CHAPITRE III
Toutefois, je me hâte de le dire, ces deux sortes de réclusion n'ont entre elles que des rapports matériels. Le sacrifice volontaire de la liberté fut toujours et sous les trois phases la condition principale de la réclusion chrétienne; nos reclus étaient les maîtres de leur choix et les artisans de leur destinée. Si je donne de préférence le nom d'arbitraire et de spontanée à cette première période, c'est que sous les deux autres il y eut des précautions prises contre l'indiscrétion du zèle, des entraves mises au sacrifice de la liberté , des règles à suivre, en un mot, ce fut la religion qui scella la clôture du pénitent. Sous cette phase, au contraire , où la réclusion n'apparaît qu'à certains intervalles, nulle intervention étrangère à l'individu ne gêna le cours de sa pensée ; embrassa qui voulut ce régime austère. Aussi bien n'eut-il d'autre durée que celui de la ferveur, d'autres règles que celles de la conscience élevée , la plupart du temps , au degré de la contemplation la plus sublime.
On comprend que les premières recluseries furent acéphales et anaïques, c'est-à-dire indépendantes et isolées. En se faisant reclure, le pénitent se retranchait entièrement de la
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communauté des hommes, et, pour l'ordinaire , il n'entendait d'autres voix humaines que celle du disciple familier, qui lui apportait de grossiers aliments; de même, tout en conservant les rapports essentiels avec l'Eglise, il se privait de la fréquente participation aux divins mystères; seulement quand les abbés ou les évêques envoyaient les eulogies aux solitaires, le reclus recevait aussi Notre Seigneur par son étroite fenêtre. Je ne rencontre à cette époque qu'un seul exemple, et c'est Théodore! qui le rapporte en ses Vies des Pères, d'an prêtre reclus disant la messe dans sa cellule.
Ce fut en Egypte que commença la recluserie chrétienne. Le premier exemple dont il soit fait mention, dans les Vies des Pères du désert, est celui du grand patriarche Antoine, qui mena tour à tour la vie des ascètes, celle de reclus et celle enfin de cénobite.
Agé de vingt et un ans, il se retira, l'année 272, dans une solitude voisine de Corne, sa patrie. Bientôt le désir d'un isolement plus entier porta le saint à s'ensevelir dans un vieux sépulcre, où un de ses amis lui apportait du pain de temps en temps. Agé de trente-cinq ans, il s'enfonce plus avant dans le désert,