CHAPITRE \ 111. 24 I
état, leur rappelait les douceurs de la solitude, le bonheur d'une vie sainte et celui plus grand encore d'une mort confiante en Jésus- Christ. « Je ne savais pas, leur disait-il, qu'il put être si doux de mourir. »
Et ses religieux pleuraient, et son neveu mêlait ses larmes à leurs larmes. Quand Orderic reçut pour la dernière fois le Viatique des voyageurs et l'Extrême-Onction, l'étranger tenait au chevet du mourant un flambeau allumé, il répondait aux prières de l'Eglise , fixait avec émotion , tantôt cette tête calme et résignée de l'abbé, tantôt ces naïves figures des religieux tout inondées de pleurs , puis il prêtait l'oreille à chaque mot qui échappait de la bouche du saint vieillard. Au moment où le prieur allait commencer les prières des agonisants, Orderic fit un signe de la main, indiquant qu'il avait à parler à son neveu. Aussitôt les religieux se retirent.
Que se passa-t-il entre eux dans ce moment solennel? Je l'ignore. Ce moment fut court, mais il fut décisif pour tous les deux. Quand les frères rentrèrent dans la chambre d'Orderic, le vieillard, épuisé par le dernier effort qu'il venait de faire, eut à peine la force de
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bénir sa religieuse famille, et il entra promptement en agonie, « Partez, âme chrétienne , » s'écrie d'une voix pleine de sanglots, le prieur, et la belle âme , se détachant de sa prison mortelle, Ulric, car c'était lui,, vit un sillon de lumière se reposer sur le chef décoloré de l'oncle qu'il venait de perdre. Il l'accompagna, le cœur plein de deuil, à sa tombe.
Au retour de la cérémonie funèbre, une profonde agitation et les plus graves pensées s'emparèrent de son esprit; il résolut de passer un mois à Saint-Chef pour y mûrir plus sérieusement ses projets. Là, il trouva un doux repos à son âme fatiguée des bruits du monde , et lasse du poids des remords. Sans s'astreindre aux règlements des moines , il s'édifiait de leurs exemples et s'instruisait de leurs leçons. Dans ses courses aux crêtes touffues de la montagne , ou dans les gorges du vallon, dans les douceurs de la prière , ou dans les rêves profonds de la nuit, Ulric ravi ne voyait plus que la vie du cloître. Cette perspective lui semblait le seul moyen de pénitence , la seule porte pour arriver au salut. Qu'était-ce après tout, comparé à cette vie et à cette mort si douces, qu'un monde frivole, corrompu, ces passe-temps de cheva-