CHAPITRE VIII
splendeurs cachées du firmament. Alors la foule qui avait appris l'histoire des trois Reclus se prit à pleurer de joie, et tous bénissaient le Seigneur d'avoir fait éclater à Stremiacum les merveilles de sa sagesse. »
« Ici , dit le vieillard , en repliant son manuscrit, ici finit le récit de l'auteur latin. »
« Les Augustins, qui vinrent en 1274 habiter Stremiacum, recueillirent et continuèrent les souvenirs de la recluserie de Saint-Hyppolite , et , pour les perpétuer autant que cela était conciliable avec les statuts de la maison , tous les samedis ils y envoyaient un religieux qui s'y renfermait jusqu'au samedi suivant. Un autre frère le relevait, la semaine d'après. Probablement il habitait le premier étage de la chambre oblongue que vous voyez. La chapelle gothique , dont vous avez admiré le travail, fut sans doute élevée sous leur patronage. Les blasons à demi-effacés des voûtes et de la muraille attestent la bienfaisance des seigneurs voisins. Plus tard , cette chapelle fut ouverte aux exercices des pénitents du Confalon. »
Pendant cette lecture , plus d'une larme était venue aux yeux du vieillard ; émus profondé-
254 RECLUSERIES.
ment nous-mêmes , nous restâmes quelque temps silencieux, repassant, mon ami et moi, les souvenirs les plus touchants de cette triple vie.
Mais bientôt, le soleil qui se couchait derrière les montagnes du Lyonnais cessa d'éclairer les ruines de Saint-Laurent. Un bleu vague azurait seul les vives arêtes du clocher des Augustins, tandis que l'ombre brunissait le fond de la vallée. Vieux témoin des siècles éteints , l'horloge de Saint-Hyppolite avait conservé une voix , pour redire encore l'heure qui passe et le temps qui fuit. Elle sonna Y Angélus, nous descendîmes la colline, en revoyant la chapelle de Saint-Hyppolite. Mais nulle lampe ne brillait sous le porche , on n'entendait plus gémir la clochette du campanille,, ni rhymne sainte résonner dans l'oratoire. Nous eûmes beau crier : « Bonsoir, reclus! » aucune voix ne répondit : « Que Dieu vous bénisse ! beau fils ! » ainsi tout change , tout passe, et disparaît. Si ce n'étaient les funèbres débris qui ont survécu à tant de métamorphoses , à tant d'orages et à tant de dévastations, si ce n'était le culte de vénération que plusieurs reçoivent sur nos autels , nul souvenir