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avec elle sa petite sœur. Les enfants se retrouvèrent au milieu de la cour où était enchaîné un chien très méchant ; son repas était posé devant lui dans une écuelle en boïs. Mary plongea sa prtite main dans le plat et commença à manger avec le chien. Lizzie s’approcha et remarqua que dans la soupe nageaïent quelques morceaux de pain et des pommes de terre. Elle aussi ne put y tenir; n’ayant qu’un sentiment, celui d’une faim horrible, elle prit du pain et quelques vommes de terre et les mangea avec avidité.
Le chien, qui r’était pas habitué à pareille société, regarda les enfants avec étonnement ; il recula, s’assit ét leur abandonna son dîner. Au même moment le fermier traversa la cour pour voir si les enfante s'en étaient allées et aperçut cette scène étrange.
Le chien était connu de tout le monde comme étant très méchant et on était forcé de le tenir toujours à la chaîne.
Même les domestiques ne déposaient la nourriture de la bête qu’avec appréhension.
Effrayé, le fermier ne pensa qu’au danger que couraïient les enfants, et courant à elles, il leur cria:
“Ne voyez-vous pas le chien? Il vous déchirera en
lambeaux. Mais il s'arrêta tout surpris et comme pétrifié lorsqu'il vit le chien £e lever, s'approcher des enfants, les regarder faire et remuer sa queue à l’approche de son maître, comme pour dire:
“Ne renvoyez pas mes hôtes.”
À cette vue un grand changement s’opéra dans l’es-
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prit de cet homme; le spectacle qu’il avait souc ses yeux agit sur lui comme un courant électrique et remua en lui des sertiments qu'i n'avait jamais ressentis auparavant. Les enfants s'étaient relevées tout effrayées à la voix du fermier, craïynant d’être punies pour avoir partagé le dîner du chien. Après quelques instants de silence. le fermier dit:
“Votre faim est-elle réellement si grande que vous ne dédaignez pas même ie dîner V’un chien? Venez, vous aurez à manger autant que vous voudrez chez moi.” Cela disant il prit les enfants par la main et les fit entrer dans la inaïison.
Le chien avaît fait honte au maître. Touché par ce qu’i! avait vu, le fermier était désireux de réparer ce que sa conscience lui disait étre un péché. Il fit asseoir les enfants à la table, s’assit auprès d’eux ‘et leur demanda avec bonté leurs noms.
‘Mon nom est Lizzie, dit l’aînée des petites filles, et celui de ma sœur est Mary.
— Y a-t-il longtemps que vos parents sont morts ?
— Notre père est mort il y a deux ans, mais notre mère n’est morte que la semaine passée, Elles pleurèrent.
— Mes enfants ! ne pleurez pas, dit le fermier. Dieu aura soin de vous d’une manière ou de l’autre. Ditesmoi, d’où venez-vous ?
— De Loughrea.
— De Loughrea, dit le fermier, de Loughrea ? C’est étrange.
90 LE OHIEN CHARITABLE
I1 commençait à soupçonner la vérité et demanda en hésitant :
‘ Quel était le nom de votre père?
— Martin Sullivan, répondit Lizzie.
— Quoi !... Martin... Martin Sullivan ? ” exclama-t-il en bondissant de sa chaise et en jetant un regard perçant sur les deux enfants, qui prirent peur.
Son visage devint tout rouge et des larmes coulèrent de ses yeux; il sanglota, il prit la plus jeune des petites filles dans ses bras, la serra sur sa poitrine et l’erabrassa avec effusion. Il fit ensuite la même chose avec l’aînée. Enfin se remettant, il dit:
‘ Connaissez-vous mon nom, mes enfants ?
— Non, répondit Lizzie.
— Comment se fait-il alors que vous soyez venues chez moi ? Quelqu'un vous a-t-il envoyées ?
— Personne. Nous devions aller à Kilburn où habite un frère de notre père, et où on nous a dit que nous serions reçues avec bonté. Je ne l'ai jamais cru, car notre mère nous disait toujours que notre oncle était un homme au cœur dur et qui ne tenait pas à la parenté.
— Votre mère avait raison, lorsqu'elle vous disait cela, maïs que ferez-vous si cet homme dont le cœur est si dur ne vous reçoit pas?
— Il ne nous restera qu’à mourir de faim, murmura Lizzie.
— Non, non, s’écria le fermier, cela n’arrivera jamois, jamais. Séchez vos pleurs, mes enfants, Dieu
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dans sa bonté a eu pitié de vous et s’est servi d’une brute pour toucher le cœur de votre oncle, qui ne vous absndonnera jamais.”
Voyant l’éconnement des enfants, le fermier continua :
“Vous alliez vous rendre à Kilburn, chez Patrick Sullivan, eh bien! c’est chez lui que vous êtes en ce moment: c’est moi qui suis cet oncle, et maintenant que je sais que vous êtes les enfants de mon frère Martin, soyez, mes enfants, les bienvenues.”
Les pauvres enfants séchèrent leurs larmes et bientôt un sourire illumina leurs traits. Patrick Sullivan avait pris cette ferme il y avait à peu près un an.
La Providence avait dirigé les pas de ces enfants vers lui, mais si le chien ne lui avait pas donné cette leçon, qui sait ce que seraient devenues les pauvres orphelines? Mais celui qui est le père de tous ceux qui n’en possèdent pas, ne les aurait certainement iamais abandonnées.
(HISTORIQUE
‘ Père, j'ai peur. Entendez-vous le vent mugir et la neige fouetter les vitres de la chambre?
— Dors, ma chérie, dors ; demain le temps s’éclaircira et la tempête sera loin.
‘— Je ne puis dormir, père : je souffre.”
Ces paroles furent un coup pour le père. Il prit la petite main de l’enfant qu’il pressa contre ses lèvres, et courba la tête pour lui dérober sa douleur.
Hélas! depuis bien des nuits la petite Angèle ne dormait plus. Une maladie de langueur qu’elle avait héritée de sa mère, la tenait clouée sur son lit. Une toux déchirante soulevait à chaque instant sa poitrine, pendant que la sueur inondait son gracieux vis ge.
Pauvre entant ! Pauvre père surtout ! il n’avait plus qu’Angèle au monde. Comme il l’aimait! Comme il l’entourait de soins affectueux ! Le cœur de la mère partie semblait être confondu avec le sien pour chérir davantage cette enfant. Il avait appelé à son aide les
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princes de la science ; il avait invoqué les praticiens les plus célèbres ; il avait dit à l’un d’eux: “Sauvez ma fille, et la moitié de ma fortune.est à vous.” Le médecin s'était incliné avec reconnaissance, mais il n’avait pu guérir l'enfant.
Depuis quelques jours le mal semblait grandir encore; les joues pâles d’Angèle prenaient parfois des teintes livides, présage mystérieux de mort. Son père pe la quittait plus.
Il avait abandonné toutes les préoccupations de la vie; il ne songeait qu’à une seule chose, retarder l'instant fatal de quelques heures. Oh ! ïl était bien malheureux, le pauvre père; car il lui manquait la suprême consolation que la bonté divine ménage aux infortunés : il lui manquait la foi.
Depuis de longues années, il avait oublié le chemin de l’église ; tout entier au monde et à ses pompes, il s'était vu glisser du doute à la négation absolue. La politique haïneuse à laquelle il a voué son talent, avaït arraché de son cœur les dernières fibres re!ligieuses qui y vibraient encore. Et ceper tient il éteit entré dans l’âge mûr. Il avait vu rartir sa jeune femme, pleine d'espérance et de foi; mais cette mort n'avait pu réveiller en lui les sentiments éteints,
Et voilà que Dieu se rappelait de nouveau à sa mémoire, en venant lui demander son enfant.
Il y eut un assez long silence. La pendule sonna onze heures. |
Alors dans l’air une grande voix domina la tempête ; les cloches de l’église voisine sonnèrent à toute volée pour annoncer le sublime événement de cette nuit.
Noël! chantaient les cloches ; Noël!
Chrétiens ! réveillez-vous et accourez au pied des autels. Voici le jour béni entre tous les jours ! le jour par excellence :
L'enfant Jésus est né. Chrétiens, réveillez-vous, et accourez |
Et le céleste écho était entendu; car les fenêtres g'éclaircissaient subitement dans les rues désertes. Des ombres noires passaient derrière les rideaux; on se préparait à entendre la messe de minuit.
Angèle soupira et regarda son père longuement, avec une tendresse infinie.
‘ Entendez-vous, père? murmura-t-elle.
— Oui, ma fille bien-aimée ; ces cloches t'empêchent de dormir ?
— Oh! ce n'est pas cela.”
Et l'enfant mit la main sur sa poitrine qu’un feu interne dévorait. Elle reprit bientôt :
‘“ L'année dernière je n'étais pas malade, et le vent ne gémissait pas aussi fort. Maman n’était pas encore
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partie pour le ciel! Oh! c'était un beau jour, père; je me le rappelle si bien | ” R
Un instant, Angèle ferma les yeux comme pour revoir en pensée les péripéties de cette journée, qu’elle rappelait de ses vœux.
“Le matin, poursuivit-elle, maman s'était levée de ‘bonne heure, et elle avait dit à Thérèse de m’habiller pour sortir, J’étais contente, bien contente. Il tombait de la neige pourtant. Thérèse me prit dans ges bras, et me porta jusqu’à l’église de Jésus. Oh! père, que c'était beau! Il y avait tant de lumières, tant de fleurs autour de la crèche! Toutes les cloches gonnaient comme à présent, et l’on chantait si bien! L'église était remplie de monde; on s’y pressait; mais maman et Thérèse montèrent en haut; et alors maman me montra un petit enfant couché sur la paille. Il était si joli, si joli! Il me regardait en souriant ; je l’aimai tout de suite... oh! je voudrais bien le revoir encore |
— C’est impossible, ma chérie; n’entends-tu pas au dehors la neige tourbillonner sous l’aquilon ?
— Il neigeait aussi l’année dernière.
— Oui, maïs tu ne souffrais pas.
— C’est vrai, dit Angèle tristement.”
Les cloches se taisaient à présent. On entendait dans la rue le bruit sec de la neige qui crépitait sous les pas. De temps à autre, la porte d’une maison se fermait avec bruit.
Angèle reprit tout à coup:
‘‘ Père, je voudrais bien savoir si l’Enfant-Jésus est encore à l’église, cette année.
— Certes, il y est encore.
— Comment le savez-vous ?
— Mais, dit :e père, il y est sans doute tous les ans.
— L'avez-vous déjà vu ?
— Oui, répondit-il ; mais il y a déjà longtemps.
— Ah ! si vous vouliez, continua Angèle en joignant ses petites mains ; si vous vouliez !
— Parle, parle vite: que veux-tu ?
— Eh bien! je voudrais que vous allassiez à l’église, pour me dire si le petit enfant est encore là sur la paille, s’il y a encore de belles fleurs alentour, et tant de lumières, tant de lumières |
— Mais, je ne puis te quitter en ce moment, ma bien-aimée ; qui te veillerzit comme ton père ?
— Vous appellerez Thérèse, dit l’enfant suppliante,
— Et cela pour te faire plaisir ?
— Un grand plaisir! Maman m’a dit que l’Enfant- Jésus n’était exposé qu’une fois l’an, le jour de Noël.
— Et tu sais que c’est Noël aujourd’hui ?
— Oui, oui, je le sais.
— Eh bien, dit le père avec hésitation, j'irai lorsqu’il fera jour.”
Angèle baissa la tête, et une larme brillante roula gur sa joue.
“Enfant gâtée, reprit son père en la couvrant de baisers, tu voux donc que je te quitte sur-le-champ ?
— Pour aller à l’église seulement. dit-elle à travers ses larmes.”
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Le père sonna : Thérèse accourut anxieuse.
‘Reste près d’Angèle, dit-il brièvement; je ne tarderai pas à rentrer.
— Que vous êtes bon! dit l’enfant toute joyeuse; que vous êtes bon | ”
Thérèse s’assit au chevet du lit, et Angèle ferma doucement les yeux.
Un quart d’heure plus tard, M. de B. entrait dans l'église de Jésus.
Une foule pieuse et recueillie se pressait sous la voûte du temple. La grande voix des orgues résonnuit, puissante parfois comme le cri de l'ouragan, douce et plaintive, l'instant d’après, comme le gémissement d’une âme repentante. De nombreux cierges entouraient l’autel qu’on n’apercevait qu’à travers un nuage d’encens.
Le père d’Angèle, la tête haute, traversa la foule et monta jusqu’au pied du chœur où la crèche était dressée, au milieu d’un parterre de fleurs rares.
“Caprice d'enfant, pensait-il; m'envoyer ici à pareille heure; enfin, si je puis la distraire un instant, ce n’est rien.”
Ce disant, M. de B. promena un regard assuré autour de lui. Il vit les fidèles prier avec une ferveur angélique, 1: front courbé, les mains jointes. L’auguste sacrifice étaii commencé; les prêtres, revêtus des plus
riches ornements, célébraient les saints mystères. Les voix des chantres s’unissaient aux chœurs des anges qui dans le ciel entonnaient l’éternel hosanna |
Et, reposant sur un peu de paille, la douce figure symbolique de l’Enfant-JÉsus souriait à chacun, pendant que ses bras s’ouvraient comme pour presser contre son sein l’humanité entière.
Le père d’Angèle le contempla longtemps. Une émotion singulière s’emparait de son être.
Son regard allait du prêtre qui célébrait l'office divin, à l’Enfant-Jésus qui lui tendait les bras.
I] fit un effort pour s’arracher à cette espèce de fascination, et retourna pour sortir; mais le peuple lui fermait le passage. ù
En ce moment un prêtre quitta l'autel, et vint se
placer sur le seuil du chœur.
M. de B. se remit à sa place.
Le prêtre fit le signe de la croix, et, d’une voix que l'émotion faisait vibrer, il commença ainsi :
‘ O vous tous qui souffrez, venez, et je vous soulagerai.”
Ces paroles produisirent une commotion soudaine dans le cœur du malheureux père. Instinctivemeht il fit un pas en avant pour recueillir mieux encore les paroles consolatrices qui se pressaient sur les lèvres du prédicateur.
Tant que celui-ci parla, le père d’Angèle demeura immobile, savourant en quelque sorte les consolations suprêmes que le prêtre lui apportait de la part du
es. Les 3 anges > figure n, penpresser le émo- > divin aimée : il Qu'il avait tant ; * SOngea à Angèle qui s’éteignait lentement : et une immense douleur envahit son âme 7 d c Quand il dés la tête, l’église était Presque déserte : ple lui € gaz était éteint ; seule, la petite crèche bril] Fi | Comme un phare de Consolation. jh el à M. de B. s’avança jusqu’au banc de Communion, et : . pronient : “0 Dieu, dit-il, Dieu que j'ai Re | servir depuis longtemps, rends-moi ma fille, et ; ix que reviens à toi pour toujours | ” ps gerai.” udaine net il ore les res du meura lations art du
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