‹ Les recluseriesChapitre 16 sur 112 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

discours de Paphnuce, la grâce, les remords, changent en un instant le cœur de la pécheresse. Elle demande trois jours pour mettre ordre à ses affaires. Paphnuce retourne au désert. Thaïs prend ses meubles, ses bijoux, ses ajustements , et fait de tout cet appareil de séduction un monceau qu'elle livre aux flammes, au milieu de la voie publique ; puis elle va trouver Paphnuce et lui demande à faire pénitence. Le saint anachorète interroge le zèle et les forces de la néophyte, pèse d'une main le scandale et de l'autre la réparation qu'il exige ; puis, d'après le consentement formel de la convertie, il la renferme dans une cellule murée , sur la porte de laquelle il met un sceau de plomb; comme s'il eut fait de cette étroite demeure le tombeau de la fille repentie.

Les sœurs d'un monastère voisin lui apportaient chaque jour un peu de pain et d'eau qu'elle recevait par la petite fenêtre qui donnait en même temps passage aux rayons du jour. Thaïs avait oublié le langage si simple et si touchant de la prière , Paphnuce le lui enseigna, mais dans une oraison bien courte et bien énergique : « Vous n'êtes pas cligne de prononcer de vos lèvres souillées le nom pur du Seigneur, ni d'élever au ciel

36 RECLUSERIES.

des mains pleines d'iniquités. Tournez-vous vers l'Orient et répétez ces paroles : « 0 vous qui m'avez créée, ayez pitié de moi. » Thaïs continua trois ans de faire cette prière , qu'elle accompagnait de beaucoup de larmes; elle n'osait appeler le Seigneur, ni son juge, ni son père, ni son Dieu. Au bout de ce temps , Paphnuce alla consulter Antoine , l'oracle du désert , pour savoir de lui s'il était temps de mettre un terme à la pénitence de Thaïs. Ils convinrent l'un et l'autre de consulter un saint religieux appelé Paul-le- Simple. Ils passèrent tous les trois la nuit en prières. Le matin étant venu , Paul déclara que Dieu avait préparé à la recluse une place dans le ciel. Il avait vu , dans le séjour bienheureux , un lit magnifiquement décoré sur lequel les anges jetaient des fleurs. « Est-il destiné à mon père Antoine? avait demandé le cénobite. — Non, mais à la pécheresse Thaïs, avait répondu, d'en-haut, une voix mystérieuse. » Ils rendirent donc grâces au Seigneur, et Paphnuce retourna vers la cellule de la pénitente dont il brisa le sceau. Thaïs conjurait le vieux solitaire de lui laisser finir ses jours clans la même austérité de vie. Paphnuce lui déclare qu'elle a satisfait le Seigneur par sa pénitence. « Il est

Page 1