CHAPITRE V
Troisième phase de la réclusion.
Nous appelons cette troisième phase régulière , parce que la réclusion fut réglée par des observances solennellement et universellement adoptées , parce qu'elle fut constamment accompagnée de formes et de cérémonies inusitées jusqu'alors. C'est le point dominant de la recluserie. Comme toutes les institutions , celle-ci eut son enfance, son adolescence, sa jeunesse; la voilà parvenue à sa complète maturité. L'étude de cette importante période nécessite de plus amples développements que les deux précédentes.
Jusqu'à la fin du ixe siècle, la réclusion n'avait été assujétie à aucune règle générale,
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qui nous soit connue. Vint Grimlaïc, et les reclus reçurent un règlement qui plaça, sous des dispositions uniformes, toutes les recluseries d'hommes. Deux siècles après lui, le bienheureux OElrède donnait aux recluseries de femmes une règle devenue également célèbre. Saint Romuald établissait des conditions spéciales pour ceux de ses religieux, qui voudraient vivre en réclusion. Saint Bernard, Godefroy de Vendôme, Gerson, nous ont laissé des lettres à des reclus qui sont autant de monuments de sagesse. Ce sont là sans contredit les pièces les plus importantes de notre histoire ; il est donc essentiel de les faire connaître au lecteur.
Grimlaïc était un prêtre solitaire, et peut-être reclus , que les Pères Mabillon et d'Achery croient avoir vécu au ixe siècle. Il n'est bien connu que par la règle dont il est Fauteur et qu'il dédia à un autre Grimlaïc , de l'avis duquel il la composa. Tl est parlé dans Flodoard d'un prêtre du même nom dont le pape Formose faisait tant de cas , qu'il écrivit à Foulques, archevêque de Reims, de le promouvoir à l'épiscopat dans sa province , s'il en trouvait l'occasion. Formose avait-il en vue notre Grim-
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laïc, comme le pense Fleury (1)? ou bien le prêtre son homonyme? C'est ce qu'il n'est pas possible de décider.
Quoi qu'il en soit, notre solitaire avait dans sa jeunesse étudié les belles-lettres, et regrettait ne pas l'avoir fait avec plus de soin. L'érudition qu'il déploie dans sa règle prouve qu'il avait amplement réparé les torts de ses premiers ans. Grimlaïc en a tiré les expressions de l'Ecriture sainte, des Pères grecs et latins, des anciennes constitutions monastiques, des Vies de saints, d'autres monuments ecclésiastiques, et surtout de la règle de saint Benoît, qui, au temps de Charlemagne était devenue la discipline générale des cloîtres en Occident (2). Les citations, qu'il emprunte à saint Arnould de Metz et à saint Philibert de Jumiéges, autorisent à penser qu'il écrivait en France. Cette règle de Grimlaïc se recommande surtout par l'ordre qui y règne, par la prudence éclairée qui lierre à travers la piété la plus tendre. De bons juges, dont nous approuvons en tout la pensée, la regardent comme un manuel utile,
(i)T. 16, 21, in-12.
(2) Thomassin , Discip. ecclés., t. I. p. 1518.
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non -seulement aux religieux , mais encore à tous ceux qui sont engagés dans le ministère évangélique. On en doit la publication à Dom Luc d'Achéry qui la tira de deux manuscrits , dont l'un provenait de la bibliothèque de J.-A. de Thou, et l'autre lui appartenait. Il la fît imprimer en un petit volume in-16, qu'il enrichit d'une table et de notes marginales (1). Depuis, elle passa dans le code des anciennes règles publiées par Holstenius : Rome 1661, 2 volumes in-4°, et Paris 1663. Nous suivrons l'édition de Rome, où la règle de Grimlaïc se trouve au tome Ier, 2e partie , page 464 et suivantes (2).
Il en existe une traduction dans un ouvrage estimable et peu connu : La solitude chrétienne.
Cette règle, intitulée : Régula solitariorum , est composée d'un prologue et d'un corps de dispositions divisées en soixante-neuf chapitres , et non pas en neuf seulement, comme le dit par erreur la Biographie universelle , à l'article Grimlaïc.
Les premiers chapitres donnent des règles
1 Paris, Edouard Martin, 1653.
2 Codex regularwn quat sancti patres monaclii* et oirginibut...