‹ Les Récits du bon curé [microforme]Chapitre 9 sur 38 · UNE · texte numérisé non relu

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Cette réprimande me réconforta un peu. J'étais très content au fond que Gourju ne fût qu’un polisson, et que cela me fût bien démontré. Depuis, j'ai compris dans toute sa naïve beauté ce trait de tendrecse maternelle.

J'avais eu très froid aux pieds pendant la journée ; et, au sortir de la messe de Noël, je fis un premier essai des misères humaines: j’eus mal aux dents. Pendant toute la nuit, je me tournai deci, delà, dans ma couchette, comme un saint Laurent sur le gril, Le mal me quittait, me reprenait, puis me faisait grâce encore...

A cinq heures du matin, il y avait eu une reprise de souffrance, et j'étais éveillé, lorsque j’entendis une ombre discrète frôler mes rideaux blancs. Je vis maman qui s’avançait, portant un bougeoir d’une main, et dans l’autre (devinez!) une boîte de dr- zées avec le portrait de l’enfant Jésus; et un joli petit ch2val en carton.

Elle regarda, en passant, dans mon lit pour voir si je dormais. 5e fermai bien vite les yeux, pour ne pas l'inquiéter. Puis, lorsqu'elle se fut assurée que je reposais, elle alla tout doucement déposer les dragées au beau portrait, dans mon soulier qui était tout prêt, avec le petit cheval à côté...

Cette nuït-là, je vis bien que le petit Jésus n'était pas descendu par la cheminée.

Gourju avait donc raison ?.… Cela me faisait peine à croire. Après tout, s’il n’était pas descendu, le petit Jésus, c’ést que je n'avais pas été sage.

Le lendemain, lorsque ma mère me demanda si j'avais remercié l’Enfant-Jésus dans ma prière, je jui répondis.. que oui, en l’embrassant. Le fait est que, si je lui avais dit la vérité, elle aurait été capable ellemême de n’y plus croire, comme Gourju, et elle aurait été bien malheureuse, la sainte femme!

VILLEMONT,

OR nn CE QUE PÈSE UN BRIN DE PAILLE 113 LE

Il y avait un homme riche et puissant qui vivait dans son château, dont il ne sortait que pour aller guerroyer, rayager les champs de ses voisins, saccager les villages et décrousser les voyageurs. Il était si pervers et si cruel que rien d’humain, on peut le dire, ne lui restait au cœur, sinon l’amour pour sa femme, belle et douce créature qui passait les jours et les nuits à pleurer les méchantes acticns de son mari, et à demander à Dieu qu’il lui pardonnât. En vain ce mari l’entourait-il de toutes les délices que peuvent procurer le luxe et la richesse; la pauvre dame ne jouissait de rien : elle ne désirait, elle ne rêvait que la conversion de son époux.

Une nuit d'hiver, par une horrible tempête où le ciel semblait avoir déchaîné tous les éléments comme pour en finir avec la terre, la châtelaine était assise devant une grande cheminée où fambaït un feu pétillant. Le vent mugissait dans les tours, comme irrité de leur résistance ; les nv°ges lançaient leurs averses. avee fureur ; les éclairs traversaiqnt les ténèbres comme

des démons; tous les êtres vivants cherchaïient un refuge contre l’inclém‘nce de cette lugubre nuit. Cependant le seigneur du lieu n’était pes revenu de ses courses aventureuses ; l'épouse consternée priait.

On entendit frapper à la porte; et bientôt après un domestique entra et dit à sa maîtresse que deux pauvres moines, harassés de fatigue, à demi-morte de froid et de faim, et qui s'étaient égarés dans ce pays sauvage, demandaient l’hospitalité au château, ne fûtce que dans l’étable.

La bon1e dame fut saisie; car elle savait que son mari détestait les moines, et sa soumission envers lui était si grande, qu’elle n’osait pas même faire le bien sans son bon plaisir. Mais comment repousser l’humble requête de ces hommes vénérables ?

‘ Monseigneur n’en saura rien, se prit à dire le bon serviteur qui, en voyant sa maîtresse indécise, devina 8a pense); à la pointe du jour ils s’en iront.”

: La châtelaine donna son assentiment, en recommandant au domestique de les bien cacher dans l'écurie.

À peine sortait-il de la chambre, qu’on entendit le son d'un cor et le galop des chevaux annonçant l'arrivée du maître; presque aussitôt celui-ci entra, et après ‘avoir échangé son armure contre un ‘riche vêtement de soie doublé de fourrure, il prit place avec s& femme devant une table abondamment servie de mets succulents, et sur laquelle d’innombrables.

bougies blanches, fines et suaves comme ‘la neige, répandaient lour pure et mélancolique lumière.

La châtelaine, richement habillé» d’une robe de velours vert brodé d’or et de pierreries, ne mangeait pas; l'éclat des bougies se reflétait dans les diamants qui couvraient son front, et dans les larmes qui sillonnaient ses joues et ajoutaient à sa parure; car elles étaient de celles qui viennent du cœur et embellissent le visage.

“Qu'’avez-vous ? ” lui demanda affectueusement son mari.

Elle ne répondit pas.

‘ Aviez-vous peur nour moi de l’horrible tempête de cette nuit? Eh bien! chassez toute frayeur, à présent que me voici sain et sauf, en dépit de Satan! ”

La belle châtelaine ne répondait rien et continuait à pleurer ; car les larmes sont des sœurs bien unies; elles se suivent l’une l’autre, et après la première il en vient mille.

Mais lui qui devait à son bon ange d’avoir gardé son amour pour sa femme comme une ancre de salut, il s'afligea de la voir pleurer et lui dit:

“ Racontez-moi, madame, ce qui vous désole, et je jure par mon épée de sécher vos larmes, si cela est-en

‘mon pouvoir.

..— Monseigneur, dit-elle, je pleure, parce que, tandis que nous :jouissons ici de tous les biens de la vie, il y a des gens qui manquent du nécessaire; parce que, tandis que cette flamme s'élève vive et joyeuse, et nous

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