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CHAPITRE IV

« Lieux baladins couraient le monde et menaient joyeuse vie sur le fonds si riche et toujours inépuisable de la crédulité publique : l'un d'eux, c'était le plus bouffon et le plus habile, fut saisi tout à coup de poignants remords. Comprenant toute l'indignité de sa conduite, il résolut de changer de vie, et pour cela d'entrer dans quelque monastère , ou bien encore de s'exiler au fond de quelque forêt. Plein de cette idée , il se déroba à son compagnon et s'enfonça dans une grotte profonde, qu'il découvrit au milieu d'un bois. Cette grotte avait un accès difficile, l'entrée s'en refermait avec une pierre. Edifiés de sa sainte vie , les habitants des villages voisins apportaient au reclus du pain et de l'eau, seuls aliments dont il voulut user. L'autre inquiet du sort de son confrère et plus fâché peut-être encore de voir, en l'absence de celui-ci , ses profits diminuer notablement, se mit à le chercher. Il avait erré déjà plusieurs années sans succès , lorsqu'il entendit parler de notre reclus ; soupçonnant que ce pouvait être son ami, il se dirige vers la grotte indiquée , regarde par la petite fenêtre, et reconnaît en effet son ancien compagnon qu'il trouve en prière. Il veut aussitôt lui faire quitter sa tanière, et pour cela

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il emploie tour à tour la raillerie, la louange, les promesses. De son côté, le reclus entreprend de convertir l'histrion. Ni l'un ni l'autre ne réussissait dans cette lutte qui dura plusieurs jours , lorsqu'enfin le reclus fît semblant de céder aux raisons de son ancien confrère. Enchanté de sa victoire, celui-ci se précipite au seuil de la caverne , enlève la pierre qui en fermait l'entrée , fait parvenir une corde au moyen de laquelle le reclus sort de sa cellule; qu'on juge de la joie des deux amis....

Après un quart d'heure de marche , le reclus s'aperçoit qu'il a laissé son petit trésor clans la grotte, et fait part de cet oubli à son ami. On se décide à retourner à la caverne; le reclus engage l'ami à descendre, lui indiquant le lieu où se trouve , dit-il , le petit trésor grossi par la charité ; l'autre descend , aussitôt le reclus referme sur son ancien compagnon l'entrée de la grotte et , . se mettant à la petite fenêtre, l'exhorte à faire pénitence. On comprend la fureur de Phistrion, mais le religieux le conjure avec larmes de penser à son âme, à ses crimes, à son éternité. Le reclus forcé lui répond par des blasphèmes et les plus terribles imprécations.

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