‹ Les recluseriesChapitre 105 sur 112 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

C'est du moins l'impression qui vous reste au cœur, après la lecture des lugubres pages de Victor Hugo. Mes lecteurs auront déjà rectifié leurs idées , à la vue des faits dont se compose ce petit ouvrage. Pour achever de compléter leur jugement, je vais considérer la réclusion et la vie des reclus sous ses trois grands aspects : religieux, social et individuel; ce coup d'oeil purement philosophique , terminera notre travail.

Quelles que soient néanmoins la contradiction des doctrines et l'incertitude des opinions, notre siècle, par un retour conséquent, est forcé de consacrer le principe religieux comme la base de toute institution et le couronnement de toute vertu. C'est donc lui parler sa langue , que de le rappeler aux motifs et aux causes bien connus de la réclusion.

Un homme lassé du monde, dégoûté de ses honneurs dont il comprend la vanité, de ses plaisirs dont il a senti le vide ; effrayé de ses maximes dont il a compris le piège , de ses exemples dont il a éprouvé la séduction, de ses vices dont l'horreur l'épouvante; cet homme, d'ailleurs vivement touché des pensées éternelles, accablé, comme Jérôme, de la terreur

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des jugements de Dieu, ou embrasé, comme Thérèse, de l'amour du céleste Epoux; cet homme n'a-t-il pas le droit d'aller chercher dans la solitude, la paix, le repos, le calme de la conscience, la liberté de l'âme, la prière, la vertu parfaite? En tout cas , il donne une grande leçon aux autres , en leur montrant qu'on peut trouver en Dieu la consolation , et un bonheur que le monde ne sait donner.

Ce dépouillement des choses extérieures , il est vrai, n'est qu'un premier pas dans la vie du reclus ; il nous faut suivre la filiation des idées qui amène son complet isolement.

Séparée du dehors , son âme se replie naturellement sur elle-même , et , se trouvant face à face avec Dieu qui l'envahit tout entière, elle veut aussi lui tout immoler. « Mais osera-t-elle toucher à ce corps si tendre, si chéri, si ménagé? n'aura-t-elle point pitié de cette complexion délicate? Au contraire, c'est à lui principalement qu'elle s'en prendra, comme à son plus dangereux séducteur. Cette pensée la sollicite à ne plus rien donner à ses sens, elle leur ôte tous leurs plaisirs; elle embrasse toutes les mortifications. Elle donne au corps une nourriture peu agréable; et, pour que la nature s'en

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