CHAPITRE IX
cupaient-ils aussi des poètes et <l''s écrivains profanes, quoique moins fréquemment que les autres religieux , qui nous ont conservé ces précieux monuments de notre littérature.
Mais en voilà plus qu'il ne faut sur une question bien secondaire par rapport à mon sujet ; examinons maintenant la réclusion sous le rapport individuel.
Supprimez cette clôture intéressante , abattez cette muraille consacrée par le sceau du Pontife et la vie du reclus, malgré la dureté de sa couche , les rigueurs de ses privations , le reclus n'est plus qu'un religieux ordinaire, et la question sur ce point est depuis longtemps résolue. Mais c'est ce qui constitue proprement la réclusion qui est l'objet des plus naïves peintures et des plus graves objections.
La réponse se résume en deux mots : la réclusion était-elle un état plus parfait? Oui, sans doute , puisque Yabneget semetipsum est tout le fond de la perfection religieuse. Plus un homme se retranche, se dépouille, plus il offre à Dieu un sacrifice parfait. En l'embrassant, cet état, le reclus renonçait-il pour cela à toute jouissance, et à cette part de bonheur passager dont chaque homme est avide?
272 RECLUSERIES.
Non , assurément. Je le sais, les murailles closes scandalisent les esprits légers. Ils ne comprennent pas qu'on soit libre là-dedans. Cela peut être; car pour eux la liberté a un autre sens que pour nous. Ils ne comprennent pas que la liberté des sens engendre l'esclavage , et que, cette liberté mise à part, reste, sans parler de la sainte liberté des enfants de Dieu, la liberté de l'esprit et du cœur. C'est le cœur, en effet, et non pas l'étendue des lieux qui met à l'aise. Il y a plus de gêne mille fois sous les chaînes du vice et des sens que dans l'affranchissement de toute clôture. Quand le cœur est heureux, une cellule est une immensité ; quand le cœur est brisé d'angoisses, le monde est un désert. Qu'on me permette un rapprochement historique d'une plus haute portée que ne le suppose la modeste position d'un reclus. Un conquérant se trouve à l'étroit dans l'univers dont il est devenu le maître ; et David, sous le toit solitaire de son exil , se trouve au large et dit
de lui-même : Ambulabam in latituduie Le
reclus en pouvait dire autant.
Saint Jérôme écrit de la bienheureuse Azella que, s'étant, depuis l'âge de douze ans, renfermée dans son étroite cellule, elle y était