, Aline remarqua avec inquiétude que le vieillard mangeaïit à peine, et que son front un peu sombre ne parvenait point à se rassérénur. Aussi, dès que les plats furent enlevés, la douce et charmante enfant se hâta de quitter son siège.

‘ Vous êtes triste, mon oncle? dit-elle en s’asseyant aux genoux du vieillard et lui prenant la main. Vous êtes souffrant peut-être ?

— Nullement.

— Vous êtes inquiet, du moins?

— Laïisse-moi mon souci et mon inquiétude... C’est un trop vilain mal pour le donner à une jenne fille comme toi. À moins que le moment ne vienre où tu devras les partager, pauvrette.…..”

Tout à coup elle entendit, au milieu de ses refrains pieux, une exclamation confuse s’échapper des lèvres du vieux gentilhomme. Et sur son bras fréle, la main de son oncle se posa en frémissant avec un geste de terreur.

‘Que Dieu nous protège, Aline... Regarde!” murmura-t-il, en se levant, s

TRS TRE Fe

ca Sn SR AE NEA die US

La jeune châtelaine, interdite, se pencha à la fenêtre, regardant vers l'Orient qu’indiquait la main du vieillard. Dans ce coin du ciel se passait, en effet, un phénomène étrange. Les nuages avaient passé, du bleu noir qui les teignait tout à l’heure, à un rouge ardent s'étendant jusqu'aux confins de l’horizor en un vaste dôme de pourpre. Puis, autour des reflets blanchâtres, par moment glacés d’or, qui formaient à cette voûte une sorte de pâle auréole, tourbillonnait une noire vapeur tranchant à peine sur le fond grisâtre de la nuit.

‘ Mon oncle, qu'est-ce donc ?... Tn incendie ? demanda-t-elle. Si étendu, si vaste? Qui peut l'avoir allumé ? |

— Des mains sanglantes, des mains barbares, qui ont ravagé ton patrimoine et ensanglanté ton berceau. Les Tartares approchent, les Tartares reviennent. Ils sont là-bas, à Prucki, et c’est le village qui brûle. On m'en avait averti déjà; à cinq lieues d'ici, dans la steppe, on les avait aperçus; mais j’espérais encore. Que le ciel nous vienne en aide ! ils seront ici demain.

— Mon oncle, ils nous tueront peut-être; mais ils ne nous prendront pas! s’écria Aline, le visage pâle, mais les yeux brillants et la contenance assurée.

— Qu'en sais-tu, pauvre enfant? Ton père était plus jeune, plus robuste que moi, et aussi brave ; cependant il n’a pu empêcher la captivité de sa femme et la ruine de son château... Je le répète du fond du cœur: que Dieu nous vienne en aide! Mais je vais donner

mes ordres, rassembler les hommes d’armes, faire garder les murs; puis nous irons dormir... Aujourd’hui nous le pouvons encore ; mais peut-être ne dormironsnous plus demain.” |

En effet, le seigneur assembla son conseil; on occupa les remparts, on fortifia les ponts-levis, on forma des patrouilles. Puis, peu à peu, dans le château, les portes se fermèrent, les lumières s’éteignirent, et les habitants d'Ostrog passèrent leur dernière nuit de paix.

Page 1