‹ Les recluseriesChapitre 15 sur 112 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

passe le bras oriental du Nil, se réfugie au sommet d'une montagne qui dominait une vieille ruine, et s'y enfouit pendant plus de vingt ans, ne parlant à qui que ce soit, ne voyant personne autre que le disciple qui lui fournissait sa nourriture accoutumée. L'an 30o, il sortit de cette retraite si cachée pour fonder le premier de ses monastères, celui de Phaïum. En 314, à son retour d'Alexandrie, où il s'était courageusement transporté pour soutenir la foi persécutée par les Ariens, il rentra dans une de ses maisons, résolu de dire aux hommes un éternel adieu. Antoine se fit donc construire une cellule qu'il ordonna de murer sur lui. Mais il ne finit point ses jours dans cette nouvelle retraite, il revint à Phaïum. Le reste de la vie du premier reclus appartient au cloître et au désert. Antoine mourut l'an 356, âgé de cent cinq ans.

Nous ne voyons pas que ce grand personnage de la vie cénobitique ait jamais eu la pensée de fonder une réclusion régulière , d'en jeter du moins les bases, d'en tracer les règles, d'en fixer les limites et d'en prévoir les abus. Mais Antoine donna l'exemple d'une vie jusqu'alors inconnue; c'était répandre sur le sol du désert

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un germe fécond, et de son vivant le grand cénobite put voir, de ses yeux , un des faits les plus curieux et les plus intéressants de la réclusion.

De son temps en effet, vers le milieu du ive siècle, vivait en Egypte une courtisane fameuse : Thaïs avait reçu pourtant une éducation toute chrétienne ; mais les sentiments de la grâce furent étouffés en elle par l'amour du plaisir et la fureur d'un gain infâme. Abusant de tous les dons qu'elle avait reçus de la nature , elle se précipita dans les plus monstrueux excès. La publicité du scandale en vint au point d'émouvoir la Thébaïde elle-même. Paphnuce , touché de la perte de tant d'âmes séduites par la malheureuse courtisane , Paphnuce a recours au stratagème suivant. Il revêt un vêtement séculier, et vient frapper à la porte de la pécheresse; il demande à lui parler dans le lieu le plus retiré de ses appartements. — « Que craignez-vous, lui dit Thaïs? Les hommes? il n'y en a point ici. — Dieu? en quelque part que nous soyons, prétendez-vous échapper à sa vue? — Quoi, reprit hardiment Paphnuce, vous croyez qu'il y a un Dieu et vous osez l'outrager par d'infâmes débordements? » — Le

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