‹ Les recluseriesChapitre 32 sur 112 · CHAPITRE IV. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. l

pas pillé parles Longobards et fortifiez - vous clans les lieux les plus sûrs. « Quand il eut ainsi parlé, les peuples retournèrent chez eux; Stupéfaits et pénétrés d'une profonde admiration.

11 dit aussi aux moines : « Et vous, retirezvous d'ici , emportez ce que vous possédez, car elle approche la nation dont j'ai prédit l'arrivée. » Comme ceux-ci lui disaient : « Nous ne vous abandonnerons jamais , père trèssaint. — Ne craignez rien pour moi , répondit l'homme juste, ils m'outrageront sans doute, mais le mal n'ira pas jusqu'à la mort. »

A peine les moines sont -ils partis que les premiers hommes de cette nation arrivent, ils ravagent tout sur leur passage et parviennent ainsi à la grotte du reclus. Hospitius se montra à eux par la fenêtre d'une tour, ceux-ci , investissant la tour, ne pouvaient trouver un passage pour arriver jusqu'à lui; alors deux d'entre eux montent sur le toit, le découvrent et voient le reclus couvert de chaînes et revêtu d'un cilice : « C'est un malfaiteur, disent-ils, il a » commis quelque homicide, c'est pour cela » qu'il est retenu dans les chaînes. » Appelant un interprète, ils demandent au reclus par quels crimes il a donc mérité le supplice d'une

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si étroite prison , et le saint religieux d'avouer qu'il est un homicide, un grand pécheur, coupable de tous les crimes; à l'instant même un des Barbares tire son épée, il va lui en porter un coup sur la tête ; mais sa main , encore étendue pour le frapper, se sèche et demeure immobile, et le glaive qui allait porter le coup tombe par terre. Témoins de ce spectacle, les autres Longobards poussent un cri vers le ciel, ils supplient la clémence du saint de leur pardonner et de leur indiquer ce qu'ils doivent faire. Hospitius guérit le bras du malade en lui imposant le signe du salut. A ce miracle, non-seulement cet homme se convertit à la foi ; mais encore il se fait couper les cheveux sur le lieu même, et est aujourd'hui un moine trèsfervent.

Deux des chefs qui écoutèrent les avis d'Hospitius rentrèrent vivants dans leur patrie , ceux au contraire qui les tinrent en mépris périrent misérablement dans la province même. Plusieurs d'entre ces derniers furent saisis par les démons , et ils s'écriaient : « Pourquoi, ô saint homme, ô bienheureux , pourquoi nous tourmenter et nous brûler ainsi? » et lui leur imposait les mains et les délivrait.

I II IPITRE IV. i.".

A la suite de ce récit, Grégoire de Tours raconte plusieurs autres prodiges opérés pur te saint de Dieu , puis il continue en ces termes: « (Juand Hospitius vit approcher le jour de sa mort, il lit appeler le prévôt, et lui dit : « Ap- .» porte des outils en fer, perce la muraille, et » envoie des messagers à l'évêque de la cité » pour qu'il vienne m'ensevelir ; car dans trois » jours je sors de ce monde , je vais au repos )> qui m'attend et que le Seigneur m'a promis. »

Le prévôt envoya à l'évêque de Nice des messagers pour lui porter la nouvelle ; pendant ce temps-là, un nommé Crescence vint à la fenêtre de la cellule, et, voyant Hospitius chargé de chaînes et rongé par les vers, il s'écria : « 0 » mon maître , comment pouvez-vous supporter » avec ce courage de si cruels tourments? — Il » me fortifie, répondit le reclus, Celui pour le » nom duquel je souffre tous ces maux; mais sois » tranquille, voilà que je me dégage de ces » chaînes et que je vais dans mon repos. » Le troisième jour étant venu, Hospitius dépose ses liens, se prosterne contre terre; après avoir prié longtemps et avec larmes, il se place sur un banc, étend les pieds, lève les mains au ciel et , rendant grâces à Dieu, il lui remet son

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esprit. Tous les vers qui pénétraient ses membres à l'instant disparurent, et son corps devint beau. Eustadius, l'évêque de Nice, arrive enfin, ensevelit avec le plus grand soin le corps du bienheureux. Un miracle opéré à Lérins, par la poussière apportée de son tombeau, l'a fait mettre au nombre des patrons de cette île. Ses reliques étaient conservées dans la cathédrale de Nice, où l'on célèbre sa fête le lo octobre.

Le 1er juillet 581, mourut saint Eparchius, ou Cybar, homme d'une éclatante sainteté. Eparchius opéra beaucoup de miracles ; il était habitant de Périgueux , mais , entré dans la vie religieuse , il fut fait clerc et vint à Angoulême où il se construisit une cellule. Si on lui offrait de l'or et de l'argent, il l'employait à la nourriture des pauvres ou bien au rachat des captifs. Grand fut le nombre de ceux auxquels il rendit la liberté. Il détruisait avec le signe de la croix, le venin des pustules malignes, chassait parla prière le démon du corps des possédés, et par sa douceur forçait les juges , plutôt qu'il ne les priait , d'être indulgents envers les criminels. Telle était la suavité de son langage qu'on ne pouvait rien lui refuser.

Un jour qu'on menait pendre un voleur, pris

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-nr le fait môme, voleur accusé du reste de beaucoup d'autres crimes par ses concitoyens, Bparchius, instruit de cette nouvelle, envoie un de ses moines demander la grâce du coupable. Mais le peuple, s'élevant contre cette demande et faisant entendre , que , si on le relâchait , il n'y aurait plus de sécurité dans la contrée, pas même pour la personne du juge, il ne put rien obtenir. Le criminel est donc étendu sur la roue , frappé à coups de verges et attaché au gibet. Quand le moine, tout chagrin, eut rapporté les choses à son abbé : « Va , lui dit ce dernier, observe de loin , car celui qu'un homme n'a pas voulu me rendre, sache-le bien, Dieu me le donnera. Pour toi, quand tu le verras tomber, prends-le et l'amène au monastère. » Le moine alla donc exécuter les ordres du saint abbé; celui-ci se prosterna contre terre, et adressa au Seigneur ses supplications et ses larmes , jusqu'à ce que la corde qui liait le pendu se fût rompue, et que le supplicié tombât à terre. Le moine s'approcha du malheureux, le prit par la main et l'amena vivant à l'abbé , son bienfaiteur. Celui-ci , rendant grâces à Dieu , fit venir le juge et lui dit : « Vous aviez coutume, ô mon fils, de m'écouter avec bienveil-

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lance, pourquoi, plus dur aujourd'hui, n'avezvous pas voulu relâcher l'homme dont je vous demandais la grâce? — Je vous aurais écouté volontiers , saint prêtre , répondit le juge , mais voyant le peuple s'insurger, je n'ai pu faire autrement dans la crainte d'une sédition. — Eh bien, dit le reclus, vous ne m'avez pas écouté , mais Dieu a daigné m'entendre , et celui que vous livriez à la mort, il l'a rendu à la vie; tenez, le voilà debout et en bonne santé. » A ces mots, le juge se précipite aux pieds du reclus , étonné de voir vivant celui qu'il avait laissé pour mort. Grégoire tenait ce fait du juge luimême.

Eparchius vécut quatre ans dans sa cellule volontairement murée ; après ce temps , il fut atteint d'une fièvre tout à fait bénigne et s'endormit presque sans douleur dans le sein de Dieu. On l'ensevelit avec solennité et un grand nombre de captifs rachetés par ses soins accompagnèrent ses funérailles (1).

Enfin saint Lupicin, reclus, s'enferma dans les murailles d'un vieil édifice, et s'y déroba complètement à la vue des hommes. Il avait

(1) Grégoire, Hist. îles Francs, liv. 6, rh. 10.

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