CHAPITRE II
échue dans le siècle, y vivent occupés de fonctions diverses qu'ils remplissent avec vigilance et sanctifient avec amour. Tels furent les premiers chrétiens qui osèrent braver ou la terreur du glaive ou la séduction des exemples, en continuant à vivre au milieu d'un monde lequel ne savait que les entraîner au mal ou les persécuter; d'autres, redoutant pour leur faiblesse l'épreuve des persécutions , ou celle , plus terrible encore des passions et des scandales, se réfugièrent dans des maisons de retraite, où ils vécurent sous le toit d'une règle austère et sainte. A quelques âmes plus énergiques , à quelques esprits plus pénétrés , il semble que cette vie de famille était , malgré ses rigueurs , trop douce encore pour un enfant de la croix, et on les vit, s'écartant des monastères , aller vivre dans les forêts avec les bêtes fauves , ou se construire des cabanes , ou se creuser des grottes dans le rocher, trop heureux de recevoir des mains de la charité fraternelle, et quelquefois de la main de Dieu même, le peu d'aliments qui soutenaient encore une existence éprouvée par tant de privations. Mais après tout, elle avait ses charmes encore, cette vie ; des hommes étonnamment mor-
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tifîés le pensèrent. Après tant de renoncement, il restait encore à l'anachorète et à l'ermite, le spectacle de la nature , la fraîcheur des bois , la visite des Pallade, des Mélanie, et par-dessus tout, la liberté! Car, non-seulement l'ermite dans sa cellule était le maître de ses démarches, l'anachorète avait pour domaine l'immensité des bois; mais, au besoin, ils pouvaient rentrer l'un et Fautre au monastère. La vie de cellule et la vie cénobitique étaient rapprochées par des nœuds assez étroits, pour qu'on vit passer familièrement , de l'une à l'autre, des religieux fervents et longtemps éprouvés. Eh bien! il se rencontra des chrétiens assez jaloux des droits de Dieu sur l'homme, assez ennemis d'eux-mêmes, pour sacrifier ces faibles restes d'une liberté crucifiée déjà par les austérités de la cénobie , ou par l'isolement du désert ; ils demandèrent qu'on refermât sur eux la porte de la cellule, qu'ils s'étaient choisie. Ainsi, d'échelon en échelon, en passant du monde au monastère, du monastère à la cabane ou à la forêt, et de celles-ci à la réclusion, on franchit tout l'espace qu'il soit donné à l'homme de parcourir en ce genre. Toutefois le passage fut rapide. Tout auprès