RARE
—— Elle a dormi depuis votre départ; elle vient seulement de s’éveiller.”?
M. de B. monta et vint embrasser sa fille,
‘ Eh bien, je suis demeuré trop longtemps, n'est-ce
pas ?
— Non, non, père, dit Angèle, dont la figure rayon-
nait. C'était si beau ! si beau!
— Mais oui, le petit enfant était là, reprit M. de B. en s’efforçant de sourire.
— Je le sais, dis Angèle avec extase; il était encore
plus mignon que l’année dernière.”
M. de B. la regarda avec surprise et vit seulement
l’uir radieux de l'enfant.
‘Comment le sais-tu ?
— Parce aq: je suis allée à l’église avec toi.
— Elle a le délire { pensa le pauvre père en essayant de la calmer.
— Écoutez bien, petit père, et dites-moi si c’est bien cela.
— Calme-toi, mon enfant, mon Angèle,
— Mais je suis calme, dit l'enfant blessée,
— C’est vrai ! eh bien ?
— Eh bien, reprit l’enfant, quand nous sommes entrés dans l’église, il y avzit déjà beaucoup de monde ; on chantait ; … les prêtres étaient à l’autel ; … nous avons traversé la foule, et rous sommes allés admirer la crèche. Que de lumières, que de belles fleurs] Il y avait surtout un arbre superbe qui se pen-
chait au-dessus de l’Enfant-Jésus,
est-ce rayon- . de B.
encore
lement
sayant
st bien
mme up de tel ; … s allés belles se pen-
mea
7 Un palmier, dit M. de B.
croissant.
— Oui, un palmier. Nous allio
} quand un prêtre est venu non loin de nous ;
; ia parlé. Vous l’écoutiez, petit père, et Vous sembliez bien triste.”
M. de B., à ce récit étonnant, sentit son cœur boräir dans sa poitrine et r
egarda Angèle avec une sorte d’épouvante.
“Et sais-tu ce qu’il a dit ? demanda M. de B. d’ voix que l'émotion faisait trembler.
“Il a dit, reprit Angèle en aitirant son père, il a dit que l’Enfant.J ésus vous Consolerait
M. de B. tressaillit.
Nous Sommes encore de
meurés bien js Poursuivit la petite fille; puis on a éteint les
aloïs vous vous êtes 2 pproché de PEnfant-Jé VOus êtes mis à genoux
dont la Surprise allait
ns sortir de l'église,
une
ngtemps, lumières :
toujours | ”
M. de B. jeta nn cri e
“Oui, vous avez dit cela Mais j'ai bien vu que v de l’Enfant-J ésus.
— Une réponse ?
— Oui, petit père ; lPEnfarit-Jésug VOUS a répondu.
— O mon Dieu, qu’a-t-i] Pu me dire? s’écria M. de B. avec une sorte d’égarement.
— a dit: « Reviens d'abord à moi.”
M. de B. se laissa tomber à genoux auprès de l’enfant dans une émotion indescriptible.
‘ Et lorsque nous sommes sortis de l’église, acheva Angèle, vous avez donné une pièce d'or à la vieille Jeannette en lui disant tout bas: ‘ Prie pour Angèle et pour son père.”
Cette fois, M. de B. n’y tint plus; il entoura l’enfant de ses deux bras, et laissa couler ses larrues.
Faut-il dire que le même jour M. de B. retournait à cette même église de Jésus, mais cette fois pour s’agenouiller dans un confessionnal? Le lendemain il s’approcha de la ‘sainte table avec une ferveur qui édifis tous les assistants.
A partir de ce jour, un mieux se produisit dans la santé de l'enfant; les médecins qui l’avaient abandonnée, reprirent courage, et un mois ne s'était pas écoulé qu’Angèle, accompagnée de son père, venait à l’église de Jésus remercier Dieu de son entier rétablissement.
ms
Un jeune homme, élève de nos écoles matérialistes de médecine, entraîné par le torrent des mauvais exemples, renonça absolument aux pratiques de la religion, et, esprit logique, renia bientôt la foi glorieuse de son père, héros tombé sous l’étendard du Sacré-Cœur.
La raère, cruellement frappée par la mort du chef de la famille, souffrait d’une maladie qui la conduisait peu à peu vers celui qui avait été son soutien ; et elle était d’autant plus inconso]able et malade, qu’elle se sentait plus impuissante à arrêter le débordement d’impiété de son fils.
La fille, qui comprenait toute l’étendue de la douleur de la pauvre mère, et voyait son malheureux frère courir ainsi à la damnetion, &’approcha la veille de Noël du lit de la malade.
Maman, dit-elle, si je pouvais aller à minuit à la messe de Notre-Dame-des-Victoires, quelque chose me dit que l’Enfant de la crèche m’accorderait là la conversion de mon frère.
— Ma pauvre enfant! qui t’accompagnerait? Je n’irai plus jamais avec toi à la messe de minuit.
— Eh bien ! mon frère?
— Ton frère! y songes-tu? Lui qui éprouve une «i grande horreur pour l’église, qu'aux enterrements il ne veut pas entrer et attend à la porte, espères-tu qu'il te conduirait ?
— J’essaierai de le décider.
— Je ne demande pas mieux; mais je crains queton éloquence, comme tes caresses, ne soit inutile.”
L'étudiant en médecine reçut de très haut la propogition, qu’il appela saugrenue. Tant de colère cependant dénote ordinairement un reste de foi, prisonnière de l’impitoyable libre pensée.
Le jeune fille insista; et, vaincu par sa persistance, vers minuit, heure à laquelle un homme du monde n’aime pas à dire qu’il préfère se coucher, l’étudiant protégeait sa sœur sur le chemin de la messe, et s’installait auprès d’elle pour la protéger au retour.
La cérémonie fort belle de Notre-Dame-des-Victoires paraissait l’intéresser; il regardait avec une sorte d’avidité ce spectacle oublié, et ne s’ennuyait pas.
Au moment de la communion, il fut fort étonné: tous défilaient pour se rendre à la sainte table. On arriva à son rang; les voisins sortirent, sa sœur aussi. El se vit seul. Le vide lui causa une impression étrange...
Cependant sa sœur recévait l’Enfant-Jésus en la crèche de son cœur, et le réchauffait de l’ardeur de sa prière pour le jeune incrédule. De son côté, le libre
? Je | penseur, prêt à résister fièrement aux sollicitations de tous les chrétiens assemblés dans l’église, succombait gous le poids de l'isolement où l’avaient laissé ses quelques voisins ; disons le mot: il eut peur.
ne £i dort Un souvenir d’enfance domina son esprit; il tomba qu'il à deux genoux, et une explosion de sanglots sortit de sa poitrine...
La jeune fille cependant revenait dévotement. Elle ue ton voit cette abondante de larmes, et son frère qui se penche vers son oreille pour lui dire: “Ma sœur, propo- gauve-moi! Un prêtre! je suis écrasé sous le PR de ndant mon indignité ! Un prêtre! un prêtre!” sro de Ce fut la sœur qui eut à modérer l’impatience du néophyte. À l'issue de la cérémonie, le prêtre fut aticé: trouvé ; et bientôt le jeune homme embrassait sa mère, HS en lui disant : “Je vous rends votre fils.” diant Le portrait du père sembla sourire.
She On ne reposa point en cette belle nuit, pas plus qu’à la crèche de Bethléem; et à six heures du matin tous Ars deux étaient revenus à la même place en l’église de bstte Notre-Dame-des-Victoires.
Au moment de la communion, tous quittèrent leur rang pour aller à la sainte table: l'étudiant les suivait, Une jeune fille restait seule prosternée à deux genoux, et le pavé qui avait reçu la nuit les larmes de repentir, - | recevait encore des larmes: mais c'étaient des larmes de joie.
RS. onné:
e. On aussi.
ANLE.«.
en la de sa libre
Nous étions une demi-douzaine de bambins qui jouions aux billes, en soufflant de temps à autre dans nos doigts. La bise était glaciale; mais les billes étaient neuves, et il y en avait! Nos poches en étaient rebondies. Pour ma part, j'avais quatre belles billes d’agate qui me venaient du “petit Jésus,” et dont j'étais fier comme de vraies reliques.
Lorsque je fus décavé, comme disent les grands, je voulus me retirer de la partie avec mes quatre billes.
‘Oh! le capon! fit un de mes camarades, un gaillard qui avait la tête de plus que moi... Pourquoi ns veux-tu plus jouer ?
— Parce que... parce que. fis-je en balbutiant.”
Les mots g’arrêtaient dans ma gorge. Je sentais comme une vague honte d'expliquer mon scrupule à ce grand escogriffe. C'était ma première attaque de respect humain.
A la fin, pressé de tous les côtés, je pris mon courage à deux mains:
ns qui re dans | billes hes en à belles sus,” et
quatre
‘ Eh bien, je ne joue plus, parce que je ne veux pas perdre mes quatre billes, parce que c’est le petit Jésus qui m’en a fait cadeau.”
Un horrible ricanement accueillit ma naïve explication, un ricanement qui me fit froid dans les cheveux.
‘Quel moutard! fit mon compagnon... Comment, tu crois encore à ces choses-là ?
— Je ne sais pas ce que tu veux dire, fis-je épouvanté. Taïs-toi: car si petit Jésus t’entendait…
— Alors, tu te figures que le petit Jésus descend le soir par la cheminée, et qu’il vient pendant la nuit mettre des billes d’agate dans tes souliers ?.. Va, tu n’es qu’une petite fille ! ”
A cette sanglante injure, mon sang ne fit qu’un tour dans mes veines. J’eus une étrange envie de sauter au collet de l’impie qui m’outrageait et qui souillait de ses sarcasmes tout ce qu’il y a de plus sacré au monde; mais je me retins à temps.
Je vous l’ai dit, il avait la tête de plus que moi...
“Dis-moi, l’as-tu vu descendre, le petit Jésus? insista-t-il avec férocité; dis, l’as-tu vu?
— Certainement, que je l’ai vu, répondis-je avec un aplomb imperturbable.”
C'était un mensonge énorme. Mais j'avais une telle certitude de la chose, que c'était comme si je l'avais encore devant les yeux. D'ailleurs, il fallait confondre le diable, puisque je ne pouvais pas le cogner comme j'aurais voulu.
‘“ Si le petit Jésus ne m'avait pas donné mes billes, d'où donc me viendraient-elles ? ajoutai-je d’nn air de triomphe... Puisque toutes les portes étaient fermées, qu’il faisait nuit, et que le matin, et dès le matin, j’ai trouvé mon Noël dans la cheminée.”
L'enfance a de ces raisons et de ces preuves aux quelles il n’y a pas de réplique possible, Je me serais fait hacher sur place plutôt que de reconnaître que ma démonstration n’était pas le dernier mot de la logique et de l’évidence.
Des semaines, des mois s’écoulèrent: le souvenir de cette altercation mémorable resta gravé dans mon esprit... J'avais beau chasser cette mauvaise pensée, elle repoussait comme la mauvaise herbe. Ne laissez jemais un grain d’ivraïe sur une bonne terre: elle fructifie comme le diable.
A la Noël suivante, on nous donna congé comme de coutume. J'avais deux lieues à faire à pied pour aller à mon village. Pendant la première lieue, je m’amusai au bruit de la neige qui grésillait sous mes pas; je regardai avec intérêt les petites bandes de moineaux qui s’envolaient avec des cris plaintifs vers les granges; puis, à travers la brume, j’aperçus enfin le clocher de mon village... et le clocher me fit songer au petit Jésus qui m’attendait là-bas. Presque au même moment les paroles de l’autre me revinrent: “ Dis-moi, l’as-tu vu descendre dans la cheminée ? Dis, l’as-tu vu ? ” Je pris mes jambes à mon cou, pour fuir le péché, comme si j'avais eu Satan à mes trous-
ges.
es billes, d'nn air ent fert dès le a.
ves aux me serais aître que 1ot de la
souvenir lans mon e pensée, Ne laissez erre: elle
omme de pour aller
je m'asous mes andes de tifs vers eus enfin it songer sque au vinrent :
eminée ?
ou, pour g trous-
Je trouvai la famille en joie, et la fameuse cheminée tout éclairée d’un grand feu. Ma mère me prit entre ses genoux et, en m’embrassant, me fit étendre mes menottes toutes rouges de froid vers les bûches, allumées, qui chantaient en brûlant comme pour fêter mon retour.
Pendant que ma mère me parlait, me demandant si j'avais eu bien soin de mettre mon gilet de laine, s’inquiétant de savoir si mes souliers ne prenaient pas l’eau, j'avais une préoccupation étrange: je plongeais avec obstination les yeux sous le manteau de la cheminée. Je répondais à peine aux questions qu’on m'adressait; toute mon attention s’envolait sur les toits, vers le ciel, avec des tourbillons de fumée.
Dis donc, mère, finis-je par dire d’un air inquiet, est-ce que le petit Jésus descendra cette nuit, cornme les autres fois ?
— Certainement, si tu as été sage.
— Mais, dis-moi, petite mère, comment l'Enfant- Jésus peut-il dans la même nuit venir mettre quelque chose dans les souliers de tous les enfants sages, en descendant en même temps dans toutes les cheminées de toute la terre ?
— Tu sais bien que le petit Jésus est partout, puisque c’est l’enfant du bon Dieu.
— Oui; et puis il a des ailes, ajoutai-je comme pour raffermir ma foi chancelante.
— Des ailes, je crois bien! répondit ma mère; de jolies ailes blanches, bien blanches...”
0 + # D DM MR DEV PR VENUE PEAR
En songeant à ces ailes blanches, bien blanches, une nouvelle perplexité vint agiter mon esprit:
‘ Mais, fis-je, s’il a des ailes si blanches, comment œeut-il descendre dans toutes les cheminées sans se salir ?
— C'est bon pour les petits ramoneurs. Mais les ailes du petit Jésus ne se salissent jamais.
— C’est vrai, fis-je avec conviction. Seulement, comment se fait-il que le petit Jésus puisse trouver dans une pauvre crèche tous les joujoux qu’il nous donne?
— Ce sont probablement les rois mages qui les lui ont apportés |
— Ah! les rois mages... Alors mes quatre billes d’agate de l’année dernière venaient des rois mages ?
— Tu me fais là des questions parfaitement ridicules, répondit ma mère impatientée. Si tu n’es pas plus reconnaissant que ça pour l’Enfant-Jésus, tu es sûr qu’il ne viendra pas cette nuit.
— Je suis très reconnaissant, bonne maman; et même, lorsqu'on dit du mal de l’Enfant-Jésus devant moi, ça me fait de la peine, oh! mais beaucoup de peine.
—On en a donc dit du mal devant toi, mon chéri ?.… Quel est le mauvais garnement ?.…
— C'est Gourju, un grand de la cinquième étude...
— Eh bien! Gourju est un méchant petit garçon.
— Il est le dernier de sa classe, interrompis-je.
— Tu vois; c’est Dieu qui le punit. Et comme il n'est pas sage, le petit Jésus ne lui apporte jamais rien ; et alors il est jaloux ; et toi, nigaud, tu l’écoutes...”