CHAPITRE III
étions émus de ce langage , et presqu'épouvantés de voir l'étrange changement qui avait fait d'un moine indolent un pénitent austère et crucifié. Nous confiâmes à la terre d'un cimetière voisin ses chères dépouilles. Le lendemain , revenus au tombeau, nous ne trouvâmes plus le corps du saint. Sans doute que la clémence divine voulut nous montrer, par une merveille de plus, comment le ciel bénit les larmes et les labeurs de la pénitence. »
Passons en Occident, et, à travers les bouleversements qui agitèrent les dernières heures du monde romain, épions la naissante origine de la réclusion. C'était chose trop minime alors, qu'un pauvre pénitent qui s'en allait se reclure en solitude, pour que les premiers essais de ce genre de vie aient été sérieusement observés. De tels sacrifices ne furent d'ailleurs que des faits isolés, sans enchaînement traditionnel ou local, des inspirations spontanées , des dévouements élevés au sublime, qui se répétaient à d'inégales distances et de temps et de lieux, sous une même formule , et dans un même but , celui de la séparation absolue : espèce de syncrétisme religieux qui grandissait l'homme aux yeux de ses frères, encore plus parmi les Occi-
dentaux habitués à l'aisance, hommes du dehors et du grand air, que chez les Orientaux , où la vie domestique, pour les femmes surtout, est mille fois plus intérieure et plus circonscrite.
Il serait donc difficile de nommer les Pères de la réclusion occidentale. Selon la méthode adoptée clans ces recherches, je suis l'ordre chronologique, et je place au premier rang ceux que la série des âges amène les premiers.
Deux grandes Eglises des Gaules pourraient se disputer l'institution de la recluserie : l'Eglise de Vienne et celle de Lyon. Selon toutes les apparences, l'Eglise de Vienne aurait eu l'honneur d'en être le berceau. Vers la fin du rve siècle et sous l'épiscopat de saint Nizier, quinzième archevêque de Vienne, florissait un solitaire, nommé Aignan. Il était natif de cette ville et, selon Fleury, d'une famille noble. Ayant quitté le monde, il bâtit sous la ville une petite cellule, où il se renferma pendant plusieurs années. Toutefois, il est difficile d'établir qu'il fut un véritable reclus, il mourut évêque d'Orléans (1). L'Eglise de Vienne solennise sa fête, le 17 novembre.
(1) Chevert. Histoire de l'Eglise de Vienne, page 53.