‹ Les recluseriesChapitre 36 sur 112 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

quelques légumes. Hors de l'enceinte de la réel userie, on construira les cellules de ceux qui voudront être ses disciples. Ces cellules néanmoins seront contiguës à la sienne, pour que les néophytes puissent aisément recevoir ses avis et lui donner les provisions et les soins nécessaires.

Les reclus ne seront pas moins de deux ou de trois (1).

Lorsque deux reclus seront réunis , ils auront dans le même enclos chacun leur cellule murée ; au moyen d'une ouverture pratiquée dans le mur de séparation, ils pourront conférer ensemble aux heures de l'office, de l'instruction spirituelle, de l'étude de la sainte Ecriture, et même des repas. Aux autres moments de la journée, la règle leur prescrit un grand silence , une paix profonde , une charité parfaite.

On voit que dans ce système , une recluserie n'était qu'un couvent en miniature. Cette règle d'association avait en vue d'obvier à l'orgueil des uns , à la mélancolie des autres , au relâchement , qui fût devenu possible à plusieurs. Elle avait de plus l'immense avantage de faire pra-

(1) Chapitre XVII.

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tiquer une foule de vertus qu'une réclusion pleinement isolée laissait nécessairement dans l'oubli.

Le XX9 chapitre regarde l'instruction nécessaire aux reclus. Je traduis en entier le premier paragraphe. « Le solitaire doit être docte, et ne pas avoir besoin de leçons. Il doit être sage et versé dans la connaissance de la loi divine, afin d'en tirer à propos des choses anciennes et nouvelles. Plusieurs motifs établissent la nécessité pour le solitaire d'être instruit des saintes Ecritures. Il doit l'être d'abord , à cause de l'astuce et des fourberies du diable , qui cherche à profiter de l'ignorance pour s'insinuer dans les âmes; ensuite, afin de pouvoir arroser des flots purs de la doctrine certaines âmes arides et desséchées qui s'ouvriraient à lui. S'il a des disciples, il faut bien qu'il les instruise. Or, pour toutes ces choses et pour beaucoup d'autres , la science des Ecritures est absolument nécessaire au reclus. S'il n'est qu'un saint, sa sainteté ne servira qu'à lui seul ; mais si de plus il est versé dans la saine doctrine , il peut en instruire les autres; il peut repousser, ou même réfuter avec avantage, les subtilités des hérétiques, des Juifs et des autres ennemis de la foi. Dans ses conver-

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sations, il doit parler du mystère de la loi, des doctrines de la religion, de la vertu de continence, et de l'accomplissement de toute justice. Pour cela donc , il faut lire les divines Ecritures, parcourir les canons, étudier les exemples des saints afin de savoir ce qu'il faut dire, à qui , quand et comment il faut le dire, car à tous ne convient pas le même langage. »

Ces quelques lignes suffisent pour répondre à toutes les sottes déclamations de quelques écrivains contre l'ignorance des reclus.

Le second paragraphe du même chapitre recommande au solitaire une sage discrétion dans les paroles. L'évêque et le prêtre commandent avec autorité, ils reprennent, ils châtient , ils corrigent. Mais le reclus doit parler avec modestie, avec humilité, avec charité.

Au chapitre XXXVIe, la règle permet aux reclus la célébration du sacrifice, quand ils sont prêtres ; et , quand ils sont laïques , la communion tous les jours. Cette messe quotidienne était le plus grand privilège de la réclusion. On l'appelait la messe solitaire, parce que le reclus pouvait la dire seul , sans servant et sans assistant. Cette coutume particulière fut bientôt adoptée par quelques prêtres séculiers; mais

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les conciles ne tardèrent pas à l'interdire , comme un abus.

Le XXXIXe chapitre et le VIe prescrivent le travail des mains , six heures par jour, si toutefois la nécessité ou la pauvreté n'en exigent pas davantage.

On comprend toute l'importance de ce règlement. Si vous en exceptez quelques âmes privilégiées et livrées par l'esprit de Dieu à tous les ravissements de l'extase, où donc est le moyen d'occuper sans le travail un homme éloigné de toute communication avec la nature et avec ses semblables? Cet isolement de la cellule, cette absence de toute distraction, cet abandonnement complet, cette oisiveté dévorante auraient agi trop vivement sur le moral du reclus, pour ne pas irriter les passions, exalter l'imagination , appeler dans son cœur toute la violence de ces tempêtes qui bouleversent les plus fortes natures. Que sais -je même , si toutes ces causes réunies n'eussent pas troublé dans plusieurs la sérénité même de l'intelligence. Sous le point de vue de la perfection religieuse, l'expérience avait depuis longtemps consacré la nécessité du travail des mains. « Les monastères de l'Egypte , disait

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sainl Jérôme (1), sont arcoutumés à un travail continuel et pénible. On le veut ainsi, nonseulement pour subvenir aux besoins des religieux, mais surtout pour chasser de leur esprit de dangereuses et coupables pensées. » Ailleurs, il dit avec grâce : « Le travail, laretraite et la pauvreté sont les titres de noblesse de la vie monastique. »

Ces travaux étaient de nature différente selon les climats, les forces, l'âge et les habitudes du reclus.

Les repas du reclus sont réglés par les chapitres XXIIe et XLe. Ces repas, dont l'heure varie avec les saisons , le retour des fêtes et la combinaison des jeûnes, doit être pris durant le jour et jamais dans la nuit ou à la lueur de la lampe.

Le religieux peut manger deux sortes de mets cuits ou apprêtés; 1° des légumes, des œufs; 2° de petits poissons, mais ceux-ci aux jours de fêtes seulement. 11 est libre d'y ajouter quelques fruits. On lui accorde par jour une livre de pain et une hémine de vin , à peu près un demi-litre. Dans le cas de maladie, le reclus

(1) Epis t. ad Rusticum.

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pouvait manger de la viande; les vieillards n'étaient point astreints aux sévérités de la règle, en ce qui touche aux heures et aux qualités des mets. Ce règlement, comme on le voit , est moins sévère que celui des Chartreux. Au reste, le vœu de la règle était que les reclus ajoutassent aux exigences prescrites des austérités de leur choix.

D'après le chapitre Le, la couche du solitaire consistera dans un bois de lit, un matelas, un cilice, un manteau et un oreiller. Il dormira ceint et vêtu. Il y a loin encore, vous le voyez, de ce lit au pavé glacé de la recluse de Hugo.

Au chapitre XLIX% on modèle le vêtement du reclus sur celui des religieux de saint Benoit, c'est-à-dire, pour un reclus qui a été moine, deux tuniques et deux cucules noires. En outre, pour le prêtre , une chasuble , deux aubes, deux étoles. Pour le reclus séculier, la cucule est remplacée par le manteau (cappa), d'un simple tissu en été et fourré dans l'hiver. On lui permet encore une fourrure complète et deux habits de dessous. Le reclus était libre de porter des souliers ou des sandales, ou bien de marcher nu-pieds.

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